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entre eux un certain rapport, mais Tidée particulière dont parle Looke est chez lui trop forie et ne peut se pi'êier i la généralisation.
Cependant, à cet âge mémo et plus tôt encore, les enfants emploient beaucoup de termes généraux; mais plus l'idée de Tobjet qu'on leur a nommé le premier a été vague, plus il leur est devenu facile de l'étendre à d'autres objets. Ainsi^ les chiens et les chevaux qu'ils voient de loin et par là même confusément, forment aisément pour eux uae espèce. De même, lorsqu'ils embrassent d'un coup d'œil plusieurs objets pareils, l'idée particulière d'un d'entre ecix n'esl pas si nettement terminée dans leur esprit^ ils la transportent aisément à d'autres semblables ou seulement peu différents. Âkiâi, j'ai vu un enfant qui nommait abricots tous les fruits, les prunes, les cerises, les groseilles, les raisins, etc.; un autre qui appelait du même nom deux petites filles vêtues de même. C'est là un simple réveil d'idées, une sensation plus qu'un jugement Il y a ici une action presque matérielle de la ressemblance. On pourrait supposer que l'enfant se trompe et qu'il croit revoir un objet déjà connu, mais il est plus exact de dire qu'il ne croit rien ; il ne prononce ni que l'objet soit différent, ni (fotiï soit le inême, mais l'acte de reconnaître^ est produit. Ce mouvement prompt, irréfléchi, presque machinal, qu'excite l'identité de l'image que l'on conserve avec celle de l'objet que Ton voit, est ici l'effet d'une simple analogie, et il y a plutôt erreur qu'opération de TespriL Mais quand cette opération commence, quand l'examen a lieu véritablement, les
1 Lorsque ceci a été écrit, je ne connaissais pas encore Touvrage de M. Maine de Biran, intitulé : Influence de l'habitude sur la faculté de pemer. L'auteur, qui analyse avec uue graude sagacité plusieurs phénomènes psychologiques^ y «txprimf, dans le langage de la scieuce, les mêmes idées que j*ai énoncées. Selon lui, une qualité frappante dans un objet peut devenir un signe d^habitude qui entrain* ainsi mécanique^nent rappariiion de l'ensemble des qualités ou impressions asso» eiées. C'est, dit-il dans une note, sur cet effet premier des signes d'habiiude qu'est fondée la conversion prompte et naturelle des noms individuels en termes généraux et appellatifs, p. 155, § 3 et 8.
différences sont appréciées, et chacun des objets divers appelle son propre signe.
Les premiers naturalistes, comme on sait, ont procédé de môme. Ils ont d'abord formé des masses confuses d'après certains rapports vaguement conçus, ou ce que nous appelons un air de famille. Ainsi ils ont classé ensemble, sous les noms de singes et de perroquets, des animaux qu'on a ensuite distribués en différents groupes. A mesure qu'on a mieux observé, les divisions et subdivisions se sont multipliées.
On ne doit pas non plus confondre, ce me semble, avec Tacte véritable de la généralisation, l'effet que la pauvreté de la langue produit naturellement chez les peuples non civilisés. Quand il y a fort peu de mots dans un idiome, aucun mot ne reste borné à sa première signiBcation, et Ton donne le nom d'un objet connu à tout objet un peu ressemblant qui se présente. C'est ainsi qu'un habitant des îles Pelew, le prince Lee Boo étant arrivé à Macao, et y voyant pour la première fois un cheval, prononça aussitôt le nom de chien, animal qu'il connaissait déjà. Si les perceptions confuses de Tenfant ou l'ignorance du sauvage nous les faisaient regarder comme plus enclins à généraliser les idées que ne le sont les adultes ou les hommes d'un esprit cultivé, nous démentirions par là toute l'histoire de l'esprit humain. Qui ne sait combien l'imagination est vive et la tête peu capable d'abstraction dans l'enfance de l'individu et des peuples I
Ceci s'applique encore àce que dit un autre métaphysicien, Thomas Reid (Essay on the intellectual powers of man^ p. ilO, chap. v) : « Si l'on demande à quel âge les hommes « commencent à former des conceptions générales, je ré- « ponds : aussitôt qu'un enfant peut dire avec intelligence « de la chose, qu'il a deux frères ou deux sœurs. Dès qu'il se (( sert du pluriel, il doit avoir des idées générales, car aucun « individu ne comporte le pluriel. »
Aucun individu considéré isolément ne comporte le pluriel ^ans doute; mais quand l'enfant voit deux objets à la fois,