‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 131 sur 144 · SUITE DES MOYENS D'INSTRUCTION, — EXCITATION DU ZÈLE · texte numérisé non relu

SUITE DES MOYENS D'INSTRUCTION, — EXCITATION DU ZÈLE

L'élève chrétien a une émulation tout intérieure ; il cherche à égaler un modèle placé au dedans de lui. Ari')>THK.

Il ne s*agit pas seulemenl dans rinstruction de combiner habilement des plans et d'employer de bonnes méthodes ; il faut enoore agir sur la volonté ; il faut diriger ou fléchir ce qu'il y a chez un enfant de plus libre et de plus impétueux. La science, les méditations du maître ne servent de rien s'il ne sait pas slassurer de la coopération du disciple, s'il n'excite et n'entretient pas en lui le zèle qui fait avancer. Mais c'est à quoi il ne peut réussir, à moins qu'il ne mette en jeu quelques- uns des mobiles qui agissent le plus puissamment sur l'âme. Profiter des penchants naturels ou en faire naître qui les remplacent est la condition de tout succès.

Toutefois, il y a autre chose que les études à considérer dans l'éducation. Les penchants une fois excités s'exerceront au delà du domaine qu'on leur assigne, et, comme le retour régulier de renseignement leur donnera chaque jour de nouvelles forces, ils pourraient avoir sur le caractère une influence plus grande qu'on ne s'y attend. La nécessité de les apprécier moralement est évidente. Le devoir à cet égard serait même d'autant plus étroit que ces penchants appartiendraient moins aux dispositions naturelles de l'enfance, car si on les développait artificiellement, il est bien clair que l'éducation en aurait la responsabilité tout entière.

Heureusement il estdes penchantsà peu près universelsqiii tendent à favoriser les progrès dans les diverses connaissances. Le goût si vif et si général chez les enfants pour les fleurs,

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les coquilles, les oiseaux et tous les brillants objetsdont s'occupe rhistoire naturelle, rintéret excité parles récits de-faits merveilleux et d'aventures héroïques qu'offre Thistoire, les impressions agréables causées par les arl« de la musique et du dessin, la curiosité que mettent en jeu les phénomènes singuliers et mystérieux de la physique et de la chimie, le plaisir attaché à certains exercfces de l'esprit et l'a^ttrait piquant d'une légère difficulté qu'on se flatte de vaincre, enfin la satisfaction de sentir les idées s'étendre, de comprendre la raison de mille travaux dont on est témftin, et l'espoir de les exéculer soi-même, telles sont les sources naturelles d'où le goût de l'étude peut dériver. Voilà des mobiles dont l'éducation peut sans danger augmenter Ié^ force. Plus ils agissent chez les enfants, plus ils prouvent en eux de vie et de sève, plus ils sont d'unheureux augure pour l'avenir, et plus ils les rendent aimables dans le présent même.^

Il est essentiel toutefois de bien apprécier la puissance de ces mobiles; elle existe, elle opère silencieusement, mais souvent on en cherche vainement la trace ; ses effets disparaissent et s'évanouissent lorsque des plaisirs phis animés viennentà être comparés avec des jouissances aussi calmes. Il ne faut pas espérer que les charmes de l'étude frappent l'imaginationde l'enfance autant que les joies bruyanteset lesjeux turbulents, dans lesquels toutes les forces prennent à la fois Tessor. Ce sont desconsolations douces et toujours senties, une fois que le sacrifice des amusements plus vifs est fait. Mais l'idée s'en présente peu àuxenfants, ils les retrouvent sans y avoir compté à l'avance, parce que ces plaisirs tout intérieurs n'ont point les formes sensibles qui se peignent distinctement à leur esprit. Il faut se résigner à ce qu'ils ne soient jamais choisis de préférence, et pourtantle sentiment en doit être cultivé avec soin. Il y a là un germe de talent, etily a de plus une espérance que les études deviendront une véritable ressource dans la suite. Quand le cours du développement moral. est Lien dirigé, le goût des plaisirs intellectuels s'accroît avec les

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années, et Ton en vient même à ne plus faire cas des autres que lorsqu'ils peuvent s'allier à ce qu'il y a en nous de plus pur.

