LIV. II, CHAP. III
ce igera encore notre partage et notre Récompense dans Téternité, c'est suivre une indication de la Providence, c'est même remplir un devoir sacré que d'ouvrir le cœur de Tenfant aux douces affections qui doivent embellir ses deux destinées. Et si un sentiment trop vif est souvent ici-bas une source de peines, s'il coûte déjà bien des pleurs à l'enfant quand il se porte exclusivement sur un seul objet, la bienveillance, cette disposition tempérée, en la répandant plus au loin, modérera ' son excès.
On ne remarque pas assez le bonheur attaché à la bienveillance ; l'attention se porte davantage sur la doucowr d'en être l'objet que sur celle d'en éprouver soi-mêmç le sentiment. Néanmoins, celui qui en est pénétré est heureux a^nt tous les autres, et l'expression du contentement se lit déjà dans ses traits. Si l'on amlysait les diverses impressions agréables, peut-être trouverait-on qu'elles participent toutes de cette nature expansive qui est celle de la bienveillance ; que toutes ont ce charme qui dilate le cœur : c'est par intérêt personnel que chacun pourrait cultiver une si heureuse di&posilion dans son âme, mais il est pour cela de plus nobles motifs.
A cet égard, beaucoup d'éducations, très-soignées en apparence, sont bien imparfaites. Quelle différence relativement à la bienveillance dans les familles,carc'est toujours par familles qu'on trouve lesindividus groupés sous ce rapport. lien est oî^ un simple étranger reçoit un accueil cordial, où je ne sais quoi de radieux brille, à son aspect, sur tous les visages; il en est d'autresoù desmanières plus raffinées cachentà peine un froid repoussant. La bienveillance est encore une disposition villageoise qui se perd dans la cohue des cités. Pourquoi eu Iti vonsnous si peuce qui aplani t tant d'obstacles, ce qui gagne le cœur si infailliblement, ce qui remplacerait aisément les cent mille règles de la politesse, et préparerait les enfants a cette charité chrétienne, véritâbleesprit de nosdevoirsenversles hommes?
Le fait est que nous ne pensons pas à la cultiver. Quand
par hasard elle existe, c'est qu'on l'a laissée subsister; ce n'est pas qu'on ait cherché à la faire naître. Nous aimons mieux prescrire qu'inspirer; nous suppléons aux sentiments par les préceptes, et notre froide éducation se réduit à l'art d'empêcher.
Et pourtant cet art est insuffisant par lui-même. Toujours nos prohibitions, trop nombreuses pour être observées, le sont trop peu pour s'appliquer à toutes les fautes. Nous désirerions assurément que nos enfants ne fussent pas sujets à des accès d'humeur ou de violence ; mais le nombre des actes blâmables étaçt infini, on ne peut les prévoir tous pour les interdire. Il faut donc s'adresser aux motifs. Ce n'est, à tous les-âges, que sur le cœur qu'on^pBoduit un effet salutaire; et dans le premier âge, c'est la sympathie seule qu'on peut mettre en jeu. Mais comme le penchant à l'imitation, résultat naturel de la sympathie, peut agir en bien et en mal, il est aussi essentiel de faire éprouver à l'enfant l'influence des sentiments tendres, que de le soustraire à celle des sentiments haineux et malveillants.
Sous ce dernier rapport du moins, les mères ont été bien averties. Tous ceux qui ont réfléchi sur l'éducation ont senti l'extrôme importance d'éviter qu'aucun acte d'impalience ou de colère, aucun accent aigre, aucun regard farouche, ne vienne frapper les sens des plus petits enfants. Une nourrice, dit Edgevvrorth, influe sur l'humeur de toute la vie. Les enfants ont une inconcevable facilité à recevoir le mouvement, à partager des impressions dont ils sont encore inca^ pables d'apprécier la cause. Les physionomies leur parlent quand ils ne comprennent pas encore les mots. U y a là une indication pour les mères, et cette sympathie est une prise qui leur est donnée sur des êtres privés de raison. Eu entourant les enfants de visages riants, d'expressions de douceur et de bienveiflarjpe, on leur communique bientôt de s sentiments afi'ectueux.
On ne sait pas tout ce qu'il est possible d'obtenir pour la