LIV. III, GHAP. III
chercher à mettre en jeu cette activité. L'humeur, la désorganisation morale, la mutinerie chezl les enfants ayant presque toujours Tennui pour cause, le secret de les rendre sages, c'est de donner de l'occupation à leur esprit.
Dans les familles pauvres, où la mère a du bon sens et de la douceur, les petits enfants sont peut-être plus raisonnables et plus avancés que dans les autres; aussi jouissent-ils d'un avantage particulier, lis s'intéressent à tout ce qu'ils voient, ils le conçoivent et y prennent part. Toutes les occupations du ménage sont à leur portée ; souvent ils peuvent s'y associer. Laver, étendre du linge, éplucher, cuire les légumes, celte suite de travaux variés dont ils sont témoins, qu'ils aident même à exécuter, donnent de l'exercice à leur esprit, leur inspirent le goût de se rendre utiles, tout en les amusant beaucoup. Occupés sans qu'an s'occupe d'eux, leur vie n'est pas en eux-mêmes, et ils ont le sentiment d'un intérêt commun auquel chacun doit concourir selon ses forces. Que peut-il y avoir de mieux pour un petit enfant ?
Il n^en est pas ainsi dans les familles où les parents ont une autre vocation. Nos occupations plus relevées sont absolument étrangères à nos enfants, et, ne laissant pas notre esprit libre, elles leur causent un ennui mortel. Suspendons-nous notre travail par complaisance, ils voient aussitôt que nous cherchonsàlesdivertir, parfois aussi que nous voulons les caresser pour en être aimés, et cette intention, trop évidente, en devient plus difficile à remplir. L'enfant est exigeant, capricieux, difficile ; les parents qui cherchent à lui plaire ne sont pas exempts d'affectation dans leurs efforts pour se mettre à son niveau ; d'aucun côté les communications ne sont naturelles, on ne se rencontre point sur le terrain solide des services rendus, des besoins satisfaits, des actions enfin : tout se . passe en démonstrations, en exhortations, en plaisanteries, c'est-à-dire en paroles, chose légère adressée à des êtres déjà légers.
C'est donc aux jeux divers, ou, en d'autres termes, aux
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plaisirs de riraagination que nous sommes obligés de recourir j^ur nous rendre agréables dans nos familles. Nous tenons ces jeunesesprils sous Tempire des illusions, et, pour exercer leur activité, nous fournissons aux enfants les moyens d'imiter dans mille divertissements la vie réelle : grande ressource assurément, ressourcefavorableaux progrèsdeTintelligei^; mais, relativement au caractère, la vérité qui les intéresserait vaudrait mieux.
Sous ce rapport bien important, on pourrait tirer un grand parti du besoin d'agir chez les enfants. Des sentiments trop lents à se développer prendraient aisément Tcssor par Tattraitd'un plaisir si simple. L'amitié fraternelle, parfois assez tardive à se déclarer, me servira d'exemple. Un premier enfant, qui a longtemps été le seul objet des soins et des complaisances de sa mère, voit souvent arriver un petit rival avec chagrin. La jjilousie, cette disposition de frère aîné, se déclare chez lui si Ton n'y prend garde. On lui en fait honte, on le gronde, on le force à céder ses joujoux au nouveau-né aussitôt que celui-ci en a la fantaisie. Qu*arrive-t-il de là ? qu'il l'aime chaque jour un peu moins : son aspect ne réveille en lui que des idées pénibles, il se venge sur lui d'avoir eu des chagrins à son occasion, et il s*établit entre les enfants un ton de chicane et d'envie qui reparaît souvent dans les intervalles des jeux, et ne se prolonge parfois que trop durant la vie. Vous auriez prévenu cet inconvénient en donnant le plus tôt possible à l'aîné un rôle actif auprès du plus jeune. S'il eût en apparence aidé à Tendormir, à rhabiller, si, après avoir prudemment fait asseoir le plus grand par terre, on eût posé le petit sur ses genoux, il en aurait rougi de plaisir, la sympathie la plus vive aurait agi, il se serait cru le père de son frère, et eût conçu pour lui la plus tendre affection.
Madame Hamilton, dans son estimable ouvrage, rapporte un fait bien intéressant. Elle a vu, dans une partie reculée de l'Ecosse, deux pauvres enfants dont laîné, dès l'âge de tfois ans, avait, pendant le jour entier, été laissé constamment