Mais ces douces impressions doivent être soigneusement ménagées, et dès lors il serait imprudent de les trop vanter aux enfants ; c'est presque les tromper que leur annoncer ces j(îuissances qu'ils ne sont pas toujours en état de prévoir ou de goûter. L'espoir de ces plaisirs est insuffisant, je l'avoue, pour les exciter à étudier. Il faut donc songer à mettre en jeu d'autres mobiles ; mais il est une condition indispensable pour se permettre de les employer ; c'est qu'ils ne nuisent pas aux goûts naturels qui répondent de la continuation des travaux de Tesprit durant la jeunesse.

Que serait-ce encore si de telsmobiles mettaient en danger la moralité, si seulement ils altéraient la douceur et l'égalité du caractère I Ici l'examen devient bien grave, et pourtant comment éviter de s'y livrer? J'aurai roccasion de parler ailleurs des punitions et des récompenses, petits moyens qui n'ont qu'une utilité de courte durée ; mais le grand moyen, celui qui prend toujours plus d'influence avec Tâge, et finit souvent par déterminer le cours des pensées à lui seul, l'extrême excitation de l'amour-propre, comment ne pas en étudier les effets?

Quand on s'occupe de l'émulation, il y a sans doute des distinctions à faire. Si l'on entend par là, et les puissants effets de l'exemple, et cette conviction soudaine du pouvoir de la volonté que produit la vue des succès d'autrui, et cette ardeur contagieuse qui gagne naturellement des êtres courant dans la même carrière, on parle d'un résultat aussi innocent qu'avantageux de la communauté de travaux. On ne peut point blâmer non plus ni chercher à étouffer le désir d'être remarqué et d'exciter un sentiment particulier d'approbation ou d'estime. C'est là un penchant indestructible et une cause puissante de progrès heureux.

Du désir de s'élever au*dessus des autres, à celui de les 1. -1»

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voir descendre au-dessous de soi, le pas est bien glissant ; mais l'éducation contribuera- t-elle aie faire franchir à l'enfant? Entre laisser subsister ce qui existe indépendamment de nous, et l'exciter, l'exalter de toutes manières, la différence est grande as8urément..L'amour-propre se retrouve de toutes parts, alli^ à des affections plus désintéressées ; on ne saurait analyser des mouvements invincibles et souvent louables pour rechercher les traces de personnalité qu'on y pourrait démêler. Il sufQt que les sentiments nobles aient le dessus ; il suffit qu'ils soient assez vifs pour que. nous ne puissions les méconaaître. Dès lors nous n'avons rien à demander de plus, et il nous est permis de respecter des illusions qu'un élève sincère sq fait à lui-même.

Ici, comme partout ailleurs, les bornes de notre devoir sont déterminées par fa possibilité de l'accomplir. Prétendre extirper l'amour-propre est une chimère, mais en augmenter volontairement l'ascendant n'est pas moins un tort en morale. Ët^ quand on voit ides institutions combinées de manière à fomenter l'envie, à exciter le désir de déprimer des compétiteurs, et à faire jouir chaque enfant des défauts des autres, comment se réconcilier de bonne foi avec un tel ordre de choses ? comment soutenir que les lumières doivent surtout servir à rendre les hommes meilleurs, lorsque, dans l'espoir d'un peu plus de lumières, on s'expose à les rendre plus mauvais ? Il ne résulte pas de là beaucoup de mal, à ce qu'on assure ; mais est-ce une bonne excuse, quand il en résulte toujours un peu, et quand U ne peut en résulter aucun bien ?

On dit que l'enfance, trop insouciante, est peu susceptible de jalousie ; mais qu'importe si l'âge suivant, où de nouvelles passions viennent à fermenter, en est susceptible à un haut degré, et si des impressions réitérées finissent par produire de redoutables effets? les fruits tardifs ne mûrissent-t-ils pas dans leur saison tout comme les autres? Et, puisque le résultat est partout proportionné à la cause, puisqu'un orgueil

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