LIV. II, CflàP. V
si bien développer, dont elles font un usage toujour&sî doux, et parfois si judicieux l Mais quel plus grand service rendre à la première éducation, que d'étendre et de régulariser, s*il se peut, ce que la tendresse et le bon seri§,ont bien souvent dicté aux mères ?
Le moyen d'influer sur les petits enfants leur est bien ctmou ; il leur est aussi indiqué parla Providence, puisqu'il consiste d'abord à les aimer. Ce sont elles, c'est leur amour qui doivent exciter une douce chaleur dans l'âme nouvelle ; leurs regards, leurs caresses, y font éclore des affections q^ semblent ne demander qu'à naître. Sans ces témoigaagesd'attachemen^t, dételles afiectionsneseformeraient peut-être pas. Un malheureux enfant pri^é des caresses maternelles n'ad-» mettrait peut-être que bien fard un rayon d'amour dans son cœur. Il en serait ainsi des sentiments tendres comme des autres, et ce qu'il y a de meilleur chez les enfants attendrait une impulsion extérieure pour se développer. Mais quand cela serait, qu'importerait encore? En seraient-ils moins sûrs d*êlre animés de bons mouvements? Qu'y a-t-il de plus infaillible que l'amour des mères? Là, rien d'accidentel, rien qui dépende des circonstances, des qualités mêmes de l'enfant. Ce n'est pas seulement pour la conservation de sa frôle existence qu'il a été confié à l'instinct le plus fort de tous, c'est pour qu'il ait la vie morale ; son corps et son âme si neuve ont été mis sous la même sauvegarde, la plus certaine et la plus puissante ici-bas.
L'enfant, comme nous l'avons vu, a donc le cœur éveillé avant Tesprit ; Tétincelle du sentiment est chez lui la première à s'allumer, comme elle est la moins sujette à s'éteindre. La loi de Vamour, qui produit l' amour ^ dit l'illustre Ghalmers, se maintiendra dans l'éternité. C'est le trait le plus indélébile de notre nature ; l'innocente créature encore au berceau le manifeste, et on le retrouve encore chez le criminel le plus endurci. Un malheureux qui parait mort à toute moralité se voit-il l'objetd'une bonté sincère, un commencement d'émo-
ièO L EDUCATION PROGRESSIVE.
lion est excité dans son cœur desséché, et il admet un nouveau principe de vie.
C'est, si bien l*amour qui produit Tamour chez Tenfanl, qu'il a un lact extraordinfiire pour le reconnaître. Ses préférences* qui semblent bizarres, sont fondéessur une divination inconcevable à cet égard. La laideur, les infirmité» ^eTâge, ne le rebutent poifit ; les services les plus essentiels ne le tofuchent guère : c*e$t 4^ Tamour qu'il lui faut ; il lui en faut sans beauté, sans agrément extérieur, sans litre même à la reconnaissance ; mais quand il en trouve Texpression, les actes de bonté qui en sont la preuve redoublent son attachement. En revanche son aversion pour les ph ysionomiesfroides 'et sèches est insurmontable. v
Il faut d'autant plus éviter d'rfxciler cette dernière impression qu'il n'en peut résulter que du mal. Les personnes que l'enfant n'aime pas n'ont sur lui qu'une influence fâcheuse ; il pread d'elles les mauvais exemples et non les bons. La peur, l'impatience, la colère, se transmettent d'un indifférente un autre, la haine même en faxîiliterait la communication. Mais, pour adopter des affections douces, il faut aimer; la tendresse est la chaleur nécessaire pour le développement des germes heureux. C'est la première nourriture, et comme le lait de là jeune âme qui ne peut croître et se fortifier qu'au moyen d'un tel aliment.
Ce n'est donc pas assez que les enfants soient bienveillants, il faut qu'ils aiment; la bienveillance ouvre le cœur, mais l'amour seul le réchauffe et le remplit. Il s'allie de plus près à la force d'ânae que la sympathie; celle-ci peut exister et prendre parfois trop d'empire chez des êtres faibles, mais il n'y a qu'une certaine vigueur morale qui rende capable d'attachement. Aussi je ne conseillerai jamais, sans cause majeure, de dérouter le» premières affections des enfants. Un changement de nourrice ou de bonne est une crise qu'on doit leur épargner, quand on le peut. S'ils ont naturellement une vive sensibilité, il y a du danger à une telle épreuve; on a vu