LIV. iV, CHAP. Vlïf. JI
feraient instruire chez eux, ils ne seraient pas encore certains de les garantir de toute exaltation d'amour-propre. Il est de fait qu'il se forme souvent dans Téducation domestique une vanité plus irritable, plus aveugle et plus déplacée que dans l'éducation publique la mieux combinée pour l'exciter.
Que faire donc? Ouvrir les yeux dans toutes les positions possibles. Quand on verra clairement le mal et qu'on redoutera le mal moral plus que tout autre, il se présentera au moins des moyens de le diminuer. De ce genre seraient des distinctions honorifiques très-passagères, très- amovibles, applicables à un grand nombre d'individus, enfin telles qu'on les obtient dans les écoles lancastériennes. Mais ces distinctions ne seront tout à fait innocentes que lorsque aucun enfant ne les obtiendra aux dépens d'un autre, qu'il sçra jugé relativement à lui-même et au degré de succès qu'on a droit d'attendre de lui. De fréquentes promotions ù des classes supérieures qu'il serait aisé de multiplier, des prix ou d'autres récompenses en nombre illimité et en conséquences non exclusives, renforceraientlesbons eftets de l'exemplesans exciter de rivalité. Le talent des chefs d'établissements pourrait à cet égard aplanir bien des obstacles.
Il y a quelque chose de si odieux dans la rivalité entre frères, que des enfants élevés dans la maison paternelle doivent en être préservés avec plus de soin encore. La difficulté alors sera sans doute d'exciter le zèle ; mais plus l'éducation morale se perfectionnera, plus elle s'unira intimement à l'éducation intellectuelle, plus on verra cette difficulté s'atténuer. On n'a jamais accoutumé l'enfance à considérer le devoir activement ; on le lui a fait envisager comme une barrière qui s'opposait à ce que l'on commît certains actes, ou qu'on manquât à l'obéissance envers les instituteurs. 11 n'y a rien dans une telle idée de bien vivifiant. Il est clair que, pour aiguillonner, un frein n'est pas très-utile. Mais plusieurs sentiments en harmonie, si on réussit à les inspi-
rer, peuvent, en s'appuyant réciproquement, offrir un ensemble de mobiles qui tour à tour enchaîneront ou exciteront la volonté.
Le premier en date, Tamour filial, est déjà fait pour produire le vif désir d'un avancement qui est toujours Tobjet d'un grand intérêt pour le père; celui qui vient ensuite, Tamour de Dieu, en faisant de l'obéissance un devoir sacré, remplit les lacunes du zèle. Ces deux affections, qu'il est à la Ibis si doux et si aisé d'inspirer, développent déjà dans le cœur de l'élève un goût de devoir qui se manifeste toujours dans les moments calmes. Mais ce qui donne de Taclivilé au penchant pour le bien, ce qui le tient en haleine, si l'on peut le dire, c'est le soin d'associer l'enfant à sa propre éducation. Quand on le consultera sans cesse sur les moyens d'obtenir de lui dp l'application, de l'assiduité au travail, enfin de la sagesse, quand on examinera sensément avec lui les divers obstacles qui s'opposent à l'exécution de ses bons desseins, il se plaira bientôt à indiquer la meilleure route à suivre avec lui, il s'intéressera au succès de ses avis, et en viendra à regarder l'accomplissement du devoir comme une chose importante dans la vie.
Il y aura là une occasion d'exercer infiniment son esprit, car rien ne donne de la pénétration comme l'examen des motifs secrets et des penchants qui nous entraînent ; la confiance qu'on lui témoigne sera pour lui la preuve d'une estime qu'il voudra de plus en plus mériter. Enfin il ne sera plus à regard du gouvernement paternel dans l'opposition, mais il formera souvent une alliance avec son père pour dompter ensemble un être rebelle, cet enfant volontaire, mutin, passionné pour le plaisir, qui reparaît de temps en temps, quoi qu'on fasse. Les gronderies se changeront en consultation, le médecin qui cherche à guérir remplacera le juge sévère qui condamne, et peu à peu l'enfant cherchera à se traiter lui-même dans les temps de cYise. Et qui ne connaît pas ces temps de crise oîi il faut savoir comment s'y