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sont jusqu'ici refusées à toute division exacte, je dirai que l'esprit humain se montre à Tobservateur dans deux états différents. Dans l'un, c'est son activitéqui domine, dansi'autrei c'est l'impression qu'il reçoit du dehors; tantôt il exerce volontairement une action, et tantôt il en subit une. Ces états, comme je l'ai dit, ne sont pas nettement séparés, et ils se confondent par nuances, le principe qui pense et le principe qui sent n'étant jamais tout à fait oisifs ; mais celui qui l'emporte dans un moment donné imprime au caractère particulier à notre existence intellectuelle.
Dans l'état d'activité volontaire, l'esprit se propose unbut ; il veut connaître un objet, saisir et juger une idée. Alors il examine, il compare, afin d'arriver à un résultat. Pour que l'examen soit impartial, il est nécessaire avant tout que les goûts et les répugnances du sentiment soient apaisés, et c'est là ce qui arrive naturellement ; Tattention portée au dehors sur l'objet de l'observation ne se tourne plus au dedans pour constater ce qui s'y passe. Les impressions inaperçues se dissipent, et bientôt il n'y en a plus d'assez vives pour distraire la pensée, et ralentir l'effort de l'esprit. Tel est l'état actif, raisonneur, analytique, scientifique, celui où l'action de Tâme est dirigée vers le dehors, où la volonté exerce le mieux son empire, et où l'enseignement méthodique obtient le plus de succès.
Il n'en est pas ainsi de cet autre état, oit l'âme, dominée par les impressions, se livre au sentiment qu'elles excitent ; état singulier où la pensée, devenue incapable d'efforts, semble néanmoins se déployer avec plus de beauté et d'harmonie. «
La difficulté de tirer parti de cet état est sans doute infiniment plus grande pour l'éducation: mais enfin il faut l'étudier, il faut en apprécier la nature et les conséquences. Il se peutquede grands dons y soient attachés, car si nous n'avons intellectuellement que deux manières d'exister, si toujours l'esprit poursuit un travail, ou subit une influence, il est clair
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que tout ce qui n'appartient pas à l'un de ces états doit être ail ribué à l'autre. Et, comme nous savons par expérience que l'effort volontaire de l'esprit arrête le mouvement de l'imagination, et par ià même de rinspiration, âme du talent dans tous les genres, il faut convenir que nos brillants attributs sontdusàla disposition dont l'absenced'effortsestlecaractère,
Qu'arrive-t-il lorsque nous recevons de vives impressions, lorsque certains objets exercent sur nous un empire auquel nous ne pouvons nous dérober? Et je ne parle pas de ces effets terribles de l'effroi qui paralysent momentanément la raison, et qui sont bientôt dissipés par elle ; je m'occupe de ces impressions bienfaisantes que nous désironsde prolonger. Quand nous sommes saisis d'admiration^ quand la nature avectoutesamagnifieence, quand les arts avec leurabrillantes illusions, quand le sentiment du beau enfin, ébranlent notre âme, l'intelligence n'est pas enchaînée, mais elle entre dans un monde nouveau, où ce n'est plus notre propre activité qui domine. Nous sommes soumis à une puissante influence, un pouvoir inconnu à nous-mêmes dispose de nous, et, sous le charme de cet enchantement, nous redouterions tout mou* vement dont l'effet serait de nousy soustraire.
Tel est l'état cenlemplatif dans lequel l'attention, en se partageant, devient plus vague. Elle ne se fixe plus tout entière sur l'objet qui pi*oduit notre émotion ; mais le sentiment que nous éprouvons la réclame. Alors nous ne sommes pas renferméscomplétementen nous-mêmes, ni portés tout à fait au dehors. Une sorte de lien mystérieux nous unit à l'objet de notre admiration. Placés sur ta limite des deux mondes, balancés entre la région invisible de l'âme et celle que manifestent nos sens, noussaisissons leurs rapports intimes, l'harmonie qui les unit est sentie de nous, et nos jouissances immatérielles s'accordent et correspondent avec les beautés de l'univers.
CeiélaleslfaciIeàtroubler;sîrintelligenceredevientactive, si l'attention s'exerce trop fortement, soit au dedans soit au
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dehors, et que nous cherchions à observer avec trop de soin, ou Tobjet même ou l'impression qu'il produit sur nous, aussitôt le charme est rompu : Texamen une fois commencé suffit pour nous refroidir, et nous sortons du cercle magique.
Toutef lis la plus grande puissance dé ce charme n'est pas due à l'effet des objets préseuts. Les souvenirs, leâ affections qu'ils réveillent, nous plongent plus avant dans cette disposition rêveuse. Âlors^ absorbés par un sentiment oii toutes nos* impressions passéesse confondent, oii notre existence entière semble se résumer, nous planons au-dessus du temps et de la vie, et bientôt l'imagination, dégagée des entraves de la réalité, joue à son gré et déploie ses ailes.
Celte imagination, que nous avons déjà vue régner en souveraine sur l'âge tendre durant le sommeil de la raison, n'était pourtant pas alors bien développée. Contente de reproduire le tableau du passé, elle s'aidait parfois de quelque ressemblance pour transformer un objet en un autre objet, et donner de la vie à la nature morte. A cela se bornaient ses illusions. Mais bientôt son pouvoir s'augmente; plus libre^ plus originale dans ses représentations, elle opère des métamorphoses; elle change les attributs de toutes choses à son gré, et, déjà devenue créatrice, elle enfante des êtres qui n'existaient pas. Dans ses bizarres conceptions, l'inconnu, l'impossible, môme, se réalisent; renversant l'ordre des temps, ne s'inquiétant pas de celui des causes, elle construit un monde fantastique avec les éléments du monde réel.
Mais quel est le motif de l'imagination dans ces choix? Est-ce le hasard seul qui la guide, ou obéit-elle en secret à une loi que lui impose sa propre nature ? voilà ce qu*a fort bien éclairci un auteur ingénieux, M. de Bonstetien ^. Bien différente, selon lui, de l'intelligence pure, l'imaginaton ne tient pas compte des rapports réels, mais elle rassemble les idées qui produisent sur nous la même impression. Le senti-
1 De V Imagination et Études de l'homme. *