‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 64 sur 144 · LIV. III, CHAP · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP

le plus souvent pour but leur conservation, et parfois celle des objets matériels dont nous sommes les propriétaires, il ,. n'y a rien dans les défenses qui les étonne, quoiqu'ils les oublient à tout moment. Mais il n'en est pas de même des ordres : ils ont pkis de peine à les comprendre, moins de docilité pour s'y conformer ; et cependant ils leur sont souvent plus agréables, le commandement exigeant une action, tandis que la défense en interdit une. Alors, si l'action est de nature à leur plaire, il suffit de la leur indiquer. Enjoindre impérativement à un petit enfant d'exécuter un ordre qui lui répugnerait, serait compromettre inutilement notre autorité mal affermie.

Une pareille distinction ne saurait à la longue être admise, puisque le principal but pour lequel l'empire nous est confié, la sûreté de l'enfant, exige que nous puissions commander autant que défendfç ; mais il semble pourtant qu'il y ait, dans la différence de sa soumission dans les deux cas, un discernement assez fin des droits légitimes d'un être libre. L'enfant est faible, il est indigent ; on peut le priver de tout, disposer dte sa personne même, puisqu'il n'a aucun moyen de réisiister, mais son âme est indépendante. On ne saurait le faire agir malgré lui, et il s'étonne de la tentative. Il y a quelque noblesse dans ce sentiment, un germe de dignité qui ne doit pas être étouffé de force. Concilier le respect pour la fermeté du caractèrei^hez l'enfant avec la nécessité d'obtenir de lui l'obéissance, est peut-être unedesdifficultc^ de l'éducation, mais non une difficulté insurmontable.

En effet, si la docilité du premier âge se compose Ûe ses éléments les plus naturels et les plus purs, il n'y a dans une telle disposition rien de dégradant pour l'âme. La sympathie est un principe exempt de bassesse ; "s'abstenir d'un effort inutile est le conseil d'une raison naissante parfaitement conforme à notre raison, croire qu'il appartient à ses parents est chez l'enfant l'effet d'une tendre confiance; ce sera un jour l'origine du dévouement filial, vertu sublime et touchante,

seule parmi les vertus humaines qui ait pu mériter le nom de piété. Une possession pour ainsi dire réciproque est le earaclère distinctif de cette relation intime de père et de fils, relation unique au monde par sa sainteté, par la profondeur et le désintéressement des sentiments qui s*y rattachent.

Ainsi longtemps avant Tâge où Tenfant se rend compte de ses motifs, on peut, sans mettre en jeu la crainte, sans employer d'autre ressort que la sympathie et la plus simple prévoyance, on peut, dis-je, lui donner Thabitude de la docilité. Dès lors, malgré des vicissitudes et des orages que notre imparfaite sagesse ne peut ou ne sait pas toujours prévenir, nous sommes généralement en possession de la puissance, et il ne nous reste qu'à en bien user.

Il est étonnant qu'on ait distingué à cet égard l'intérêt des;» enfants et^e nôtre, puisque cet intérêt est le même dans tous les cas. Une sévérité^ outrée fait le tourment des pères et desenfantsdans chag^familte, autantquerexerciced'une autorité juste et douce y répajad de paix et de bonheur,

Ladocilité, nous dit-on, n'a qu'un mérite temporaire; ce n'est point une vertu par elle-même, puisque l'enfant n'est pas destiné à céder toujours, ni à céder à tout le monde.

Ce dernier point est incontetlable assurément, mais enfin l'enfant doit toujours obéira quelque chose, il ne doit jamais avoir son caprice pour unique loi. L'homme dans le premier âge obéit à ses parents, puis à l'idée du devoir que ceux-ci lui représentent, puis enfin à la seule idée du devoir qui a pris mie consistance indépendante. L'objet de l'obéissance change seul, la vertu subsiste.

Mais quand on lui refuserait ce grand nom, quand la soumission ne serait pas la condition nécessaire pour recevoir le bienfait de l'éducation, encore faudrait-il que cette condition fût remplie. Sans la pleine jouissance de l'autorité, les parents ne pourraient jamais s'acquitter de leur tâche auguste. Dites-leur d'user du pouvoir avec modération, avec

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