‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 129 sur 144 · LIV. IV, CBAP. VII · texte numérisé non relu

LIV. IV, CBAP. VII

ment des facultés. Les connaissances théoriques excluent, j'en conviens, l'aveugle routine, et pourtant on peut les acquérir sans que Tintelligence ait tout son essor. La faculté d'investigation n'est pas exercée quand l'élève ne fait autre chose que comprendre ce qu'on lui explique. Les efforts d'attention peuvent être grands chez lui, excessifs môme, sans que tout son esprit soit exercé. Pour lui donner une véritable activité, il faut avoir à lui proposer une recherche.

L'application de cette vérité, aujourd'hui bien reconnue, est l'objet de nombreux essais dans l'éducation. Depuis que Pestalozzi a donné l'impulsion, la voix analytique est tentée de toutes parts. On veut faire découvrir à l'enfant les principes de chaque science, et on le met, par conséquent, dans la situation des inventeurs. Placé en regard des faits par un maître qui se siTppose ignorant lui-même, il est invité à les comparer. Quand il ne remarque rien ou ne fait que des rapprochements insignifiants, de nombreuses questions servent à le mettre sur le bon chemin, jusqu'à ce qu'une idée heureuse vienne à l'éclairer et le conduise enfin au principe. Mais, pendant cette longue roule, l'enfant, qui ne sait pas à quoi l'on en veut venir, et cfui n'a pas de but bien distinct en vu£, malgré l'honneur de la découverte dont on le flatte, n'est pas toujours traité en être doué de sens. Il ignore pourquoi on l'applaudit ou on le rebute, selon quil indique une ressemblance ou une autre entre les faits ; et, comme il ne croit pas à l'ignorance du maître,et qu'il ne doit pas y croire pour le respecter *, il s'étonne qu'on lui fasse si longtemps chercher ce qu'il serait plus simple de lui dire.

Il faut convenir que, dans la méthode inverse, où le principe général commence par être établi, les rôles sont plus

1 II est possible de se passer de maîtres, à ce qu'on dit ; possible peut-être, mais facile, mais praticable à volonté, non assurément. Je crois même si difficile d'en avoir de bons, qu'on formera plus aisément dw disciples que des maîtres dans cette marche interrogatoire où rien n'est tracé. Là il faut plus que de l'instruction, il faut de l'adresse ; et pourtant une méthode est un mécanisme au moyen duquel un esprit médiocre doit pouvoir développer tous les esprits.

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naturellement distribués. L'homme instruit parle ; l'ignorant écoute. et demande des explications s'il ne comprend pas. N'ayant rien encore à démêler avec la nfasse immenseet confuse des faits particuliers qu'il ignore , il ne prend d*abord connaissance que des faits généraux, significatifs, propres à en rallier un grand nombre d'autres, et il ne charge pas prématurément sa mémoire d'un trop lourd fardeau. Il croit voir clairement la route qu'il suit, et un ordre lumineux semble présider à sa marche.

A la vérité, il peut y avoir de l'illusion ; le premier principe et ses dérivés sont longtemps admis sur parole, et, comme ils ne représentent rien de-sensible et de réel, on n'est pas toujours sûr que l'élève y attache un sens. L*aj5|)Iication de la règle peut ensuite mettre à l'épreuve son discernement ; mais, lors môme qu'il rencontre juste, jamais il ne cherche à rien découvrir. Son jugement peut ^tr^ exercé, non sa faculté inventive.

La supériorité de la méthode d'investigation pour tenir l'esprit en haleine est bien évidente. Ce qui peut encourager à s'en servir, c'est qu'une marche semblable est suivie, aveuglément il est vrai, mais réellei»ent, dans l'acquisition involontaire des connaissances ou dans la routine. Les enfants, quand ils apprennent à parler, saisissent d'abord certains mots qui leur servent à en découvrir d'autres; et, allant ainsi toujours du connu à l'inconnu, ils finissent par tout comprendre. Il semble donc qu'en engageant les élèves à chercher des rapports entre les faits, puis à se rendre compte de ce qu'ils trouvent, on éclairerait la routine pour eux ; au bénéfice de l'instinct se joindrait celui de la connaissance, et quand, en remontant de faits en faits, ils arriveraient au principe, ils auraient encore mieux suivi la marche logique que s'ils avaient admis de confiance ce principe au commencement.

Cette marche est-elle applicable universellement? C'est ce dont il est permis de douter; mais sa combinaison avec

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