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justice f^ mais $i, vous alliez leur en contester la possession, leur responsabi lité serait annulée .
Quil existât dans la vie une obligation impérieuse, un devoir étroit et sacré, sans moyen légitime de s'en acquitter, serait en soi contmdictoire. Or^ il n*y a rien qui nous soit imposé plus impérieusement p^ les loi# divines et humaines que le soin d'élever nos enfants. Tous les biens dont on peut jgiçfrmer ridée, la sécurité, la santé, Tinstruction, la bonne toiiScience, l'amour des autres, nous devona en faire ijuir çps enfants, autant que s'étend notre pouvoir. Nous répondons de ces êtres si chers devant Dieu comme devant la ibojciété entière, et raut^*té,jipilmoy^^imple de remplir rios obligations, nous sel^ît refusée ! iS^à nature, en nous les J[iï!*ant faibles, nus, sans raison, que dis-je? sans connAissance, n'aurait fait que nous tendron piège 1 Elle nous aurait doués de tous les genres de supériorité pour nous réduire à l'emploi de la ruse! Les vertus, les lumières, ne nous suffiraient plus I II nous faudrait avcij|;la subtilité d'undiplomate, le talent d'un comédien ; inventer, préparer, jouer nous - «nêmes des scènes pour accomplir nos meillefirs projets, pour obtenir les moindres concessions de l'enfance ! Ah ! ^|H|^l^it renoncer à la vérité, la paternité serait trop chère à B^rix ! Je n'ensuis encore qu'aux premiers rudiments de l'obéissance^ mais quand je développerai ce grand sujet, on verra combien les motifs de persuasion .par lesquels on essaye d'influer sur la volonté dans l'éducation, sont sou vent faux, niais, absurdes. On verra combien les enfants en sont peu les dupes, et combien le conflit qui s'établit entre eux et nous, cette dissimulation, cette hésitation réciproques, sont destructives de l'énergie même que nos ménagements avaient pour but de respecter. L'inconvénient de l'éducation rude et despotique est grand, mais le tort d'énerver la volonté n'est pas à sa charge. Un vieux sergent, qui a toute sa vie obéi à son capitaine, ne manque pas de fermeté avec ses soldats ; ceuxci, rentrés dans leurs foyers, ont plutôt des habitudes trop
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impérieuses, et dans les siècles d'énergie le pouvoir des parants sur les enfants était illimité. La force de la volonté, comme la plupart de nos qualités, se propage par l'exemple, et il en est de même de la mollesse, de la ruse, du goût pour la temporisation.
Mais ce qui tranche la question, c*est que si les parents font l'abandon de leurs droits en théorie, ils les reprennent au besoin par le fait, et qu'une telle opinion, s'ils venaient à l'adopter, n'entraînerait chez eux que contradictions et inconséquences. Jamais ils ne renonceront à user de leur autorité ; ils ne peuvent pas y renoncer, l'amour est trop grand, l'intérêt trop vif, la responsabilité trop forte. Ils n'abjureront pas la nature humaine. Quand a-t-on vu les hommes s'abstenir d'exercer leur pouvoir, lorsqu'ils ne sont retenus, ni par la peur, ni par le respect humain, ni par la conscience? Et qu'on ne croie pas qu'un froid système puisse jamais à cet égard pénétrer au fond du cœur. Rousseau a beau vous avoir inquiété sur la légitimité de votre empire, aussitôt que votre enfant s'exposera, je ne dis pas à un danger réel, mais là un inconvénient léger, imaginaire peut-être; lorsque seulement il vous impatientera à un certain point, vous le prendrez dans vos bras, vous remporterez. Vos scrupules, vos résolutions, vos principes puisés dans Emile seront oubliés, et la nature sera la pliïs forte. J'aurai tort, direz-vgus. — Oui, sans doute; mais le véritable tort, c'est d'avoir adopté des principes que vos devoirs les plus saints comme vos sentiments les plus invincibles vous obligent à violer.
