DE LA PREMIÈRE ENFANCE
OU
Éj'ÇUDE DU COURS DE LA VIE
Je voudrais peindre le cours de la vie et les sentiments qui nous animent à tous les âges, je voudrais signaler les changements que nous subissons avec le temps j mais ce n'est pas là mon seul dessein. Gomme le plus noble but de rétude du cœur humain est de Taméliorer, je désire chercher les moyens de rendre nos dispositions plus élevées et plus saintes, plus favorables au calme de Tâme et au déploiement de son activité.
C'est surtout l'histoire de Tâme que je me propose de tracer, histoire- moins différente chez les divers individus que celle de leur destinée, considérée extérieurement, mais bien plus importante pour chacun d'eux. Les révolutions qui s'opèrent au dedans de nous sont pour nous les véritaUes événements. De Tétat de notre cœur dépend non-seulement notre contentement intime, mais encore la suite de faits que le besoin de satisfaire nos penchants peut amener. Les déterminations les plus imprévues ne sont pas dues au hasard, et d'anciens désirs les ont précédées. Ainsi, en nous livrant à certaines pensées, nous construisons, sans le savoir, notro avenir. La succession de nos sentiments est l'ébauche con- I. i
2 l'Éducation progressit e.
fuse du drame dont notre conduite offre ensuite la représentation.
Tout est donc éducationdans la vie humaine. Chaque année de notre existence est la conséquence des années qui précèdent et la préparation de celles qui suivent ; chaque âge a une tâche à remplir pour lui-même, et une autre relative à Tage qui vient après lui. Et si, à mesuTie que nous avançons dans la vie, la perspective de la vie môme s'abtége devant nous; s'il parait moirs nécessaire de se prépa«^ pour une route toujours moins longue, il est un autre point de vue inverse de celui-là. Il est un intérêt qui s'accroît avec les années. Moins il nous reste de temps à vivre, et plus aux yeux de rhomme religieux chaque moment acquiert de valeur. Celui qui vise à obtenir le prix de la course sent, à mesure qu'il approche du terme, redoubler son courage et son espoir.
Sans doute l'enfance diffère des autres âges à plusieurs égards. Il y a un temps de faiblesse et d'inexpérience où la jeune âme acquiert la première notion des choses, et se met en rapport avec un monde inconnu ; alors elle n'a pas la responsabilité d'elle- même ; le soin de son éducation ne lui est pas confié ; mais, si l'œuvre de l'éducation consiste dans le développement des facultés, on ne saurait lui assigner aucun terme fixe. L'esprit peut toujours s'étendre, le cœur toujours s'améliorer; le sentiment religieux, le plus élevé de nos mobiles, tend mêàie à augmenter d'activité. Tous les ressorts qui agissent sur l'enfant ont encore de la prise sur l'homme; au dehors, les circonstances et les événements ; au dedans, nos penchants les plus universels, ceux qui nous font aimer, haïr, imiter, espérer, craindre, exercent éternellemept de rinfluence sur notre âme. Comment donc pourrait-on assigner aucune borne à la durée de l'éducation ? Le caractère et l'esprit se modifient constamment, voilà ce qui rend toujours l'éducation possible; non -seulement elle est possible, mais elle existe : il y en a une qui est sans cesse en activité :
savoir silboM pouvons la diriger est la seule question douteuse.
A la vérité, le développement du caractère ne dépend eniicrement, ni de la volonté des instituteurs daufTenfance^ ni de celle de Télève lui-même dans un âge plus avancé; mais ' s'ensuit-il de là que ces volontés n'aient aucun pouvoir? Ne dispose-t-on de rien quand on ne dispose pas de tout ? Plusieurscauses agissent à notre insu et m^ilgi^liat^is^jeravoue ; mais il est des influences régulières -et bien^santes dont remploi est à notre disposition. C'est parce 4}u'il y a dans tous les temps une éducation accidentelle, qu'il faut en balancer les efiets par une éducation préméditée. .^
Toute la -fart accordée à l'homme daps une ie^e œtiyre dépend de l'exercice de sa volonté. Cette part est graode selon moi, et de plus c'est la seule dont il soit toujours responsable. Le pouvoir passagerdes instituteurs doit servira fonder l'empire durable de la conscience/ à donner une direction permanente à ce qui est le plus variable chez l'enfant et qui reste mobile chez l'homme, la volonté. Si donc il existait une source élevée où U volonté se fortifiât, où elle puisât le secours nécessaire pour se soutenir, s'éclairer, se diriger, ^$e ranimer dans ses intervalles de relâchement, rendre l'accès de cette source facile et sûr aqx divers âges serait l'essentiel de l'éducation.
