‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 47 sur 144 · CONSÉQUENCES DES OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES

Rien ne pénètre aussi doucement et aussi profondément dans l'âme que l'influence de l'exemple. Lockb.

L'empire de la sympathie sur les petits enfants est la cause du pouvoir que nous exerçons sur eux. Tant qu'ils comprennent mal le langage et ne saisissent point du tout les raisonnements, nous ne pourrions régner sur eux que par la force, si le ciel ne nous eût ouvert l'accès de leur cœur. L'instinct qui Jes oblige à se mettre en harmonie avec nous est le moyen voulu par la Providence pour leur faire adopter nos sentiments à leur insu, et pour mouler leur volonté sur la nôtre. Aussi un tel instinct dans toute sa puissance ne duret-il guère : des qu'il n'est plus indispensable, il commence à

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être relire par la main qui semblait Tavoir prêté comme un supplément à l' intelligence. Bientôt la scène entière est changée. Une fois que nous entreprenons de concfuire lenfant par le raisonnement, c'est-à-dire en lui montrant qu'il y a une nécessité imposée par la nature des choses^ celle de s'accorder avec nous diminue pour lui. Il s'attache à juger nos paroles plutôt que notre disposition ; il vit de sa vie et non de la nôtre. Sans doute il faut viser à pouvoir abdiquer un jour, mais il n'en est pas temps encofe.

Avant trois ou quatre ans votre enfant n'a de bonheur qu'avec vous. Ses besoins, ses plaisirs, la sécurité dont il doit jouir le mettent en votre puissance. Les autres enfants l'amusent un instant et l'importunent bientôt ; les petites passions mises en présence se heurtent, et l'impossibilité de s'entendre avec eux vous le ramène. Mais quand une fois les jeunes intelligences ont pris l'essor, quand l'usage facile de la parole leur permet de se proposer un but commun et d'y concourir ensemble, votre enfant vous échappe de toutes parts. Courir, sauter, grimper, exercer ses forces avec les compagnons de ses jeux, voilà ses vraies jouissances, elles sont indépendantes de vous; et si vous ne vous êtes pas emparé à temps de ses affections, il pourra vous revenir par nécessité, mais non par l'effet d'un choix volontaire.

Je dis plus : à six ans, les goûts, le caractère, sont presque formés, du moins il y a déjà une empreinte très-difficile à effacer. L'enfant est-il malin, entêté, colère, il restera tel jusqu'à l'époque d'un nouveau développement qui ne peut s'opérer encore. Si certains penchants ne se sont pas déjà déclarés chez lui, si les fleurs, les oiseaux, les objets champêtres ne disent rien à son imagination, il ne sera pas aisé de lui faire aimer la nature, et le goût des beaux-arts, qui en sont l'image, ^; pourra bien lui* rester étranger ; enfin si les affections de^' famille, si le sentiment religieux, si un certain respect pour; les idées d'ordre et de devoir ne se manifestent pas dans son âme, je ne prétends assurément point que tout soit perdu,

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