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elle s'aperçoit, plus elle s'effraye de ce qu'elle doit se rcpprocher. La craiale d'avoir irrité le juge suprême, jointe le plus souvent aux suites malheureuses du péché, pourrait plonger râmecoupabledansledécouragement,daQsledésespoir;rentraîner même dans les plus déplorables égarements comme l'histoire des fausses religions ne le prouve que trop; il est donc essentiel que le moyen de relever la volonté pendant la vi^M^ière, soit aussi efficace que celui de la déterminer au
deQcement. C'est ici le triomphe du christianisme.
us çil.f apport, un des plus importants de tous, le caractéi^isttnctif de notre sainte religion se montre dans tout son éclat. Il est dans son esprit particulier d'avoir fait leur part à nos misères, d*etre venue au secours du plus grandies maux, le péché. Sa loi, et comment ne pas reconnaître à ce trait la Divinité I sa loi est à la fois sévère et compatissante ; ce qu'on entrevoit à travers ses mystères, c'est toujours! 'alliance de la justice et de la pitié, et, dans le sanglant sacrifice du Sauveur du monde, la vérité devient un symbole sublime pour annoncer à i'homme coupable le pardon accordé à la foi et au repentir.
En effet, si l'on envisage notre religion sous le rapport de son influence au dedans de nous, on verra que sa morale, la plus scrupuleuse de toutes avant lesfaules,estla moinsdésespérante après. Enlisantlesécritsdes moralistes non religieux, on y trouve l'empreinte d'une certaine dureté. De même que la société dont ils prennent en main les intérêts, ils n'accordent point de pardon au coupable et ne se fient guère à son repentir. Sentant bien qu'ils ne disposent d'aucun moyen puissant de régénération, ils croient plus que l'homme-pieux à une progression nécessaire dans le mal ; ils font dériver tous les tortsHle quelque fausse direction prise dans l'origine, et, attribuant une importance exagérée aux premières impressions, ils sont enclins, ainsi que Bacon, à regarder Thomme comme un faisceau d* habitudes.
Cependant il y a autre chose que des habitudes dans
Il L EDUCATION PROGRESSIVE
l'homme; il y a un principe de vie, un principe réparateur; mais la seule religion chrétienne peut donner à ce principe de Tactivilé, parce qu'elle seule dispose dans tous les moments <Je ce qui le met en jeu, l'espérance. Elle seule a de l'eai^rance pour le coupable, comme elle en a pour le mourait. Elle prend l'homme comme elle le trouve, innocent ou criminel, enfant ou vieillard, honoré ou méprisé des autres, et toujours elle le soutient ou le relève, toujours elle a des motifs d'amélioration à lui offrir. C'est parce que l'esprit du christianisme est assez puissant pour former les habitudeset pour les rompre, pour s'aider de l'influence du temps et pour vaincre cette influence, qu'il a un avantage unique et inappréciable dans le gouvernement de la vie entière.
Je ne crains pas d'en convenir, l'amour de la vertu peut exister dans de grandes âmes sans idée distincte de la religion. Comme le talent, comme le génie, cette noble ardeur est un don d'en haut; il y a dans la nature morale, ainsi que dans la nature physique, desœuvres sublimes de Dieu; mais, sans parler des espérances, des consolations, du degré même de perfection dont les hommes vertueux qui restent étrangers à la piété sont toujours privés, tant que le plus beau de nos attributs leur manque encore, je dirai que nous n'avons pas à nous occuper d'eux. Les qualités innées sont en dehors de la question. Ce que cherche l'éducation, sous le rapport du moins de la vie présente, c'est le moyen de réchauffer le germe des vertus qui ne seraient pas naturellement développées.