Après avoir décrit les premières années de la vie où l'éducation, à quelques nuances près, est la même pour tous les enfants, je reviendrai sur le caractère particulier que doit prendre de bonne heure l'éducation des femmes. Durant tout le cours de cet ouvrage, ce sera même des femmes que je m'occuperai principalement. Il me sera plus aisé de parler , d'elles, d'abord parce que je les connais mieux, et ensuite parce que la contemplation de leur destinée convient mieux à mon dessein. Les relations domestiques tiennent plus de place dans leur existence^ et elles sont ainsi plus soumises à • rinfiuence des événements naturels. Gomme elles n'embras-
4 t'ÉDCCATIOM PROGRESSIVE.
sent point de profession particulière, comme elles ne sont ni négociants, ni soldats, ni magistrats, la vocation humaine est chez elles plus en évidence ; elles sont filles^ épouses, mères, plus que 1^ hommes ne sont fils, pères ou époux. Regardez la jeune fille qui veut être aimée, celle qui va se marier, la femme jalouse de son mari, la mère inquiète pour ses enfants, et vous verrez les mêmes sentiments, la même vie du cœur, de la Laponie au Pérou, depuis Tesclave jusqu'à la princesse. Lesdiflférences d'âge sont aussi plus marquées chez les femmes. Un homme qui a embrassé un état fait toute sa vie à peu près les mêmes choses, et l'uniformité de ses actions en entraîne davantage dans ses sentiments. Tous les intérêts d'une femme changent -au contraire avec les anBées ;sa position dans la société change aussi, et il devient plus aisé de caractériser l'influence du temps durant sa vie.
Une raison qui m'engage encore à m'adresseraux femmes, c'€sl qu'elles écoutent quand on leur parle. Précisément parce qu'elles n'ont point extérieurement de carrière, elles se tracent avec plus ou moins de bon sens une sorte de carrière morale; chacune conçoit un certain idéal dont elle cherche à se rapprocher ; et par là même elle est en marche. Ses pensées, ses opinions, sont peu arrêtées. Si elle ignore beaucoup de choses, elle ne croit pas du moins les savoir toutes, et le manque de connaissances positives est plus que compensé par le désir d^en acquérir. L'éducation de ses enfants, dont elle est chargée, la porte à tendre vers le mieux pour eux et pour elle ; tous les conseils sur cet objet sacré sont bien accueillis, et les observations qu'elle fait coi^tinuellement comme mère, lui donnent aussi plus de goût pour l'analyse des sentiments.
Mais si je parle aux femmes plus volontiers^ ce n'est pour-* tant pas d'une manière exclusive. Le point de vue religieux rend aussi la vocation humaine saillante chez les hommes. Gomme chrétiens, les relations domestiques leur paraissent prendre plus d'importance, le progrès de Tâge a donné à la
vie un nouveau caractère de gravité, et la grande idée d'une destinée future fait disparaître les différences d'état et de rang.
Ce livre sera religieux, je Fespère ; mais cène sera point an livre d'édification, puisque l'observation de la vie telle qu'elle est y domine, et l'esprit du christianisme doit y régner «aQs qu'il y soit souvent fait allusion à sa doctrine. Ce n'est pas toutefois que je regarde la doctrine coiDine indifférente. Si le culte du cœur est le premier (É'.tous, la religion n'en repose pasmoias essentiellement sur une croyance, et la nature de cette ctùyw^e influe sur celle du culte même et d'une multitude d'opjnions. Mais, sincèrement attachée au christianisme, tel quel'ont envisagé nos illustres réformateurs, je considère ici plutôt sô^fFets que leur cause. J'en appelle au sentiment qu'on, devrait supposer universel chez des chrétiens, à cette iaunense chanté, pour laquelle le mot de tolérance envers des frères est faible, injurieux même ; à cette charité dont l'exercice le plus difficile et le plus fréquemment nécessaire consiste à pardonner à-«eux qui en manquent.
Cette peinture très-mélangée n'est donc point destinée aux personnes éminentes par leur piété. Celles-là me seaiblent placées trop haut et m'imposent trop de respect. Elle% ont iûeux que des secours humains, et dans le genre même des secours humains, elles ont bien mieux que mon livre. Je parle à une «classe malheureu^ment plus nombreuse, à ces honunes^^i, sans s'être rangés parmi les adversaires de la religion, ne comprennent pas la langue chrétienne, qm ne lisent pas les livres saints, ni ceux ôti l'on en trouve l'interprétation fidèle. Privés conuiie ils le sont des ressources les plus intimes, la difficulté est de leur en faire sentir le besoin. On ne sait comment les atteindre, et tant qu'on ne parviendra pas à leur donner, dans le seul langage qu'ils entendent, le goût des vérhés divines, ils seront comme ces peuples non civilisés qui ne sortent pas de leur étal, faute de concevoir ce qui leur manque.
