‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 73 sur 144 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

DE l'imagination A TROIS ANS.

Ce quMl y a dans rhomme de plus vivaui, de plus élémentaire, de plus inséparable de lui-même, c'est son imagiuation.

Anonyme allemand.

La fleur de Tormeau est déjà passée au printemps ; elle a livré au vent sa graine légère, qu le feuillage est à peine déployé. Telle est rimagination de l'enfance. Précoce dans son développement, puissante dans ses effets, quoique trèssimple dans ses formes, elle embellit, elle anime, elle trouble parfois les premiers jours de la vie ; on la voit surpasser en grandeur toutes les autres facultés, puisse réduire peu à peu aux proportions ordinaires qu'elle offre chez les hommes dans nos climats.

On peut distinguer deux genres de progrès inlellectuels chez lesenfants, le développement interne et Tacquisition des connaissances. L'un et l'autre se favorisent réciproquement ; les facultés toujours croissantes accumulent le trésor des faits, qui sont à leur tour la matière sur laquelle s'exercent les facultés; l'esprit d'examen se fortifie en multipliant les observations; la mémoire se montre d'autantplus (idèle, qu'il se forme plus de liens entre les idées ; le jugement devient plus sûr lorsqu'il a comparé ensemble beaucoup d'objets ; mais il n'en est pas de même de l'imagination, qui grandit et déchoit avec une rapidité étonnante.

Si l'on entend par imagination la représentation intérieure des objets extérieurs, cette faculté a sans doute régné en maître dès le premier âge, et formé, avec la sympathie,

LFV. III, CBAP. V. 185

toute l'existence morale du nouveau-né. Mais alors, trop euvelopfïée dans les nuages de l'enfance, elle se manifestait difficilement au dehors, et n'avait pas encore pris cet élan et cette vigueur qu'un plus grand déploiement de forces lui donne dans la suite. L'âge de trois ou quatre ans estpeut-êlre celui où les traits de l'imagination enfantine sont le plus saillants. Il y a déjà beaucoup d'acquis, et les effets de la simple nature ne sont pas aisés à démêler ; mais cet âge est le seul où Ton observe certains phénomènes (|ui ne peuvent appartenir qu'à l'imagination.

Une trop courte expérience n'a point encore éclairé l'enfant ; sa mémoire n'a rassemblé que des faits épars dont il n'a point formé de lois générales, et il n'a encore aucune idée nette de l'ordre établi dans cet univers.

Donnez à un enfant du bonbon dans une boîte, et il ouvrira cette boîte à tout moment pour voir si le bonbon y est encore. Cachez-vous derrière un rideau, et lés transports de sa joie, en vous revoyant, prouveront qu'il eût trouvé triste, mais non fort surprenant, que vous eussiez disparn. La vivacité de son plaisir, dans plusieurs occasions, vient de ce qu'il Cbt tout à coup délivré de certaines craintes dont nous ne nous étions pas doutés. Une sorte de personnification obscure des êtres inanimés peut souvent ajouter à la force de ses impressions. Non-seulement les poupées deviennent pour lui des êtres vivants, quoiqu'il sache au fond ce qui en est, mais ses aulres joujoux, mais les meubles, les ustensiles dont il se sert, ne lui semblent pas tout à fait privés de vie, et il y a dans les larmes qu'il verse sur leur perte quelque chose de beaucoup plus tendre que le regret qu'on donne à l'utilité. Une véritable pitié s'y associe. Cette pauvre tasse I dit-il, le cœur tout gros en voyant les débris de celle qu'il a cassée, je V aimais tant !

Il y a plus, l'enfant croit voir de la vie dans tout ce qui se meut. Le vent, le tonnerre, la flamme, veulent renverser, gronder, consumer. Après trois ans, son esprit a souvent

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