LIV. I, CHAP. VI. * C
sur nous-mêmes, a&n de nous donner ce pouvoir ; mais le moyen est incfiScace, et rexpérience le prouve. // n'y a, diton, qu'à vouloir. Chacun peut ce qu'il veut. Belles maximes et maximes justes dans un sens, bonnes peut-être pour obtenir une détermination subite dont il n'y aurait pas à revenir, mais sans influence habituelle. Toujours vouloir, comme toujours vouloir le bien, est au-dessus de noire nature, et il ne faut pa^ traiter légèrement une difficulté sous laquelle succombe le genre humain.
Quelle est notre condition, laissés à nous-mêmes? D'une part, des sentiments, vie de Thomme, forces sans lesquelles il n'est rien, mais des sentiments exposés à une ivresse fatale, susceptibles par cela même de devenir nos plus grands ennemis : voilà nos mobiles. D'autre part, une intelligence grande sans doute quand elle s'exerce au dehors, mais faible et tinlide quand elle se dirige au dedans, parce qu'alors elle est dépendante de ce même état moral dont elle devrait décider : voilà notr* régulateur.
Faut-il donc s'étonner qu'à moins decedegréd'énergieque la nature et Téilucation s'accordent rarement à développer, faut-il, dis-je, s'étonner que la volonté ail une marche irrégulière; qu'elle soit molle et apathique dans l'absence des âj|Piments, inconstante et orageuse quand ils se combattent, violente, opiniâtre, dépravée même, capable de nous précipitera notre ruine, lorsque tel mauvais penchant l'a emporté? La conscience, il est vrai, nous donne un avertissement conforme à la plus saine morale ; mais cette voix, trop souvent étouffée, ne parvenant pas toujours à se faire écouter, le moyen de nous y rendre attentifs est précisément ce qu'on cherche.
£n prenant ainsi le mal à sa racine, en voyant à quel point en est atteint le principe même de nos actions, la volonté, il semble que nous soyons sans ressources. Toutefois, la bonté divine n'a pas souffert qu'il en fût ainsi.
Parmi ces sentiments, seules forces vivantes, il en est un
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plus pur, plus élevé, plus intimement lié à la morale que les autres, le sentiment religieux. Celui-là, ne trouvant pas icibas de quoi se satisfaire, cherche de l'assistance au-dessus de nous. Il interroge, il implore la nature eiUière, et partout il entend une voix secrète qui semble répondre à son appel. Cet instinct, livré à lui-même, ne s'égarerait sans doute que trop souvent ; mais ce n'est pas dans de fausses routes que nous sonunes appelé § à le contempler. Nous le considérons tel qu'il petit. toujours être développé par une éducation éclairée; et puisque enfin il faut préparer des mobiles à rhomme^ puisque la raison une fois formée ne s'exercera que sur les penchants, puisqu'elle-même ne prendra son carac- 1ère le plus élevé que si elle trouve à régir de nobles inclir nations dans Tâme, il importe de montrer que le sentiment ' religieux est le seul qui puisse donner une heureuse impulsion à toute la vie.
Mais le champ devient ici tellement vaste, que je dois renoncer à le parcourir. Le sentiment religieux, uni à la foi chrétienne, et trouvant dans la plus sainte loi sa règle et son frein, est une sonrce de vertus morales trop abondante pour que je puisse en parler avec détail. Je suivrai du moins de près le sujet qui m'occupe, Timpuissance originelle de la volonté, en envisageant le sentiment religieux dans ce q^^ a pour nous d'unique, je veux dire l'accès qu'il nous ouvre à un secours ^»périeur.
En général, le vice de tous les systèmes où l'on cherche à se prévaloir de quelque bon principe de notre nature pour fonder sur celte base la morale entière, c'est d'offrir des ressources qui manquent au besoin. Sans doute les données de la nature humaine sont les seules d'où l'on puisse partir. Rien d'étranger à notre cœur ne peut avoir de prise sur nous ; mais un mobile qui appartiendrait à notre constitution intime, imprimerait à l'âme un mouvement d'autant plus salutaire qu'il la relèverait de son abattement, quand elle désespère de ses propres forces. On veut nous faire tout tuer de nous-