M ,„ L*ÉnUCATIO?ï PilOGUESSIVE.
Mais je m'adresse surtout à ceux que je regarde plus particulièrement comme mes semblables ; je parle à ces êtres pénétrés de la vérité, de la beauté, de l'importance première du christianisme, mais qui voudraient Tallifer plus intimement aux divers objets d'intérêt qu'on ne peut bannir de notre existence. Ceux-là sente»! qpeJa religion est tout ou qu'elle n'est rien, que si elle ne devient pas un mobile prin-^ cipal, elle n'offi'eiifu'un vain accessoire; maisilsne trouvent guère le moyen d'appliquer universeifement mi tel mobile, tant est grand le domaine des choses de ce monde qui, dans la conduite de la vie, ont leur place légitime ou même leur utilité, et semblent étrangères à la religion. L'éducation du cœur pourrait ofirir ce moyen, puisque, soias le point de vue du perfectionnement religieux, il n'e§t plus d'action ni d'occupation indifférente. Tout nuit odlfert, tout retarde notre marche ou la favorise. Nous observons Teftèt des objets sur nous, plutôt que nous ne les jugeons uniquement en euxmêmes, et, repoussant ce qui nous éloigne de Dieu, nous cherchons à nous rapprocher de lui par tout ce qu'il a mis de pirr et d'élevé dans la vqe.
Après avoir parlé de la destination de cet ouvrage, je crois devoir en indiquer le plan.
Il s'agit (le l'éducation préméditée, c'est-à-dire de l'éducation qui vise à tirer parti de l'influence des hommes et des choses pour le perfectionnement de l'individu. Cette éducation doit continuer toute la vie et ne faire que étranger de main. L'agent en est différent, mais l'œuvre en reste la même, et depuis la naissance jusqu'à la mort, il y a toujours un sujet à perfectionner.
Considérée sous ce rapport^ laC^se divise naturellement en trois périodes.
Pendant la première, (^ embrasse la durée de l'enfance, Féducation est dirigée par des intelligences supérieures à celle de l'individu qu'il s'agit d'élever.
Durant la seconde, qui comprend l'adolescence et cette
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portion de la jeunesse que les lois soumetleul encore à l'autorité paternelle, Télève doit de plus en plus coopérer à sa propre éducation.
Enfin> pendant la troisième, l'individu , devenu l'arbitre de sa destinée, est appelé à travailler à son propre perfectionnement.
La première de ces divisions de la vie humaine est celle où récrivain qui en fait rhû|oire trouve sa route tracée le plus nettement. Il ne peut, cj^nd il est question du premier âge, s'adresser encore qu'aux instituteurs qui en ont entrepris la direction; et dès lors l'éducation proprement dite, ou les soins dont les enfants sont l'objet, devient le sujet qu'il doit traiter. Mais ce sujet serait encore trop vaste, soit pour le dessein^ue j'ai conçu, soit pour mes forces, si je l'embras sais dans son entier. Obligée de me borner, ce sera la formation du caractère qjiP' m'occupera principalement. Je laisserai de côté les méthodes d'enseignement, et, dans les idées générales sur le développement de l'esprit que j'aurai l'occasion d'énoncer, j'envisagerai surtout l'effet moral des occupations et des études diverses.
Cependant l'obligation d'observer, que je me suis imposée dans tout cet ouvrage, exigeait, dès le commencement, une investigation du cœur humain un peu plus profonde que celle tiont le premier âge a, jusqu'à présent, été l'objet. Les livres sur l'éducation contiennent, pour l'ordinaire, l'histoire des pensées et des tentatives de l'instituteur relativement à son élève, plutôt que l'histoire de l'élève lui-même et de ce qui se passe dans son esprit. C'est là précisément ce que j'ai essayé de démêler. Après avoir, dans quelques chapitres de considérations générales, indiqué les vues que l'instituteur iîe paraît devoir adopter, c'est avec l'enfantque je m'associe ; » cherche à connaître ses sentiments durant la période entière où une nécessite iippérieuse le soumelà notre pouvoir, et cet examen me condA.à juger que la plupart des inipressions attribuées au «îuphde et à la déraison, dans le premier
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âge, ont une origine plus relevée. Les conditions auxquelles l'âme a été assujettie à son arrivée dans ce monde, me paraissent fournir une explication suffisante d'une multitude de sentiments qu'éprouvent lesenfants, et j'y reconnais encore l'effet d'une dispensatiqii éminemment favorable au développement de leurs plusgrandesfacultés. Jedécrisdonc, aussi exactement qu'il m'est possible, la constitution morale de l'enfant à ses différents âgçs, et j'en tire les résultats pratiques qu'offrent évidemmt^ces observations. Cet ordre, le plus naturel de tous, n'est pourtant pas le seul que j'aie pu observer. Certaines dii^ositions doivent être cultivées avant les autres, soit parce qu'elles sont fugitives, soit parce qu'elles peuvent faciliter toute l'œuvre de l'éducation. Les principes doivent encore être posés avant d'en tirer les conséquences. Il y a donc un enchaînement moral et aussi un enchaînement logique indépendants de l'ordre des faits, mais non moins essentiels à suivre.
