LIV. I, CHAP. II
rassemblerait dans la personne de Tenfant tout ce qu'offre à notre admiration l'élite de la race humaine. Cet espoir est sans doute chimérique^ mais pourtant l'examen attentif des moyens employés pour obtenir chaque résultat désirable serait plus utile qu'on ne le croit. Si, pour chacun et pour tous, le mal moral est inévitable, la quantité peut en être diminuée infiniment. Quand on songe que les quakers odt Sf anéanti parmi leur nombreuse population jusqu'au mouve-ment si naturel de la colère, combien ne s'agrandir pas l'idée de notre puissance sur les enfants !
Pourra-t-on jamais éleverl'éducation au rang de science, c'est-à-dire arriver à des résultats assurés, quand les fkits 'qui concernent les enfants auront été classés et discutés avec méthode ? Je l'ignore ; mais les limites de* l'incertitude se resserreront, je crois. L'éducation privée restera toujours un art, c'est-à-dire ufi ensemble de moyens dans lequel un certain savoir-faire, une certaine adresse domineront. La pratique n'en sera jamais complètement enseignée dans les livres, et l'influence d'homme à homme, le talent de se faire aimer, obéir, de s'emparer des esprits, y prévaudront. Mais un art même a des principes fixes, et l'éducation publique pourrait devenir quelque chose de plus certain qu'un art. Là les méthodes ont plus de prise, les différences individuelles se perdent dans la masse, et le jeu de cette grande machine ne dépend entièrement ni des élèves sur lesquels elle agit, ni des maîtres qui la font mouvoir. Mais combien pour le perfectionnement d'un lel instrument n'y a-t-il pas encore d'épreuves comparatives à faire ?
A ces deux genres d'éducation répondent deux études difl^éréntes, celle des enfants considérés séparément, et celle des enfants réunis en assez grand nombre pour qu ils influi^M fortement les uns sur les autres, et que, par un efiet semblable à celui de la fermentation, les éléments de leur nature miorale se combinent dans chacun d'eux d'une façon nouvelle et particulière.
8 G LÉDCCiTIO?( PROGRESSIVE.
L'étude des enfants inèÉiMlevant commencer dès la naissance, il est clair que les mères seules peuvent s'y livrer avec succès. Leur position et les dons particuliers qui les distinguent les rendent également propres à observer les très-petits enfants. Il fayt avoir la souplesse d'esprit d'une femme j* pour suivre ces êtres mobiles dans leurs perpétuelles variations ; tout est chez eux si fugitif et si vague, qu'une sorte de > vertigegagnerait bientôt l'observateur qui voudrait fixer leuïs traits incertains. Ce n'est pas dans un simple examen que consiste une telle étude; si l'on n'a pas celte flexibilité d'imagination qui permet de revêtir une nature étrangère, d'être soi et un autre tout à la fois, on ne connaîtra jamais ces jeunes créatures. Déplus, il faut les aimer pour Jes comprendre, el on les devins bien moins par l'intelligence que par le cœur. Cependant, lorsqu'on ne fait autr^ chose que suivre le cours dt leurs sentiments et qu# vivre enjeux, pour ainsi dire, toutes ces impressions que l'on pai;lage à mesure §'effacent trop aiiémeot. On devieft léger comme eux par sympathie, et la tâche qu'on «'était prescrite est bientôt mise en oubli.