Qu'un enfant qui n'a pas été imbu avec le lait de l'idée que la volonté paternelle est quelque chose de sacré; qu'un enfant avec qui l'on a toujours traité d'égal à égal, en le raisonnant, en le persuadant, voie quelque chose d'odieux dans cebrutal abusde la force, ilne faut pas assurément s'en étonner. L'emploi du raisonnement suppose, chez l'être à qui on l'adresse, le droit de n'être pasconvaincu; celui de la sollicitation, le droit de n'être pas tenté de la chose qu'on l'engage
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à faire ; il y a donc trahison dans votre conduite, et la révolte, souvent les cris aigus de Tenfant, montrent qu'il en a le sentiment. Vous pouvez compter qu'à Tavenir, toutes les fois que vous recommencerez une exposition de motif, il anticipera sur la catastrophe, et ne vous écoutera que tout juste ce qu'il faut pour vous mettre dans votre tort en vous réfutant. De là naît une relation insupportable, celle d'un père et d'un enfant, chacun timide et hypocrite à sa manière, chacun visant à obtenir ce qui lui plaît sans en venir aux éclats^ se défiant l'un de l'autre, et finissant par de l'humeur ou par une rupture ouverte. Ce dernier dénoûraent est dans le fait celui qui plaît le plus à l'enfant. Il vous force, pour vous punir, à user de violence, et vous êtes obligé à être un tyran faute d'avoir su être un père. Des caractères chicaneurs, égoïstes, capricieux, intraitables quoique sans consistance réelle, sont le fruit, hélas! tropordinaire de cette imparfaite subordination.
Trop rigoureuse autrefois, la discipline domestique est peut-être trop relâchée maintenant; si le principe en est changé, si ce n'est plus celui de la soumission à la puissance, ce doit être celui de la soumission au devoir. Il doit y régner un esprit plus pur, plus moral, ce respect pour la volonté paternelle qui exprime à l'enfant celle de Dieu.
Il .est, dans la première éducation, une idée principale qui doit dominer toutes les autres et leur servir de centre de ralliement. Cette idée est celle delà protection. Que la mère (puisqu'en parlant de très-petits enfants c'est surtout à elle que je m'adresse), que la mère s'empare avec force d'un tel principe, et lesystème entier de sa conduite s'ordonnera. Elle verra s'établir les plusheureuses proportions entre la sévérité et l'indulgence, entre l'amour et la fermeté. Sans amour, la protection n'est pas vigilante, elle ne s'étend pas jusquesur le bonheur, sur tous les intérêts de la jeune existence ; sans ferriieté, sans le degré de sévérité qui l'accompagne nécessairement, il n'y a plus de protection. Ce qui plie ne peutser-
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vir d'appui, et renfanl veut être appuyé. Non-seulement il en a besoin, mais il le désire, mais sa tendresse la plus constante n'est qu'à ce prix. Si vous lui faites l'effet d'un autre enfant, si vous partagez ses passions, ses vacillations continuelles, si vous lui rendez tous ses mouvements efi les augmentant, soit par la contrariété, soit par un excès de complaisance, il pourra se servir de vouscommed'un jouet, mais non être heureux en votre présence ; il pleurera, se mutinera, et bientôt le souvenir d'un temps de désordre et d'humeur se liera avec votre idée. Vous n'avez pas été le soutien de votre enfant, vous ne l'avez pas préservé de cette fluctuation perpétuelle de la volonté, maladie des êtres faibles et livrés à une imagination vive; vous n'avez assuré, ni sa paix, ni sa sagesse, ni son bonheur, pourquoi vous croirait-il sa mère?
A la vérité, les lois que nous pourrons imposer entraîneront des contraventions, et associeront ainsi l'idée du mal à certaines actions par elles-mêmes innocentes. Mais à l'âge dont je m'occupe, il ne s'agit pas de la connaissance du bien et du mal. Il n'est pas question d'éclairer la conscience, mais d'accoutumer l'enfant à en écouler la voix telle qu'elle est. Il a une moraJité de sympathie, la seule qu'il puisse avoir. Le bien, c'est pour lui de satisfaire ceux qu'il aime; le mal d'êtreblâmé d'eux; le pauvre enfant n'en sait pas davantage ; sans avoir même rien fait, il se croit coupable s'il voit dans les yeux de sa mère l'expression du mécontentement ; et s'il lui avait causé une douleur véritable, si dans un moment d'impatience il l'avait frappée, son repentir pourrait tenir du désespoir. Dans une semblable occasion j'ai vu un petit enfant qui, sans être menacé ni grondé même, renonçait à tous ses jeux, et, le cœur gros de sanglots, allait se cacher dans un coin obscur, le visage tourné contre la muraille.
