‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 29 sur 144 · LIV. I, CHAP. Vr. C · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. Vr. C

mêmes, tandis que nous ne sommes pas sûrs de nous. On nous indique la raison quand nous ne sommes plus raisojinables ; on nous renvoie à la vertu quand c'est la vertu qui faiblit. Aussitôt qu un désir se déclare avec cetle ardeur et cette intensité qui le font noflimer passion, une seule idée nous préoccupe. Elle nous poursuit, elle nous obsède, elle nous plonge dans un rêve sans réveil. Toutes les proportions de notre nature morale sont changées ; tous nos sentiments nous trahissent ; ceux mêmes qui devaient nous défendre se rangent du côté du plus fort. Ce qui reste de nos qualités nous trompe. Cette sorte d'élan que donne la passion, nous fait voirdela générosité, de la grandeur, plus de pouvoir IfDur faire le bien dans une nouvelle extension de notre *^iitistence, et Tombre d'une fausse vertu contribue encore à nous égarer. Comment se reconnaitrail-on, en proie à un tel vertige? Où trouverait-on un asile dans un cœur déjà séduit? Ce point d'appui hors du monde, qu'Archimède demandait pour mettre le monde en mouvement, pe le faut-il pas hors de notre âme pour la soulever ?

Que faire doèc quand on se sent tiède pour le bien? Que faire quand on ne retiMive plus les bonnes résolutions de sa jeunesse, quand la crHlte même des conséquences de notre faiblesse ne nous émeut pas? Que faire, si après de vains efforts notre âme lassée reste livrée à un penchant funeste (|pe rien au dedans de nous ne sufQt à balancer? Je le dis avec une conviction profonde, pour cette situation, hélas ! trop fréquente, il n'existe sur la terre de ressource que la religion.

Que faire? Nous prosterner aux pieds de l'Être suprême ; nous plonger dans cette immensité de consolations et de secours ; puiser à la source de la vie, et nos forces abattues se relèveront dans notre sein. Instinct éternel, pente irrésistibledenotreâme, besoin d'excellence, d'ordre, de grandeur; harmonie de l'univers qui nous gagne à l'idée du Créateur de l'univers, tout tend à dissiper une ivresse fatale, à faire luire

7 LÉDICATION FfiOGItESSIVE.

un jour plus pur dans notre dœur. Le calme des régions célestes semble s'y répandre ; une impression profonde et solennelle est pour nous Tannonce d un état nouveau, état à la fois humble et sublime, où la volonté se soumet, où lés intentions se purifient, où nous acceptons l'avenir, quel qu'il soit, que Dieu nous destine, et où il semble que sa loi sainte se proclame au dedans de nous. La prière, enfin, refuge sacré où nos passions n*osent nous poursuivre, source où se restaure la vie de Fâme, la prière a sur notre coeur une influence puissante, immense, infaillible peut-être, et Celui gui ne Tapas éprouvé n'a pas invoqué Dieu avec assez de persévérance ou de foi.

Esclaves par nos passions^ a dit Rousseau, nous sommes libres par la prière. Jamais mot plus profond n'est parti d'an esprit moins prévenu.

Quand nous sommes bors d'état de résister de front à nos inclinations déréglées, nous pouvons les affaiblir en priant; c'est la même vérité pn d'autres termes.

Le besoin habituel de communiquer avec Dieu, de l'implorer dans ses peines, de lui soumettre ses désirs, d'examiner devant lui et sa conduite passée Ases projets futurs, de luidemander la force nécessaire pour persévérer dans le bien et pour renoncer au mal, voilà ce que l'enfant peut déjà sentir. Plus il sondera ses intentions en présence de l'Être parfait, plus sa moralité se formera ; mieux il discernera se» moindres fautes, et plus la jouissance réparatrice du repentir et de l'amour purifiera le fond de son cœur. Tel est le mouvement que l'éducation peut imprimer ; telle est l'impulsion énergique qui traversera sans s'anéantir les alternatives de la volonté. Mais comment empêcher que ces alternatives ne se i-etrouvent, qu'il n'y ait de l'inégalité dans l'amour de Dieu, dans l'obéissance à sa loi sainte ? comment soustraire l'élève à ces tristes variations, qui sont pour tous un sort inévitable? Le relâchement des intentions ne tarde pas à se rendre sensible dans les actes. Plus la conscience est devenue délicate, plus

Page 1