Après l'observation et ses conséquences, viendra donc pour l'ordinaire l'exposition d'une vérité qui me panait s'appliquer particulièrement à l'âge dont je m'occupe. Lorsque ensuite les changements produits par les années amèneront des changements cbrrespondants dans les conséquences de cette vérité, je la présenterai de nouveau sous une autre face. Ainsi on verra les mêmes principes différemment développés aux époques successives de l'éducation.
Ce mélange d'observations, de théorie efd'application de leurs résultats à l'enfance, offre de grandes difficultés dans l'exécution. De là naissent des contrastes trop continuels et trop forts, des transitions trop brusques. Rien en apparence de si futile, de si peu relevé, que lès détails relatifs aux petits enfants, que toute la masse des faits présentés par cet âge ; rien en revanche de si grand, de si ,difBcile, de si obscur, que l'étude des facultés de l'âme. Nàinmoins comment séparer ces deux éléments de l'éducation ? Mettrait-on assezd'importance à la forme, souvent très- insignifiante, sous laquelle
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certaines facultésse présentent chez renfanl, si on ne les considérait pas dans leur grandeur future? Gomment ne pas voir l'avenir dans le présent, et Fépi de blé dans le brin d'herbe? Le point d'où Ton pai't et celui où Ton veut arriver ; l'enfant et Thomme accompli peuvent-Us jamais être perdus de vue? Si ces changements continuels de ton et d'objet ne sont pas bons littérairement, peu importe, puisque le sujet le plus essentiel à traiter le veut ainsi. Peut-être mbc un talent supérieur aurais-je sauvé ces dissonances; mais ne pas dire les choses que je croyais utiles m'a paru un tort plus grand que celui de les mal amener.
Arrivés à l'entrée de l'adolescence, nous verrons l'élève lui-môme commencer à travailler à sa propre éducation. Il en conçoit, il en adopte toujours mieux le tôit, il en éprouve les moyens, et finit par les choisir ou les indiquer. Ses parents conservent tous leurs droits sur lui, mais pourtant peu à peu le pouvoir leur échappe : leur autorité n'aurait presque plus d'effets salutaires s'ils étaient réduits à en user. Tout doit être confiance d'abord, puis persuasion complète et intime. Leur influence, purement morale, a besoin d'être ménagée avec d'autant plus de soin, qu'elle-même doit bientôt diminuer, et que le temps où elle peut encore s'exercer donne Timpulsion à toute la vie.
Ce reste précieux et fragile d'une puissance qui déchoit n'est pas même facile à employer judicieusement. L'observalion est souvent déroutée parles changements subits qui s'opèrent dans le caractère de l'élève. On ne le connaît plus, et ilseconnaîtmal.Ilestsincère, maisàchaque instant trompé^ etsurluietsur toutes choses. Son imagination ardente et mobile met toujours ce qu'il croit être à la place de ce qui est ; le combat des espérances avec les possibilités n'est pas encore bien engagé, etilvitdansune atmosphère d'illusions que rien n'a encore dissipées. Ignorant l'étendue de ses forces et leurs bornes, ce que pourrait et ce que ne pourrait pas obtenir sa volonté, il est tour à tour confiant et découragé outre mesure.
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Tandis que cet état de fluctuation dure encore, et que l'adolescent est assailli de tous côtes* par des passions ou des tentations nouvelles, la main quil'avait guidé se retire insensiblement, et souvent il est lancé seul au milieu des écueils du monde. Néanmoins tel est Tascendant des principes qu*a pu inculquer une bonne éducation, tel est celui des sentiments généreux qu'il est aisé d'inspirer à cet âge, que non-seulement le jeune homme doit échapper à de tels dangers, mais former les vertueuses résolutions dont l'accomplissement occupera sa vie entière.