Tout inconstant, tout variable qu'est ce sentiment, c'est pourtant la première lueur de la conscience. Le désir de s'accorder avec sa mère deviendra chez Tenfantlegoûtdu devoir, le besoin d'harmonie avec Dieu, avec ce qui peut le mieux
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nous représenlcT Dieu sur terre. A la vcriié, ce sentiment peut s'épuiser par des appels indiscrets et trop répétés, de môme qu'il peut s affaiblir par le manque d'aliment, d'exercice, de correspondance au dehors; mais c'est là ce qui arrive à tous les sentiments de ce monde. Tous dépérissent dans l'oisiveté comme ils s'usent par une excitation imprudente et prématurée. Un enfant chez lequel on n'aurait pas cultivé le germe de conscience qui existe en lui n'aurait pas la vie morale.
S'abstenir, comme le veut Rousseau, d'imposer aucun devoir à Tenfant avant qu'il ait la connaissance des diverses relations sociales surlesquelles se fondent les devoirs, serait dissoudre les plus intimes et les plus sacrées de ces relations. A l'âge oîi le jeune homme sait définir exactement l'origine des rapports de famille et leur influence sur l'organisation de la société, il peut presque se passer de ses parents, et il n'est plus uni à eux par un lien aussi nécessaire. Ce serait d'ailleurs s'écarter de la marche naturelle que Rousseau croit suivre de si près. La nature met en jeu les affections longtemps avant le raisonnement ; elle ne procède point par ordre méthodique ; avec elle on ne saisit do commencement nulle part, on ne la surprend point à créer, et toujours il semble qu'elle dévelçppe. Tout est en germe, rien n'est encore éçlos chez l'enfant ;. l'essentiel est de lui apprendre à tirer parti de luimême. Supposer en lui des principes, des sentiments, parfois même des connaissances qu'il n'a pas acquises, est souvent la meilleure manière de communiquer les uns et les autres dans l'éducation.
F Venant à l'application, j'indiquerai ici les moyens les plus aoux d'obtenir de bonne heure l'obéissance. Au commencement, lorsque les habitudes encore passives consistent dans l'attente de nos actions, le point important est pour nous l'uniformité de la conduite. On doit éviter à l'enfant les sur- 'J)rises qui le révoltent et rompent brusquement le cours de ses impressions. Lorsque les préparatifs de nos entreprises lui
permettent de deviner nos desseins, noire intention, toujours accomplie, devient peu à peu une loi pour lui. De même qu'il a renoncé à s'opposer à nos projets, de même il renonce plus tard à exécuter les siens, lorsqu'il prévoit avec certitude notre opposition. Ce sont d'abord les actions seules qui établissent l'autorité; car nos paroles ne produisent d'effet sur les petits enfants que lorsqu'elles annoncent notre conduite. Mon amiy je vais vous ôter ce couteau, devient peu à peu Posez ce couteau, et l'un est équivalent de l'autre. Aussi ne doit-on d'abord interdire que ce qu^on peut empêcher, mais on doit toujours empêcher ce qu'on a commencé par interdire. Ordonner d'agir activement est, comme je l'ai dit, dangereux pour l'autorité, et relativement aux défenses mêmes, il est inutile d'espérer que le petit enfant les croie d'abord permanentes ; il n'y voit que l'expression de votre volonté du moment. Vous avez beau vouloir enchaîner son avenir, il n'entend rien à vos prétentions. Il ne faut jamais monter sur les chaises, est pour lui : Je ne veux pas à présent que vous montiez sur cette chaise. Aussi vous désobéira-t-il longtemps sans révolte réelle en votre présence, et à plus forte raison loin de vos yeux, car il ne craint que de vous déplaire. Mais lorsqu'il aura souvent associé l'idée de votre mécontentement à celle d'un certain acte, à la fin il s'abstiendra dô l'exécuter. Et s'il ne passe de vos mains que dans celles d'une personne qui empêche les mêmes choses par les mêmes moyens que vous, peu à peu il se sentira sous l'empire d'une loi qui lui en interdira jusqu'à la pensée.
