UV. IV, CHAP. IX
Néanmoins dans l'éducation intellectuelle on s'adresse presque uniquement au raisonnement. On ne saurait guère s'adresser qu'à cette faculté en communiquant les connaissances élémentaires, et dans les études supérieures qui mettraient naturellement en jeu d'autres facultés, la marche môme de l'enseignement porte à suivre la voie logique, ce qui exprime encore le même mouvement. L'habitude d'une direction trop uniforme se fortifie, et l'esprit perd cette sou- . plesse qui lui eût permis de s'exercer et de s'étendre dans plusieurs sens.
Les faits viennent à l'appui de ces réflexions générales. Qui n*a pas entendu déplorer la stérilité de l'imagination dans l'époque actuelle de notre civilisation ? Qui n'a pas reconnu que l'inspiration manquait aux beaux-arts? Croit-on qu'une impulsion donnée dès le premier âge et constamment suivie soit sans influence ? Croit-on qu'on puisse impunément faire contracter pendant l'enfance le pli qui se prend naturellement dans la vieillesse? L'observation exacte des opérations de l'esprit humain nous montre qu'une attention fortement tendue arrête le libre élan de l'imagination, et que les facultés créatrices ne se développent que dans l'état oîi la pensée, livrée au sentiment qui la domine, ne sait plus ce que c'est que l'effort.
En nous occupant des moyens d'instruction, nous avons reconnu l'importance des méthodes et donné quelques conseils pour aider à les juger. Mais ce qui répondait surtout à nos vues, c'était d'apprécier l'influence morale des mobiles qu'on est obligé de mettre en jeu dans l'âme de l'enfant. Si à l'aridité de certaines études se joint celle du mode d'enseignement, et qu'on mette le tout en activité au moyen d'un mobile égoïste, il est bien clair qu'il résultera de là une grande sécheressedansl'âme. L'absence des seniimenis rend presque nécessaire dans l'instruction d'exalter l'ardeur de l'amour-propre. Nous avons mis en doute que l'effet de ce genre d'excitation fût favorable au talent : dire qu'il est nui-
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sible aux plus aimables disposilioDS, aux qualités qui donnent el répandent le bonheur dans toute la vie, n*est pas assu- .. rément une assertion téméraire.
Nous ne pouvons donc cesser de recommander, pour le bien de l'instruction, pour le développement des grands attributs, noble apanage de notre nature, qu'on s'attache davantage dans l'éducation à faire régner l'harmonie intérieurement. Et, comme les études régulières, bien dirigées, pourvoient d'elles-mêmes à la culture du raisonnement, . l'instituteur doit surtout se garder de laisser dépérir d'autres facultés, faute d'exercice. Le sentiment religieux, source immense et féconde d'harmonie, la piété, seule chose nécessaire, répondrait encore sous plusieurs rapports aux nécessités diverses de l'éducation.
Paut-il donc alléguer tant de motifs pour engager les parents à donner une éducation religieuse ? L'amour paternel ne parle-t-il pas assez haut? Il le devrait, et pourtant je ne sais, il s'élève à cet égard bien des doutes, le temps présent paraît encore bien nébuleux. A la vérité, le sentiment religieux s'est réveillé très-actif dans un petit cercle ; mais une génération froide, égoïste pour ceux qu'elle dirige comme pour elle-même, cette génération, dis-je, domine encore. Mille causes, qu'il serait plus facile que nécessaire d'énumérer, Tout faite ce qu'elle est, ont paralysé chez elle les cordes sensibles, et ont dirigé l'activité de grandes intelligences vers les seuls objets matériels. Mais une telle tendance doit-elle se perpétuer ? La race humaine restera-t-elle attachée à la glèbe terrestre ? La Providence ne l'entend pas ainsi. Cette génération n'est déjà plus sur le premier plan ; des esprits plus neufs et moins prévenus sont entrés en scène, et une recherche impartiale de la vérité les conduit sur une meilleure voie, ils abjurant déjà diverses erreurs ; les lumières d'une haute raison suffisent à les détourner de doctrines désolantes. L'étude sincère de l'histoire, celle do la philosophie, l'observation exacte du cœur humain, leur font reconnaître