‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 118 sur 144 · LIT. IT, CHAI». IV · texte numérisé non relu

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et rimpétuosité de la verve, le talent enfin, qui, sans avoir peut-êi retrouvé sa vraie route, fermentedansdeseœurs pleins de feu, tout justifie une grande attente. Espérons beaucoup de Tavenir, mais sans oublier qu'il est des conditions à remplir pour que l'avenir tienne ses promesses.

Assurément la disposition contemplative est loin desuffirô pour former le goût des arts chez un peuple et y faire naître le talent. Ce n'est qu'une préparation heureuse, un climat doux et serein qui permet au génie de se développer. Quand vient ce développement, l'imagination est entraînée comme par une impulsion irrésistible vers telle ou telle région de l'art ; il n'y a plus de vague, on marche à un but bien déterminé, et le besoin de réaliser les conceptions de la pensée excite l'activité. A tout esprit bien fait il faut une oeuvre : élude à entreprendre, plan à combiner, tout invoque le raisonnement dans une intelligence saine. Aussitôt qu'il y a un but à poursuivre, nous rentrons naturellement dans l'état actif. D faut toujours qu'il en soit ainsi ; nous n'avons pas été créés pour rêver. Sans examen, sans exercice d'attention, nous ne saurions faire un pas avec certitude ni même user judicieusement de nos autres facultés. Ne souffrons aucune faiblesse dans le principe qui sert à marcher sur la terre, si nous ne voulons pas que Ton calomnie celui qui nous élève au-dessus.

11 en sera de même à l'égard du grand attribut de l'humanité qui développe en nous la disposition contemplative, do cet instinct secret qui conduit Thomme à Dieu lorsque l'idée de Dieu n'est pas distincte encore. Immense bienfait qu'un tel instinct I lien mystérieux qu'a préparé, pour nous attirer, la bonté céleste I l\ fallait qu'au sein de l'ignorance la plus profonde, dans le silence même de la raison, un heureux pressentiment indiquât le je ne sais quoi inconnu qui prend pitié du pauvre aveugle *. Et, à l'extrémité opposée de l'é-

1 Eipression de M. de ThateaubriaDd.

2»i LEDUC AlIOiN PHOGttESSIVJ:,

chelle du développement, il fallait que ce désir, cet élan de l*âme se fît sentir après qu'on excès de subtilité a laissé grandir les ombres du doute, après que la raison a perverti ses voies et s'est engagée dans d'inextricables défilés. Alors encore une voix puissante, une voix qui retentit au fond du cœur, proclame un pouvoir invisible ; alors la nature entière, le ciel étoile, les forêts sombres, les torrents qui se précipitent, annoncent à Thomme la Divinité et Tobligent à en reconnaître la présence. Mais Tâme qui a répondu à cet appel de la nature peut-elle s'en tenir à une vague contemplation? Non sans.doute. Elle voudra recevoir plus de clarté, suivre une direction plus précise, et, aussitôt que la volonté de Dieu lui aura été révélée, elle se sentira une mission. L'emploi de toutes ses facultés lui semblera nécessaire pour accomplir sa destination ici-bas, dès lors sa méditation sera pour elle la source vive où se retrempera son énergie et se ranimera son activité.

Ainsi dans les deux directions de la disposition contemplative, soit qu'elle nous enchaîne à la terre par des images de perfection et de beauté, soit que, s'élevant plus haut, elle nous fasse adorer Tune et l'autre dans Dieu même, tout finit par aboutir à Taclion chez une âme ferme et vigoureuse. Les esprits travaillés par la maladie du doute, ou énervés par une suite d'espoirs déçus, sont seuls incapables de se tirer d'un état qui n'est destiné qu'à préluder à un vrai développement de forces.

Peut-on nier qu'il faille donner un certain développement au principe mystérieux qui nous met en rapport avec la nature, qui nous rend susceptibles de la profonde et solennelle impression qu'une grande idée ou un grand objet produit sur nous, et qui, nous élevant vers de paisibles régions, aplanit pour nous les aspérités dont la vie terrestre est hérissée? Que le principe contemplatif ne doive pas dominer dans la constitution humaine, je l'accorde; il ne serait pas même possible qu'il y dominât dans ce moment, où tous les esprits, tendus

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vers un grand objet, travaillent à Tenvi au perfectionnement des institutions sociales. Mais c'est précisément lorsque; l'élan de la société entière se porte d'un même côté, que l'éducation, protectrice de l'avenir, doit chercher à rétablir l'équilibre, et à préserver d'une détérioration inévitable une partie précieuse du patrimoine de l'humanité.

