LIV. IV, CHiP. IX
est de donner des lumières sans religion. Singulièrement jaloux de la liberlé des cultes, la moindre allusion aux croyances les plus universelles, au Créateur, à la Providence, leur fait ombrage. Ils craignent de choquer les adorateurs du néant.
Cependant, qu'ils le veuillent ou non, ces croyances sont universelles; mais, vagues et inaciives comme elles restent, hors de Tinfluence vivifiante de la foi chrétienne, elles ne portent pas tous leurs fruits heureux. Loin de nier les progrès que le perfectionnement de la raison a fait faire à la race humaine, partout où là civilisation a vraiment avancé, on reconnaît un sens plus droit, le goût plus général de Tordre, des intentions bonnes, souvent généreuses. Lès qualités naturelles s'épanouissent sous un ciel plus doux. Cependant Tabsence de motifs religieux n'est que trop évidente ; on sent qu'il n'y a pas de culte dans les âmes, que les rapports avec le ciel sont interrompus. Ce qu'on peut appeler la religion des sentiments humains s'efface avec Tautre ; cette belle extension de la piété filiale, le respect pour la vieillesse, est affaibli. On veut être en règle avec ses semblables, mais le ciment de la société semble dissous. Beaucoup de devoirs sont accomplis, quelques vertus sont pratiquées, mais ni le devoir ni la vertu n'ont un caractère de sainteté. La vie terrestre s'ordonne plus ou moins bien, mais il n'y a nul pressentiment de vie éternelle ; l'élément céleste s'évanouit. On se sait gré de ce qu'on fait de bien, on s'en glorifie; et pourtant la beauté morale consisterait à le trouver simple, à ne pas même s'en apercevoir. Quand on perd l'idée d'une religion supérieure d'où descend tout ce qui honore l'humanité, l'idée dé la perfection même s'affaiblit tellement, que notre propie conduite suffit à nous contenter. Notre imagination n'a rien à nous offrir au-dessus de nous. Mais chacun, tout en s'admirant beaucoup lui-même, n'admire pas à un degré égal ceux qui lui ressemblent, sentant peut être confusément que leurs qualités ne sont pas très-solides ou très-élevées.
En effet, si tout vient du raisonnement ou d'une première innpulsion heureuse, il n'y- a pas lieu à estimer profondément. Ce ne sont ni de bonnes opinions, ni des mouvements louablespeut-êlre,mais involontaires qui inspirent à l'homme du respect pour Thomme. Les jugements, les goûts, les désirs changent ; c'est au caractère seul qu'on peut se lier. Mais à quoi ce caractère se reconnaît-il? Quand a-t-on pour un autre une considération véritable? C'est quand on croit qu'il est dans son âme un sanctuaire inviolable, où certaines vérités, certains sentiments auxquels il a voué un culte sont en sûreté ; c'est quand on connaît que'des principes à la fois passés dans son sang et avoués par sa volonté font tellement parlie de son être, qu'il ne les remettra plus en discussion. Et que ne discute-t-on pas maintenant? Quel sujet est assez délicat pour ne pas être traité familièrement? On dit, on lit, (»n entend toutes choses. 11 n'y a plus de mystères dans le cœur. Où sont les lèvres frémissantes, où sont les fronts couverts de rougeur à l'idée qu'on va profaner un objet sacré? C'est pourtant cette noble sensibilité qui rend l'homme luimême un objet sacré. C'est quand il défend les approches du lieu très-saint^ qu'il prend une majesté imposante, qu'on croit voir en lui la vertu vivante^ la conscience en activité. Le respect religieux qu'il n'éprouve pas, il ne saurait l'inspirer aux autres. Goethe Ta dit : Celui qui aura commencé in vie sans connaître le sentiment d'une profonde vénération ta finira sans en avoir été Vobjet lui-même.
Vous, chez qui les susceptibilités des sentiments vertueux ne s'éteindraient qu'en vous privant de vos plus grands charmes, vous, mères tendres, mères religieuses, je finirai par m'adressera vous. C'est à vous que les affections de vos enfants sont confiées. Cultivez-les en leur donnant ce caractère de sainteté dont nous déploruns l'absence. Ne souffrez pas que l'éducation intellectuelle soit desséchante. Ne laissez pas faire de vos fils des métiers à raisonnement, des machines oti l'on jetledes laits et d'où il ressort des conclusions. A vous