‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 39 sur 144 · LIV. II, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. III

d'une utilité indispensable pour la défense ou la conservation de rindividu. Indestructibles dans ce qu'ils peuvent avoir de néceipaire, funestes à la moralité, et par conséquent au bonheur, pour peu qu'ils passent ce point, ce sont les ennemis que l'éducation doit naturellement avoir à combattre. Dans l'état social où nous vivons, ils se pressent toujours avec excès, et ils y sont assez en force pour qu'on n'ait pas à les ménager.

Heureusement dès la plus tendre enfance on peut favoriser les dispositions qui s'opposent au développement des inclinations dailgereuses. Certaines habitudes qui influent salutairement sur le moral peuvent être données à Tenfant, avant ndéme que son caractère se manifeste distinctement. Le calme intérieur amortira l'activité inquiète de ses désirs, la bienveillance dirigera son attention hors de lui, et le mettra en harmonie avec ses semblables. De telles dispositions sont faciles à soigner ; on peut les appeler naturelles, puisqu'il suffit d'écarter ce qui viendrait à les troubler, et elles sont à la fois les premières en date et les plus importantes à cultiver.

Le calme intérieur se produit au moyen du calme extérieur, et, pour cette raison entre mille, il est encore trèsnécessaire d'épargner des pleurs aux petits enfants. C'est là ce qu'il est à peine besoin de recommander aux mères; mais peut-être n'étudient-elles pas assez les moyens d'y réussir, et elles attribuent au hasard bien des cris qui ne sont pas sans cause réelle.

Notre influence sur les dispositions des enfants est si précoce, que nous en confondons les effets avec ceux de leur constitution. Selon Condillac, les habitudes diffèrent des penchants naturels parce qu^ elles ont commence ; mais la distinction n'est pas aisée à établir^ puisqu'on ne réussit jamais à saisir le commencement des habitudes ; elles sont sujettes à se former avec une promptitude singulière, et les soins physiques régulièrement donnés, comme ils doivent l'être, eu font déjà contracter. Deux événements se sont-ils immédia-

tement succédé trois ou quatre fois, le premier fait aussitôt naître chez Tenfant Tatteate de celui qui doit le suivre, et il résulte de là une multitude de plaisirs et de peines don) nous sommes les auteurs pour lui. J'ai dit que les leçons de l'expérience n'éclairaient qu'avec lenteur dans le premier âge, parce que l'enfant tarde longtemps à tirer une conclusion assez générale des faits qu'il connaît, pour agir en conséquence dans les cas nouveaux. C'est là un acte de jugement au-dessus de sa portée, mais il n'y a qu'un simple souvenir dans l'association des impressions qui se sontsuivies. Celles-ci se lient promptement et involontairement dans le cerveau. Il y a donc, dès le premier temps, plus de résultats de l'éducation qu'on ne pense, et la part de la nature est difficile *à déterminer.

Le plus sûr pour une mère vigilante, c'est de supposer toujours que les pleurs sont motivés; si elle en recherche la cause avec soin, elle trouvera bien plus de douleurs fondées qu'elle n'imagine. Los petits enfants, quoi qu'on dise, n'ont pas de caprices : un espoir déçu, une souffrance sentie ou prévue, sont presque toujours cause de leurs cris.

Un dès moyens de les leur épargner sera de mettre, autant qu'il se pourra, de la régularité dans l'ordonnance de leur vie : ce n'est pas durant le premier âge qu'on peut contester Tuiilité des habitudes. Quand les mêmes impressions se succéderont dans le même ordre, à la longue, les plus pénibles s'adouciront, et l'attente de celles qui sont agréables ne sera jamais trompée. Les mécomptes sont extrêmement sensibles aux petits enfants ; c'est là la source des larmes amères. Les passions trop fortement excitées s'expriment aussi par des pleurs, et il convient de les tenir à l'abri des grandes émotions, fussent-elles agréables. Ce serapar conséquent une attention salutaire que d'éviter de les rendre témoins des préparatifs de leurs repas. Le désir, aiguisé par la vue de l'objet qui peut l'apaiser, devient chez eux d'une vivacité douloureuse. La certitude que ce désir sera satisfait ne les calme

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