‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 113 sur 144 · LIV. IV, ClIAP. iir · texte numérisé non relu

LIV. IV, ClIAP. iir

traie ne valût infiniment mieux pour la formation de l'esprit, dans la seconde moitié deTenfance, que les effets divers d'études bigarrées, sans rapport entre elles, sans lien d'intérêt commun et propre à occasionner une grande dispersion de force. Mais on a encore besoin de recevoir sous ce rapport bien des leçons de Texpérience.

Ensuite, il faut en convenir, aucune combinaison d'études ne sera jamais le moyen de développer complètement l'intelligence dans son ensemble .Toute étude exige de Tapplication, une attention fortement tendue, et il est des facultés qui ne prennent leur plein essor que dans une entière liberté d'esprit ; il en estdont tout efifort arrête l'exercice. C'estdonc pour celles-là, horsdu domaine de l'instruction, qu'ilfautchercher un premier mobile. Ces facultés, une fois excitées, trouvent sanscesse à s'exercer dans la foule d 'idées accumulées par l'instruction; mais, pour tout ce qui tient au sentiment et à l'imagination, rétude a rarement l'initiative.

Ainsi, pour inspirer des goûts littéraires, l'éducation la plus soignée peut rester sans fruit. Les arts, et le premier de tous, la poésie, ne font jamais que réveiller les impressions déjà connues . Ils les rassemblent en un foyer ; ilsleur donnent la direction qui les rend plus distinctes et par là plus vives, mais ils sont impuissants pour les créer. Si la nature n'a pas été sentie, les arts, qui ne font que la transfoimer, qu'en rassembler les traits épars pour produire une émotion unique et profonde, les arts, dis-je, seront sans pouvoir. Il y a donc une disposition à laquelle les études diverses doivent s'adresser plutôt qu'elles ne sont capables de la faire naître.

Ici se retrouve encore le bienfait d'une éducation religieuse. Il est un fait attesté dans les annales de l'esprit humain, un fait auquel deux grands écrivains de notre âge, M. de Chateaubriand et madame de Staël, ont rendu un témoignage éclatant, c'est que le sentiment religieux et le génie des arts ont été constamment alliés. Non sans doute que la vraie religion, dans sa sainteté austère, ait besoin d'emprunter le se-

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cours des arls, mais les arts ne peuvent exister sans religion. Souvent ils en altèrent la simplicité : la nature sublime des objets du culte leur impoine peu ; ils ont surtout affaire aux qualités de l'homme; ils veulent trouver en lui cette sensibilité qui lui rend le culte né. essaire, ils veulent y trouver le noble élan qui lui donné Tespoir de communiquer avec une puissance côîeste. Aussi a-t-on toujours vu la flamme de TinspiratioQ pâlir chez les peuples à mesure que Tincrédulité s'y est introduite.

Il est dans notre cœur une pente naturelle qui nous porte à rendre hommage à la perfection dans tout ce qui nous en offre ridée. Les objets qui nous paraissent doués d'excellence excitent en nous uhe admiration voisine du culte. Habituellement oppressés parle sentiment des bornes étroitesde notre existence, ce n'est pas isans ravissement que nous espérons les franchir ; notre âme se dilate dans notre sein alors que, portés sur les ailes de Tenthousiasme, nous croyons entrevoir desrégionsotiloutest beau, lumineux, parfait. Ella mêmedisposiiion qui, dans sa pureté et son élévalionles plus grandes, conduit l'âme à Dieu, peut, en se dirigeant moins haut, la conduire à se former une image idéale des objets terrestres. Et, quoique cette disposition ne soit encore ni la piété ni le talent, comme elle favorise l'une et l'autre, commode grandes facultés semblent s'y rattacher, elle mérite d'être cultivée. En conséquence, il me sera, je pense, permis de fixer quelques moments l'attention sur la partie de l'éducation qui l'a jusqu'ici le n.oins attirée.

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