J86 L ÉDUCATION PROGRESSIVE
besoin de recourir à l'idée de cause. A-t-il été témoin de quelque construction chez son père, il demande qui a foimé les montagnes, creusé les lacs ; mais, dès qu'il aperçoit du mouvement, il ne cherche plus de cause ; là rivière court, la fumée monte sans qu'il s'informe delà raison ; un ballon, un cerf- volant, ne Tétonnent point. Le mouvement s'explique pour lui par la vie : comme il juge de tout par sympathie, ce qu'il conçoit le moins, c'est l'absence de sentiment.
L'ignorance totale des lois de la nature, la facilité avec laquelle il attribue de la réalité aux plus étranges conceptions, sont cause du prodigieux intérêt qu'il met à ses jeux. L'idée d'une multitude de chances possibles le tient dans une continuelle émotion; mais de là vient encore son inconstance. Quand son attente a été trompée, et que les combinaisons diverses n'amènent plus rien de neuf, il s'ennuie, son imagination s'éteint, et les êtres qu'il avait animés rentrent dans la matière morte.
Ces idées ne nous sont pas aussi étrangères qu'on le pense ; il y a chez nous un retentissement confus de ces sortes d'impressions, qui est encore très-sensible dans la jeu esse. Aussi le goût pour les choses matérielles, et la faculté de s'en amuser, vont-ils toujours en diminuant avec Tâge ; à moins pourtant que ces choses ne flattent l'avarice ou la vanité, penchants de l'homme fait qui succèdent à la curiosité et à l'imagination de l'enfance.
Le plaisir que procure aux enfants la narration des plus simples histoires tient à la vivacité des représentations dans leur esprit. Les tableaux qu'on évoque au dedans d'eux sont peut-être plus brillants, plus colorés que ne le seraient les objets réels ; un récit leur fait voir la lanterne magique. Il n'est donc pas besoin de vous mettre en grands frais d'invention pour les divertir. Prenez un enfant pour personnage principal ; joignez-y un chat, un cheval, quelque accessoire enfin qui fasse image, et mettez de la chaleur dans le débit ;
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