D'autre part, il est des créatures plus nombreuses qui, sans avoir reçu aucune espèce d'impulsion, évitent les grands excès. Comme les tentations ne sont pas toujours fortes, le mérite négatif est tissez commun pour qu'il y ait une bonne chance de l'obtenir; si notre tendresse, si notre sollicitude pour nos enfants sont modérées, si l'idée de leur sort dans l'éternité nous occupe peu, nous bornerons notre ambition à un lot pareil, tout incertain qu'il soit encof c. Le monde, l'opi-
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nion, l'intérêt perabniK^ même sont des freins. Mille motifs différents peuvent contribuer à retenir dans une ligne à peu près droite desétres doués de bon sens. Mais le désir, mais le besoin constant de se perfectionner au fond de Tâme, la ferme intention de poursuivre un tel dessein, quel qu'en soit le résultat au dehors, cette intention, je le crois, ne sera jamais fondée surdes motifs purement humains. L'amélioration progressive du cœur ne peut être que religieuse ; je ne saurais cfu moins la concevoir autrement. Se composant de soins plus délicats que ceux qu'exige la simple morale, sa marche échappe à tous les regards. Celui qui veut avant tout rectifier ses motifs secrets, s'abstient souvent de telle action qui paraît bonne, s'en prescrit telle autre qu'on jugera mal; il doit donc renoncer aux suffrages des hommes, et pourtant, s'il n'avait affaire qu'à lui-même, il serait trop sujet au relâchement. Sèrait-on sûr de persévérer dans une entreprise longue et difficile, si l'on n'avait d'engagement qu'avec soi? Et les prétextes manqueraient-ils, quand on viendrait à se lasser des sacrifices qui n'auraient eu que soi pour juge et pour objet ? Dieu seul esta la fois en dedans et en dehors de nous-mêmes : en dedans, pour être témoin de nos efforts, de nos motifs, de nos moindres pensées; en dehors, pour que nous puissions l'adorer, l'implorer, le craindre, pour que toutes les grandes idéesmorales, objets de notre vénération,se transportentdans un être sensible t[ui nous voit, qui nous encourage, qui nous plaint. Dieu est une sagesse vivante, animée, une sagesse qui inspire et qui éprouve l'amour. La perfection, la beauté morale ont revêtu en lui une existence individuelle ; elles parlent à notre cœur, et communiquent avec nous. Ce besoin, si impérieux pour ceux qui aiment, de se mettre en harmonie avec l'objet de leur dévouement, ce besoin devient celui d'une amélioration constante. Nous sentons que les mauvais mouvements de notre âme sont l'obstacle qui nous sépare de Dieu, et dès lors cet obstacle diminue. Une influence salutaire pénètre en nous. Quand à l'idée du Dieu très-saint se
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joint celle du Dieu réconcilié,- dû Di^uqiM pardonne, ceqa'il y a de plus élevé dans la contemplalion, de pins tenctf^e dans la reconnaissance, consume, résout, poor ainsi dire, la masse du mal dans notre cœur, et notre*, volonté régénérée se plonge dans la source éternelle de toute bonté.
C'est ainsi que la religion et la morale s'appuiettt Féciproquement et se servent tour à tour de moyen et 4e but Tune à Tautre. Si Ton ose juger des desseins de Dieu, on croit voir que le développement moral de Thomme ou le perfectîonn * ment de sa libre volonté, est la vue qu'e eue TÉternel en le mettant dans ce monde, et que s'il ne l'a pas créé parfaft, c'est que, voulant surtout lui imprimer le mouvement, il ne fallait pas le placer dans un état fixe. Si l'on reste dans la sphère de l'humanité, il parait que la religion, ou F union de Tâme avec Dieu dans le temps et dans Téternité, doit être ici-bas le but de l'homme, et que l'observation toujours plus exacte de la l#i divine, qui est la loi morale en même temps, est la route par laquelle il doit atteindre ce but. Alors le perfectionnement est enlui l'effetde Tamour ; il s'améliore constamment; mais loin de s'enorgueillir de ses progrès, il s'en aperçoit à peine, tant le modèle qu'il a devant lui reste supérieur à lui-même.
L'instituteur est à l'égard de Tenfant ce qu'est la Providence à l'égard de l'homme ; il veut son 'bien présent, son bien à venir, celui de son âme immortelle, et il étudie, autant qu'il est en lui, les desseins de Dieu, afin d'y conformer ses vues. En traçant avec rapidité la marche de la pensée chez l'instituteur, nous donnerons ici le résumé de nos principes.
Appuyé d'une part sur l'autorité du christianisme, et de l'autre sur celle de la conscience, il ose prononcer que le but de l'homme dans cette vie ne doit point être le bonheur. La loi qui nous porte à jouir lui paraît être celle de nos instincts aveugles, de la force matérielle qui nous entraîne durant le sommeil de la volonté. Donner la prépondérance à la loi de l'âme, à la loi qui oblige le sentiment moral et toutes nos facultés intellectuelles à s'élancer vers la perfection, chacune