Pour réussir à la remplir, j'exhorte vivement les jeunes mères à tenir un journal exact du développement de leurs enfants. Quand elles n'auraient point de vues plus générales, toujours trouveraient-elles un grand avantage à ce travail. Il donnera de l'ensemble à leurs idées, de la fixité à leurs projets. Elles s'accoutumeront à bien regarder et à s'expliquer ce qu'elles voienuj
Il ex^te dans un puvrage très-distingué, les Annales d'éduca^tWde M. Guizat, des morceaux qui sont un vrai modèle dan>rl'art de pénétrerlesenfantf et d'assigner aleur conduite s^ véritable cause. Ces morcefaux, qui portant le titre de journal, offrent le résultat Àe diverses observations précieuses *. C'est beaucoup fJlus que je ne demande pour le
1 La plupart de ces obsenrations ont été consignées de nouveau dans des Lettres sur V Education domestique^ qui ont obtenu le prix décerné par rAcadémie. Cet ouvrage, auquel madame Guizot a mis son nom, manifeste au plus haut de-
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ligjijour la foi*!îie,i«ce dm^ pas exa^tfiwent'ce que j^i en vueiîe voudrais un journal 'Ç^'lable où Ton prît acte de chaijâiy^rogrès, où toul^s les vicissitudes de la santé physique "H morai^ fussent marquées^ et où Ton trouvât frar ordre de date la mesure d'un çnfant dans tous les sens. Les ^"ttiotSjl^s idéea, Im connaissances, les sentiments, tout ce qui s'arf|uiert ou se «développe serait consigné dans cet écrit; Qji y déeôuvr%ait la première trace des qualités ®u des défauts, ^t Ton pourrait ainsi juger de leur origine. Gomme pour peindre les enfants il faudrait conter leiu" histoire, le récièfdea petits événements, des joies et des chagrins de leur 4ge viendrait animer le journal, et bientôt la mère trouverait un grand charme à l'écrire. La plus simple prévoyance lui ferait sentir qu'elle met en sûreté pour Tavenir les sou^nirs d'une époque charmante. Il serait si doux de fixer Tiftage fugitive de Tenfance, de prolonger indéfiniment le bonheur d'en contempler les traits, et d'être sûr de retrouver à jamais ces êtres chéris qu'on perd, hélas I toujours comme enfants, lors même qu'on a le bonheur de les conserver encore^ I a
Mais quelle importance plus générale et plus immédiate ne prendrait pas un semblable travail, s'il était exécuté par les chefs des grands établissements d'éducation I Eux seuls voient les enfants en masse^ de même qu'une mère seule les voit en détail. Quel principe d'amélioration toujours agissant ne leur offrirait pas l'examen réèulîer ^es effets de toutes les méthodes qu'ils emploient] Dans les instituts d'éducation^ l'action d'un tel principe est bien nécessaire, soit pour combattre l'esprit de relâchement qui porte sans cesse les enfants et même les maîtres à éluder toutes les difficultés et à se contenter d'apparences, soit pour tenir des élèves au niveau de ce rapide progrès des connaissances humaines, qui exige un
gré cette étendue d^esprit, ce talent d'analyse et cette noble élévation de sentiment moral qui caractérisent toutes les productions du même auteur et rendent »a mort prématurée un événement si déplorable.
88 l'Éducation trogressive.
avancement proportionnel dans toutes les branches d'insiruetion. Et quand les épreuves conaparalives auraient fait décidément rejeter l'emploi de certains moyens, il esta présumer qu'il s'en présenterait d'autres à l'esprit-qui poiaraient donner à l'éducation une face toute nouvelle.
Quoique les instituts d'éducation soient très-nombreux en Europe, ils ont été, jusque dans ces derniers te/nps, tallement calqués sur le même modèle, qu'il n'y ayait guère à les comparer que sous le rapport de l'habileté des professétirs, ce qui ne conduit à aucune lumière générale. Mais quand des établissements fondés sur des principes absolument neufs, tdls que ceux de MM. Pestallozi et Pellenberg, du P. Girard en Suisse, de l'école d'Haslewood en Angleterre, se seront multipliés, alors les granden questions d'éducation commenceroftt à être éclaircies. On verra, par exemple, si ce moyen de l'émulation, dont l'influence morale inspireiune si juste défiance aux âmes scrupuleuses, estabsolument indispensable au plus grand développement de l'esprit; on saura si l'on ne pourrait passe prévaloir des heureux effets de l'exemple, en les séparant des mauvais effets delà rivalité, et peut-être apprendra-tron à mener davantage de front la culture des sentiments et celle de l'intelligence. Relativement à l'instruction, quelle idée les succès de la rnéthode d'enseignement mutuel ne donnent-ils pas de tout ca qu'il est possible de découvrir ou de perfectionner encore ! Et sous le rapport plus important encorie de la formation du caractère, quelles lumières ne fournissent pas les nouvelles écoles d'enfants ! Quand on voit ces établissements oti plus de cent enfants de deux à six ans contractent ensemble des habitudes d'ordre et reçoivent les premiers éléments de l'instruction, sans que jamais, durant leurs jeux ou leurs leçons, il y ait de pleurs, de cris, de querelles, sans qu'ils cessent un instant d'offrir l'image du bonheur, on s'étonne de la grandeur des résultats qui peuvent être obtenus par l'emploi des méthodes les plus simples; on se demande comment il a pu s'écouler tant