DISPOSITIONS A CULTIVER DANS LA PREMIÈRE ANNÉE
Aimer est le commencemeut de la morale.
Dupont db Nbmocbs.
Cultiver les dispositiong heureuses, leur donner cette fixité et cette permanence qui leur font mériter le nom de qualités, élever celles-ci au rang des vertus eh leur imprimant Tauguste sceau d'une volonté religieuse, telle est, relativement à 1» formation du caractère, la marche graduelle d'une bonne édtication.
Dans la première enfance on n'a encore affaire qu'avec les dispositions; il en est qu'on peut favoriser à une époque où il n'est epcore possible d'en combattre aucune. A tout âge même, le meilleur moyen d'étouffer ou du moins d'affaiblir leTstoiuvais penchants, c'est de donner un continuel exercice atfPautres. Surmontez le mal par le bien ; admirable précepte de l'Évangile qui renferme tout le secret de l'éducation.
Pour bien sentir l'importance de la première année, il faut penser au pouvoir de l'éducation et aux bornes de ce pouvoir; les effets de nos soins sont limités, parce que nous ne t>ouvon8 les appliquer qu'à des facultés inégales qui ne sont pas susceptibles* d'un même développement. Les germes de toutes les dispositions humaines ont été donnés au nouveauné par la nature, mtÉs ces germes n'ont pas tous la même vigueur. Les faibles languissent ou se dessèchent quand les oiroonstancel^ leur sont contraires, les forts résistent à Tin-
10f> l'ÉDUCàTIO?î PR06RESS1TE.
fluence des circonstances les plus défavorables ; si on leur donne de la culture, ils poussent des jets immenses. Dans chaque individu, le même développement de chaque faculté a une limite assignée qu'il ne peut pas dépasser : le rôle de réducalion consiste à lui faire atteindre ce terme ou à l'em- "^ pêcher d'y arriver. C'est donc uniquement sur le progrès relatif des facultés morales que Ton influe, n;rais cela seul nous donnerait un bien grand pouvoir si nous savions en user à temps.
Je ne sais si les premières impressions sont les plus profondes, l'extrême mobilité des enfants me porterait à en douter; mais les premiers moments sont les seuls où l'on puisse être à peu près sûr de faire «prendre de l'avanpe aux développements qu'on veut favoriser ; c'est alors qu'on a le plus de chance d'influer sur la proportion des divers penchants, c'est-à-dire sur le caraclère.
Il est très-important de fixer d'avance ses idéeàsur les dispositions qu'on veut cultiver ; s'en rertiettre entièrement à la nature, c'est laisser grandir au hasard tout ce qu'elle aseip^ de ses mains. C'est là l'inconvénient de cette éducation négative qu'on s*est plu si fort à vanter. Quand on s^prescrira de ne rien faire ou d'empêcher, comme dit Rousseau, que rien ne soit fait y il se formera des habitudes avant q Jon s'en doute, on découvrira des objets imprévus qui* auront gagné de vitesse ceux qu'on espérait obtenir, il faudra subir d'autant plus promptement la nécessité à laquelle on voulaitsesoustraire, celle de corriger, de contraindre; on entrera dans le règne prohibitif, ressource triste et incertaine. Il est doux de n'avoir affaire qu'à l'éducation qui dévelo)^, celle qui réprime vient toujours trop tôt pour la mère, et auvent : . trop tard pour l'enfant.
Il y a des adulateurs de la nature humaine que je ne m'arrêterai pas dans ce moment à réfuter ; je ne veux point examiner si tous les penchants naturels sont légitimes par eux^ mômes, si ceux que nous nommons égoïstes onTiostiles sont