‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 35 sur 144 · LIV. I, CHAP. II · texte numérisé non relu

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de siècles avant qu'on ait imaginé de se servir de pareils moyens.

On doit sans doute convenir qu'il sera toujours difficile d'établir une comparaison exacte enti^e les différents systèmes d'éducation. Pour y réussir, il faudrait non-seulement que ceux qui en font l'application soumissent leurs propres tentatives à un examen régulier dont ils publieraient le résultat, mais, de plus, il serait nécessaire de suivre les élevée «près l'achèvement de leur éducation, et de juger enfin de ce qu'ils sont dans la vie. Ces recherches sont si délicates, et il faudrait tellement les multiplier pour les rendre concluantes, qu'on ose à peine se flatter de trouver un nombre suffisant d'observateurs disposés à Its entreprendre.

Néaumoins, qu'est-ce qui peut échapper àl'esprit d'inv( stigation de notre siècle ? Ce siècle, quelque jugement qu'on en porte d'ailleurs, est le seul où Ton ait vu réunis, deux mérites éminents, la connaissance à la fois théorique et pratique de celte philosophie expérimentale, qui, depuis Jacon, a fait faire aux sciences de si étonnants progrès, et la volonté ardente et ferme d'appliquer les découvertes qui en résultent au bien de la société. On sait se réunir pour exécuter les grands travaux et diviser le travail môme. Ce qu'un seul homme et une seule vie ne peuvent accomplir, d'autres hommes et d'autres temps l'achèvent. Et dans ce moment où tant de magnifiques entreprises s'exécutent en faveur de la religion et de l'humanité, comment ne pas espérer qu'il se formera quelque association respectable qui entreprendra de résoudre par les faits les grands problèmes de l'éducation ! Quel examen plus important sera jamais l'objet des méditations humaines! N'est-ce pas dans le domaine de l'éducation que s'exerce la plus grande influence d'une âme sur d'autres âmes, du présent sur l'avenir?

Il est une circonstance favorable que je ne puis m'empécher de citer ici. Dans toutes les grandes villes il existe de nombreux dépôts d'enfants qui offrent des sujets entièrement

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neufs et tout à fait indépendants de l'autorité paternelle, je parle des malheureux enfants trouvés. Avec eux il y aurait le moins possible d'aatécédenls à redouter, et Ton ne recueillerait que ce qu'on aurait semé soi-^même. De plus, on ne pourrait faire à ces pauvres être que du bien en essayant sur eux toutes les méthodes innocentes. Ne s'occupât-on que du premier âg» et des classes pauvres exclusivement, l'application des différents systèmes ^ des groupes un peu considérables d'enfants donnerait d'importantes lumières.

Parmi les obstacles qui s'opposent au progrès de l'éducation, il faut compter un scrupule respectable. On craint de livrer quelque chose au hasard en tentant des épreuves^ nouvelles ; et l'on croit à chaque fois devoir s'en tenir à ce qu'on présume être le mieux. Mais l'essentiel n'est pas ce qu'on présume, c'est ce qui est. Il y a du hasard aussi dans nos erpyances. Il est sans doute des essais dangereux qu'il ne faut jamais se permettre, mais quand on aurait écarté tout-cet qui doit inspirer quelque défiance, le mieux serait un^ fois poifr toutes de chercher la vérité.

Invoquer l'expérience des temps futurs, c e^ dire assez que je compte peu sur la mienne : incertaine et bornée comme elle l'est de toutes manières, j'ose à peine la citer ici. Mais torsque je n'aurai pas de faits à exposer, j'aurai du moins le mérite d'élever des doutes : je signalerai toutes les incertitudes, je proposerai toutes les difficultés. Le meilleur livre, daus l'état actuel de nos connaissances, serait peutêtre une suite raisonnée de questions auxquelles leslravaux réunis des esprits éclairés qui se vouent à l'éducation fourniraient d'ici à cinquante ans la réponse.

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