TROISIÈME ANNÉE. — ACTIVITÉ
L'activité est le véritable plaisir de la vie, ou, pour mieux dire, la vie elle-même.
WiLL. SCHLBOBL.
Si Ton doutait des innombrables bienfaits que la bonté de Dieu arépandus surrexistence,il faudrait regarder les petits enfants. Les plus simples événements leur causent des joies indicibles. Les mouvements nécessaires à la vie même, l'acte de voir, de marcher, de parler, tout est une source de plaisir pour eux. Les transports de ces pauvres petits nous apprennent à connaître le prix, la valeur intrinsèque et primitive de mille biensque notre opulence nous permet de dédaigner. On n'exprime pas une idée juste quand on dit que l'habitude a détruit pour nous ces jouissances. Nous n'en éprouvons plus de surprise, qu'elles répandent encore un certain charme sur nos jours. G est là le secret de notre attachement pour la vie ; nous la sentons quand il faut la perdre, nous étions accoutumés au bonheur.
Après deux ans, il s'opère d'ordinaire chez les enfants un développement remarquable; leurs désirs sont plus décidés, leurs volontés plus motivées ; tout est moins vague, plus significatif dans leur manière d'être ; et leurs mouvements, plus justes et plus faciles, ont un objet mieux déterminé. Ils forment des desseins indépendants des nôtres, et leur existence, moins passive, trouve à se prononcer dans leur conduite, ainsi que dans leurs petits discours. Ces deux expressions différentes seront successivement le sujet de notre examen.
Le plaisir d'exercer leurs forces est inépuisable chez les
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enfants; il leur suffit d/avoir l'idée d'une action pour en essayer; et tout ce qu'ils voient exécuter les tente. Aussi s'en tiennent-ils à l'exiérieur de tout; ils imitent nos mouvements, nos opérations diverses, sans s'embarrasser des causes ni des résultats. Leur mère passe une aiguille dans une étoffe, leur père trace des lignes noires sur un papier; ce sont là des amuseinenls très-naturels, dont ils prendront leur part dès qu'ils le pourront. Un plaisir s'explique assez de lui-même; il n'est pas besoin d^y chercher un but. Aussi voit-on le besoin du but arriver dans la vie à mesure que la jouissance attachée à la simple action s'affaiblit.
Regardez une troupe d'enfants de différents âges. Celui qui commence à marcher traîne avec orgueil un pelitchariot vide ; le bruit des roues derrière lui suffit à son bonheur; un autre un peu plus grand s'empare-t-il du chariot, il faut qu'il y place une poupée : un plus grand encore fait jouer un rôle à cette poupée : enfin, si le chariot tombe entre les mains d'qn enfant de cinq à six ans, celui-ci y met du sable, de Therbe, de la paille ; il veut exécuter des travaux champêtres qui ont déjà quelque ombre de réalité. Le besoin pur et simple de l'activité, puis celui des plaisirs de l'imagination, puis enfin de Futilité réelle ou suppoi^ée, telle est la gradation des besoins moraux dans le jeune âgo.
Fournir des aliments continuels à l'activité des enfants, sans employer des stimulants trop énergiques, est peut-être l'abrégé de Téducation. C'est là le seul moyen de faire avancer l'intelligence ; niais ici la sagesse ou la formation du caractère nous occupe exclusivement.
Pour cet objet, l'exercice des facultés morales est nécessaire ; le mouvement extérieur, les sensations où Tâme est passive, ne suffisent pas longtemps aux enfants; il en peut même résulter pour eux plus de fatigue ; les distractions de ce genre que nous leur donnons sont souvent trop prolongées, tandis que l'activité qui vient du dedans trouve sa borne en elle-même et s'arrête avant l'excès. On doit donc surtout