Ce dont il faut surtout se garder quand on veut obtenir la soumission, c'est de plaisanter. Le badinage suppose l'égalité, et aussitôt qu'on rit on abdique. Jouez souvent avec votre enfant, témoignez^-lui l'amour le plus tendre, mais une fois l'obéissance exigée, ne riez plus, ne caressez plus, ne priez pas même. Vous exercez un droit sacré, et le sentiment de ce droit s'affaiblit dans l'àme de l'enfant comme dans la vôtre quand vous faites jouer tant de ressorts divers. I
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Les enfants essayent de mille tours pour mener à bien leurs petits projets, ou pour désarmer votre résistance. Séduction, importunité, bouffonnerie, tout est mis en œuvre par eux ; souvent on leur voit hasarder une foule de contraventions tellement graduées qu'on ne sait pas trouver le moment de les arrêter. C'est à notre manière faible et molle de commander que sont dues ces tentatives. Nous avons parlé légèrement, on nous a écoutés de même. Avant de prononcer aucun arrêt, il faut qu'un plus grand sérieux, quelque chose de plus imposant dans la contenance, annoncent à l'enfant que la mère arrive, et que la compagne des jeux s'évanouit. L'important est alors l'expression de la sécurité et du calme. Si, loin d'élever la voix, on la baisse tout à coup, on parait s'adresser à ce qu'il y a de plus intime chez Tenfant, à sa conscience.
Voici un code pénal pour l'âge de deux ans qui pourra dans la suite en épargner de plus sévères.
Désobéissance causée par oubli. S'opposer à la continuation de l'acte, en renouvelant la défense de bonne amitié.
Récidive un peu plus volontaire. Prendre un air sérieux et avertir l'enfant que s'il recommence on lui ôlera les moyens de désobéir.
Seconde récidive tout à fait volontaire. Mettre la menace à exécution en prenant silencieusement tel arrangement matériel qui rende la désobéissance impossible.
Danscederniercas, Tenfanl conçoit ordinairementde l'humeur, il cherche à vous punir, il caresse avec affectation telle autre personne; enfin il essaye de toute manière de vous désobliger. S'il ne passe pas les bornes prescrites, vous ne remarquerez point son intention ; mais s'il se décidait à la révolte, si, ennuyé de ce que vous persistez à ne pas voir ses légers torts, il voulait en avoir de plus grands, alors, puisque toutes les actions de l'enfant sont répréhensibles, vous vous déterminez à les faire cesser toutes à la fois. Vous prenez sans mot dire le coupable par la main, et vous le menez solennel-
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lemcnt derrière un grand fauteuil, terrible séjour de la pénitence. Il est alors curieux d'observer comment il se mêle à Téclat de ses larmes un secret triomphe de ce qu'enfin il a réussi à vous émouvoir. Rendez ce triomphe le plus l^er possible, en gardant un calme parfait. Ceci, pour le dire en passant, montre, quel serait le danger de la colère, qui donnerait à laC fois un mauvais exemple et un mauvais plaisir à Tenfant. Reprenez tranquillement vos occupations, et soyez certaine que bientôt les larmes cesseront ou changeront de nature ; bientôt elles seront un léger appel à votre pitié, et le moindre regard déterminera le coupable à venir «e jeter dans vos bras. Alors il y aura un moment d'effusion, une réconciliation tendre et cordiale. L'enfant dira qu'il est fâché^ mot plus aisément obtenu et plus sincèrement prononcé qu'une triste demande de pardon. Vous voulez l'expression d'un tendre regret, celle d'un retour réel à la sagesse ; vous ne voulez pas l'humiliation de votre enfant.
On voit ici comment les paroles et les actions peuvent se suppléer tour à tour. Quand ces deux moyens ne sont pas employés ed même temps, il est plus aisé de conserver du calme, et Ton produit plus d'impression.
Les gronderies et les cris ébranlent les enfants plus qu'ils ne les corrigent et causent plus de larmes que de vrai repentir. Il faut se souvenir que les punitions (et les fortes réprimandes en sont une) ont pour unique but d'améliorer intérieurement les dispositions ; tout autre motif nous rend condamnables; tout autre résultai nous déclare inhabiles et maladroits. Dans l'éducation, le devoir de protéger le bonheur ne doit céder le pas qu'à celui de protéger Finnocence, condition nécessaire du bonheur et d'un plus haut prix que lui.