Mais comment s y prendra-t-elle pour le cultiver? comment saisir cet élément si fugitif de notre nature et communiquer un don qui semble échapper à toute influence ?

La réponse à cette question pourrait comprendre l'éducation morale presque en entier. Il s'agit sans doute ici d'une disposition innée ; mais il n'est rien, quoi qu'on en dise, dans l'âme humaine, qui se dérobe complètement à l'empire de la volonté. Les facultés naturelles, les affections du cœur, les sentiments enfin dont nous paraissons le moins les maîtres, rentrent à la longue sous notre empire. Ils sont, à la vérité, indépendants de nous dans ce sens que nous ne pouvons pas les exciter à notre gré ; mais, en écartant les obstacles à leur naissance, en amenant dans la vie la situation où les influences du dehors et les mouvements intérieurs se correspondent et s'accordent, nous fournissons l'occasion à tout ce qui n'attendait que l'occasion pour éclore. C'est ainsi que s'enrichit le domaine de l'éducation de tout ce qui semblait d'abord n'appartenir qu'à la nature.

En considérant la disposition contemplative, par exemple, dans ses relations avec le talent, je donnerai, pour la jeunesse entière, le même conseil que j'ai déjà donné pour la première enfance. Maintenons chez nos élèves, autant que possible, cette paix intérieure, principe d'harmonie et de sagesse, état éminemraentfavorableàtoutdéveloppement heureux. L'âme ne reçoit des impressions justes que dans le calme ; quand elle est troublée, rien n'agit sur elle comme il doit agir. Mille objets passent inaperçus, d'autres se présentent sous des couleurs fausses. Nos rapports avec l'univers sont infinis; mais la plupart sont si délicats, que la moindre agitation nous en

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dérobe la trace. Dans un état de repos et d'harmonie complète, tout produit sur nous quelque sensation ; il n'est pas une plante, un oiseau qui ne fasse vibrer une corde particulière, et nos sympathies avec nos semblables agissent aussi dans notre cœur. En quoi peut consister le talent, si ce n'est à caractériser ces impressions diverses, à les ranimer chez ceuxqui leséprouventconfusément? Alors seulement il y a de l'originalilé dans nos expressions, alors milleiraages inattendues nous aident à donner des formes saillantes aux modifications infinies de nos sentiments ; alors les créations de la pensée rappellent le souvenir de ces belles divinités de Tonde, que les fables du paganisme faisaient tout à coup sortir du sein de la mer lorsque sa surface était tranquille.

Quand nos impressions sont à la fois vives et calme^, l'instinct de bonheur qui réside en nous s'exerce à en tirer tout ce qu'elles peuvent oflfrird'agréable; nous voyons toutes choses sous un aspect doux. De là naît un penchant à la bienveillance; et bientôt les objets dont nous sentons lechfirme excitent l'émotion ravissante que l'on a nommée admiration. Le pouvoir d'éprouver l'admiration, prélude d'un généreux enthousiasme, est une noble faculté que nous étouffons trop souvent chez les enfants par nos critiques malentendues, par nos railleries, par notre peu de sympatWe avec leurs goûts les plus naturels. Une âme susceptible d'admiration ne tarde pas à s'émouvoir à l'idée de la beauté morale; elle est toute disposée à aimer la vérité, la vertu, à aimer Dieu enfin et tout ce qui en offre ici-bas l'auguste image.

Mais ce n'est pas assez d'une disposition à l'amour même. Il faut, pour le cœur, un objet de dévouement; et il faut, pour l'esprit, cette fermeté etcette heureuse décision qui ne viennent jamais que de croyances positives. A un goût vif pour la perfection dans tout ce qui en fait naître l'idée s'associera naturellement le culte religieux chez nos élèves; et, si nous leur inspirons la vraie piété, ils auront le commencement et la fin de toute excellence sur la terre.

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