LIV. Il, CHAF. V
enfants de certaines actions nuisibles : vous leur faites suspendre Taction, j'en conviens, mais c'est parce que vous portez le trouble dans leur âme. Vous rompez le cours de leurs idées. Ils ne font plus que pleurer, et quand ils sont apaisés, ilsontoublié la chose dont ils s'occupaient; mais ils n'imaginent pas que vous la leur ayez interdite, et ils recommenceront à la première occasion. Quand ils mettent un sens à nos paroles, c'est par sympathie : l'accent et la physionomie leur expliquent le sens des mots, et de là vient une extrême inégalité dans leur facilité à nous comprendre. Si donc vouscoupez court à cette disposition par la violence, ils ne vous entendent plus du tout. Il est vrai qu'à force d'associer le souvenir d'une impression de frayeur à l'idée d'un certain acte, ils pourraient à la longue s'en abstenir ; c'est ainsi qu'on élève les animaux et qu'on les dompte. Mais si vous adoptez ce genre d'éducation avec Tenfant, il en recevra bientôt un autre. Témoin de votre colère, il en prend à coup sûr l'exemple de vous, et les mots injurieux dont vous l'accablez vous seront avant peu appliqués à vous-même. L'instinct d'imitation est plus fort chez les enfants en bas âge que la crainte, et à moinsd'un excès de sévérité heureusement devenu très-rare, nous sommes pour eux des modèles bien plus que des objets d' effroi.
Le contraire précisément s'offre à nous chez les animaux. La peur agit d'une espèce à l'autre, tandis que le penchant à l'imitation ne s'exerce que dans l'enceinte d'une même espèce. Si vous maltraitez un chien, et qu'il vous menace, il ne songe qu'à se défendre et non à vous imiter. On ne voit pas, les singes exceptés, qu'aucune créature vivante hors de notre espèce répète nos actes. Toutes, dans l'enfance, prennent l'exemple de leurs père et mère, et les créatures humaines particulièrement.
Ne vous fâchez donc jamais ni contre l'enfant ni en sa présence. Jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans, la plus vertueuse indignation nesera que de lacolèreàsesyeux.Vousprendriez
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sa cause en main que bienlôt le motif lui échapperait, et leffetqui frappe les sens agirait seul sur son imagination mobile. Lorsqu'on pense à Tavantage immense que les gens de sang-froid ont sur les autres dans la vie, comment» île pas chercher à procurer cette supériorité laux enfants ?
Assujetti comme il Test par sa condition, le jeune être se sent pourtant libre intérieurement, et il a un sentiment d'indépendance : à son âge il n'estriende servile dans l'existence, rien dans les prières, rien dans la complaisance, rien même dans l'effet de la peur. L'enfant de dix-huit mois agit comme il lui plaît, ou n'agit pas; sa faiblesse et notre pouvoir n'entrent point en ligue de compte. Ses sollicitations, qui ne sont pas du tout humbles, ne deviendraient des ordres que trop aisément. Quand il cherche à vous obliger, c'est parce qu'il vous aime, parce qu'il a du plaisir à vous contenter ; si vos menaces réussissent un moment à l'effrayer, revenu de, son étourdissement, il n'en est pas plus docile, et votre emportement, en déroutant son intelligence, a augmenté sa disposition à s'irriter. *.
C'est ainsi que si nous savions distinguer les résultats de notre conduite, nous les verrions se multiplier avec le temps, et nous les trouverions toujours plus étendus que nous ne pensions. Lts divers stimulantsdu développement moral dont j'ai parlé, la sympathie, l'amour, l'instinct d'imitation, l'attente des plaisirs et des peines, sont autant de fils qui ne peuvent être mus que par nous. La nature du premier âge se manifeste par l'avidité du nouveau-né à accueillir les sensations, par le pouvoir qu'il acquiert bientôt d'employer, de transformer de mille manières les matériaux que nous fournissons à son esprit plus ou moins immédiatement. Nous influons sur les enfants sans le vouloir, par Teffet des soins les plus nécessaires; la question n'est pas de savoir si nous modifierons ou non l'âme de l'enfant, mais si nous le ferons ou non avec discernement.
Laisser agir la nature, dans le sens le plus raisonnable de