‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 138 sur 144 · LIV. IV, cnAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. IV, cnAP. IX

qu'une âme immatérielle dans le sein de Thomme s'est toujours élevée vers la cause immatérielle de Tunivers. Mais^ étrangers comme ils Tont été dès Tenfance aux saintes émotions de la piété, ils ne peuvent donner ce qu'ils n*ont pas eux-mêmes. Où est en eux la foi vive, communicative, agissante ? Oii est la vie du cœur? Où est la sève qui peut circuler dans la société eniière, Tanimer toute d'un même esprit, faire fleurir les arts, exciter l'inspiration, enflammer le génie? Oti est Fâme de la civilisation? Tous ces effets d'une religion vivante, on ne les obtient pas ens*armant de quelques idées abstraites, ou en renonçant à quelques opinions erronées.

Il y a un progrès, il faut l'avouer. Une fois la jeunesse arrivée, l'éducation dirigée par des esprits supérieurs devient plus intéressante, plus animée, plus favorable à la vérité; mais rinstruction qui s'adresse à des cœurs déjà refroidis ne saurait amener des conséquences bien heureuses. Les idées les plus salutaires ne porteront leurs meilleurs fruits que si lenfance est bien dirigée. Je le demande donc, l'éducation de cet âge important, que sera-l-elle? Que réserve-t-on pour l'avenir?

Dans bien des pays, les changements qu'on voit s'annoncer pour les qtudes paraissent encore dirigés par l'esprit calculateur d'une génération déjà vieillie. Les intérêts matériels et la manière la plus profitable de les soigner semblent devoir être le but, et Tamour-propre le mobile. On se dispose à écarter graduellement cette étude de l'antiquité qui donnait au moins de la grandeur et de la dignité apx âmes, qui entretenait le noble goût de l'harmonie et de la beauté, et faisait jaillir comme par miracle l'esprit chrétien du sein de Tesprit du paganisme ; celte élude enfin qui faisait des grandes idéis de liberté et de patrie un objet de culte, un motif de dévouement plutôt que la garantie d'un droit personnel, et portait chacun à se consacrer pour son pays plutôt qu'à évaluer sa propre part dans l'intérêt de son pays.

338 LÉUOGATION PBOGBESSIVE.

Quand on observe historiquement la marche de T instruction publique, on voit que chaque souffle d'esprit nouveau qui vient se manifester au sein du monde littéraire est si lent à pénétrer dans renseignement, qu'avant qu'il en ait envahi la masse entière, il arrive souvent qu'il a cessé de régner au dehors. On reconnaît donc encore en bien et en mal, dans les collèges, les restes d'un esprit extrêmement ancien. Mais quel est celui qui fait effort à présent pour s'y introduire ? C'est précisément l'esprit qui commence à disparaître des sommités intellectuelles de la civilisation ; c'est la tendance à ne compter pour rien ce qui ne tombe pas sous les sens, ce qui ne se pèse ni ne se mesure et ne peut en conséquence subir la loi du calcul.

Prenons donc garde à ce que nous ferons. Si nous allions supprimer de l'éducation tout ce qui parle au sentiment, à l'imagination, enfin à l'âme, nous ouvririons les voies au matérialisme au moment où le matérialisme s'évanouit. On aurait longtemps à se repentir d'une telle faute.

Les doctrines matérialistes ne seront jamais, je le sais, professées dans les écoles. En substituant l'éducation scientifique à l'éducation littéraire, on ne ferait qu'enseigner à l'élève des faits qu'il lui sera toujours nécessaire de connaître, et qui n'ont rien par eux-mêmes d'irréligieux. Une telle instruction serait selon moi bien insuffisante pour le développement harmonieux de l'esprit humain ; mais pourtant cet esprit est doué d'une souplesse si merveilleuse, et tous les faits se rattachent si aisément à l'idée de Dieu, que, si l'on cherchait sincèrement à inspirer des sentiments de piété, on pourrait espérer encore. Mais est-ce à quoi on se dispose véritablement ? Est-ce là un dessein arrêté chez les promoteurs de la réforme dans les écoles? Il ne le semble pas. Tout imbus des opinions qui étaient nouvelles dans leur jeunesse, ils oublient la conviction éternelle du genre humain. Parce que La civilisation a cessé de marcher quand on a donné de la religion sans lumières, ils imaginent que le mieux à faire

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