‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 75 sur 144 · LIV. III, CHAP. V. 1S · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. V. 1S

votre auditeur ouvrira des weilles avides; rinlérêt que vous exciterez tiendra de la passion. Chaque fois qu'il vous rencontrera, il vous fera répéter votre histoire. Mais donnezvous de garde d'y rien changer. Il veut revoir la même scène, et la moindre circonstance omise ou ajoutée dissipe l'illusion qui lui plaisait*.

On s'étonne en vojéettt que des imitations très-grossières satisfont pleinement leâ'enfants : on les méprise pour leur peu de goût en fait d'art, tandis l|u'il faudrait plutôt admirer cette puissance d'imagination qui leur rend l'illusion possible. Pétrissez comme vous voudrez une figure de cire, ou découpez-en une avec du papier, pourvu qu'il y ait quelque apparence de bras et de jambes, et qu'une boule en guise de tête surmonte le tout, votre oeuvre sera un homme aux yeux de l'enfan^. Cet homme restera tel des semaines entières ; la

rte d'un ou deux membres n'y changera rien, et il remlira tous les rôles qu'on voudra lui faire jouer. Ce n'est pas a mauvaise copie que voit l'enfant, c'est le modèle qu'il a daas la tête. La figure de cire n'est qu'un symbole auquel il ne s'arrête pas. Qu'un tel symbole soit mal choisi, insignifiant, peu importe ; la jeune âme perce le voile, arrive à la chose, et la contemple sous se* véritables couleurs.

Cette faculté qui leur permet de supposer un objet à la place d'un autre se déclare de très -bonne heure chez les enfants. J'en ai vu un, de onze mf>is, reconnaître un trèspetit chien sur une gravure. Tous s'amusent des estampes après un an ; cependant ni la forme, ni la grandeur, ni la couleur véritable des objets, ne sont reproduites par cette surface plate, par cette multitude de traits noirs. Une petite

1 On comprend que les omissioDs^ui soient désagréables; mais pourquoi lés additions le sont-elles souvent aussi ? Quelques détails de plus ne devraient pas le faire douter de la réalité des faits qu'on raconte. C'est que ces faits avaient déjà passé eu revue dans son esprit, mais accompagnés d^accessoires qui n'étaient point ceux qu'on lui a décrits la seconde fi^is. U s'était représenté d'autres localités, d'autres figures, d'autres habits. On lui a dérangé son aucien tableau, et il le regrette.

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fille de dix-huit mois rend des soins assidus à sa poupée : elle la couche, la nourrit, la préserve du froid, l'élève, la gronde, et témoigne d'une manière parfois assez rude Tintérôt qu'elle met à sa moralité, le tout en sentant très-bien que c'est un jeu. Ce sont là les vrais plaifeirs dramatiques, ceux -qui naissent de Tillusion volontaire, d'un prestige qui s'empare avec force de l'esprit, sans être .pourtant de Terreur.

Les animaux sont absolument étrangers à cet ordre d'idées. Une imitation peut lëfe tromper; mais une fois leur méprise reconnue, ils ne prennent à cette imitation aucun intérêt. Zeuxis, dit-çn, avait peint des raisins avec tant d'art, que les oiseaux venaient les becqueter ; mais, dès qu'ils avaient touché la toile, ils s'envolaient loin du tableau.

Plus Timagination est un jeu chez Tenfant, et plus il a de plaisir. Il aime à se figurer autre chose que ce qi^'il voit, et jouit de la fiction dont il a l'idée. Les joujoux qu'il invente lui-même sont ceux dont il s'amuse le plus. Ainsi les copies"^ trop exactes des choses réelles subisseat le sort de ces choses mêmes qui lassent bientôt. Il les admire, il s'en enchante; mais son imagination.est arrêtée par la forme trop précise de l'objet; celui-ci ne représente qu'un seul modèle; et comment se contenter d'un seul amusement? Un petit soldat, bien équipé n'est qu'un soldat; il n'est jamais le père de Tenfani, ou tout autre personnage. On dirait que le jeune esprit ne sent plus d'originalité alors que, inspiré par le moment, il|met toutes choses à contribution pour réaliser ses espérances, et voit dans tout ce qui Tentoure des instrunaents de ses plaisirs. Un tabouret renversé est un bateau, un cabriolet; placé sur ses pieds, c'est un cheval ou une table : un carton est une maison, une armoire, un chariot, enfin tout ce qu'on veut. V^ous devez entrer dans ses vues, et, même avant l'âge des joujoux utiles, donner à Tenfant des moyens d'opérer, plutôt que des œuvres tout achevées. Ainsi quelques planches épaisses, en forme de livres, et susceptibles d'être posées les unes sur les autres en différents sens, seront pour

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