‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 114 sur 144 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

FACtLTÉS ACTIVES ET CONTEMPLATIVES DE l'eSPRIT HUMAIN.

La société développe Tesprit, mais c'est la contemplation seule qui forme le géuie.

Madame de Staki..

Le sentiment de la nature et des arts est plus encore pour nous qu* une source de jouissance, il est la preuve et la récompense d'un état d'harmonie au dedans de nous. Le principe, heureurement universel, qui nous rend accessibles aux impressions douces, fait éclore aussi des germes féconds ; chez certains êtres privilégiés il produit des talents éclatants, et chez tous les êtres il développe des qualités nécessaires à notre bonheur ou à notre consolation sur la terre. De là naissent les facultés qui ont été appelées contemplatives, parce qu'elles entretiennent dans Tâme cette disposition calme, élevée, sereine et pleine de chamie, connue sous le nom de contemplation.

Quelles sont ces facultés ? dira-t-on. J'éprouve quelque difficulté à les signaler, tant leur nature est vague et indéterminée, et pourtant leur importance morale est bien plus grandequ'elle ne paraît. C'est d'abord la faculté d'admiration ou l'amour du beau sous toutes ses formes ; c'est ensuite le sens poétique ou le goût des é notions vives et profondes, soumises néanmoins aux loisde l'harmonie et de la beauté ; c'est encore le sens religieux, ce besoin, ce désir invincible de notre âme qui porte l'homme à chercher Dieu avant qu'il en ait la connaissance. Enfin c'est un genre d'imagination analogue à chacun de ses sentiments, et qui le fait monter du rang de simple afifection à celui de puissance intellectuelle et créatrice.

2S4 LÉnUCAIION PROGBESSITE.

Si les faculté» contemplatives ont peu fixé les regards des instituteurs, il ne faut pas s'en étonner peut-être. Silencieuses de leur nature, elles ne font pas d'appel à Tattention, souvent leur exercice est sans résultat, il n'en reste pas d'œuvre durable. Tout ce qu'elles excitent peut naître et mourir dans rame même, et nous paraître individuel. L'éducation, qui ne sait comment les atteindre, les voit d'ailleurs se manifester à une époque si tardive de la vie humaine, que le temps de son plus grand pouvoir est déjà passé. Les rencontrant parfois comme obstacles à ses vues et à l'activité qu'elle a droit d'exiger, elle a pu les regarder avec défiance, et se plaire à en signaler les inconvénients. Mais, dangereuses ou salutaires, toujours fallait-il s'en occuper. S'il y avait du bien à espérer, on devait en ménager les germes lents à ^clore; si, au contraire, on les redoutait, c'était une raison pour s'en emparer, puisque enfin on ne saurait entièrement Jes détruire.

Ceci nous conduit à envisager l'esprit humain en luiaiême, ou plutôt à distinguer les principaux modes de son action. Les forces nous manqueraient pourun tel sujet si l'on exigeait de nous une analyse rigoureuse. Peut-être toiite analyse a-t-elle le défaut de faire considérer comme isolés des attributs de l'humanité qui sont réellement inséparables. Chacune de nos facultés suppose les autres, toutes sont tellement nécessaires à la vie morale, que, si l'on en supprime une seule, les autres ne peuvent plus s'exercer. Preuve évidente que l'âme est une, qu'elle est simple, que c'est une même vie qui s'épanch« dans plusieurs sens. Le prisme par lequel on voudrait la décomposer n'en obtient jamais les -divers rayons dans un état de pureté parfaite, et chacun se Irouve toujours mêlé de quelque autre. Je n'offrirai donc ici que des vues bien incertaines. Mais quand il s'agitde former l'esprit humain, les plus faibles aperçus sur la manière dont il s'agit ont de l'importance.

Sans avoir donc la prétention de classer des facultés qui se

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