Le nombre des objets d'intérêt qui s'offrent à l'adolescence est si grand ; il y a une telle accumulation de sentiments, de pensées, de lumières, d'impressions nouvelles, que je ne pourrai sans doute développer pleinement un tel sujet. Obligée de m'en teniràune esquisse légère, je m'attacherai du moins à l'objet essentiel, la religion, et, dans cet intervalle si court qui, chez les femmes, sépare l'enfance du mariiige,'jé montrerai combien il importe de donner aux mères futures des principes de piété.
Le reste de l'ouvrage contiendra le tableau des occasions successives de perfectionnement qui s'offrent naturellement aux adultes. A peine la jeune homme est-il affranchi du joug de l'autorité paternelle, qu'un sentiment très-fort l'oblige d'ordinaire à aliéner, du moins en partie, sa liberté, en unissant une autre destinée à la sienne. Jusqu'alors il avait été son but à lui-même. Objet du dévouement de ses parents, il était entrédans leurs vues lorsqu'il avait soigné ses intérêts, qu'il avait travaillé à orner son esprit de connaissances, son âme de vertus. Se considérant en artiste, il avait vu son propre caractère comme une œuvre qu'il devait accomplir, et dont les qualités généreuses étaient le plus beau couronnement; mais toujours le moi était en première ligne. Il voulait le bien, mais le bien opéré par lui, et il voyait surtout son propre rôle en toutes choses. De là celte espèce d'exaltation mêlée de personnalité qui domine souvent dans la jeunesse.
Ce n'est pas sans une forte secousse morale que le centre de la vie peut être déplacé, etque les liens étroits de Tégoïsme se relâchent. Une telle révolution est réservée à la puissance du sentiment, et peut-être l'amour paternel parvient-il seul à Taccomplir. Au moyen de cette seule affection, Thomme apprend à connaître le véritable dévouement, cette consécration entière d'une âme qui n'attend aucun retour égal pour ce qu'elle donne, aucun bonheur pareil à celui qu'elle veut procurer. Aussi présenterai-je de nouveau les enfants à cette époque, non pas comme étant eux-mêmes l'objet de Téducation, mais comme élevant pour ainsi dire leurs parents, parce quils les placent dans une situation où tous les intérêts comme tous les sentiments concourent à faire sentir la nécessité de la morale et de sa source la plus certaine, la religion.
Alors l'exiètence terrestre a reçu son plus entier développement, l'âme a formé au dehors ses relations les plus nombreuses. Membre utile de la société, encore fils et déjà père, l'homme voit les ramifications de ses devoirs s'étendre au loin, et il anime une sphère d'activité proportionnée i la grandeur de ses facultés. Cependant il ne tarde pas à découvrir que ces mêmes facultés ont des bornes. Le contact perpéluelavec les choses réelles dissipe en lui beaucoup d'iWusions;son influence s'accroît encore au dehors, que déjà une certaine ardeur diminue, la répétition des scènes du monde amortit la vivacité de ses impressions, et sa vie, intérieurement un peu effacée, passe de plus en plus dans celle de ses enfants : c'est sur eux que se place encore son imagination détrompée.
Toutefois, ces enfants en grandissant ne remplissent pas entièrement son attente ; bientôt ils peuvent se passer de lui, et finissent par lui échapper. Il en est de même de mille objets d'intérêts très-vifs, de l'estime, de la reconnaissance des autres hommes, de tel bien qu'on avait cru opérer. Tout s'affaiblit, tout se décolore, tout s'enfonce dans le lointain.
12 L EDUCATION PBOGREfôlYE.
Nous voyons que les choses peuvent aller sans nous, et nous nous détachons et des autres et de nons-môme».
Néanmoins, dans une âme religieuse, il y a plus qu'une compensation à la perte des enchantements et des illu^ons séduisantes de la vie. En elle, la grande idée du devoir survit à tout et lui donne une activité indépendante des pensées terrestres. Le monde invisible lui apparaît à mesure que le visible s'efface, et ses espérances s'attachent au seul être qui ne les trompe jamais. Plus d'élévation, plus de calme, une plus juste appréciation de tous lesobjets, lui donne une autre grandeur. Elle conçoit pourquoi elle a été placée sur cette terre , et le plan de la vie humaine reçoit pour elle son explication.
Elle voit qu'envoyée ici-bas pour y prendre un immense développement, elle n'est pas faite pour rester attachée aux objets qui ont servi à la développer. Ses forces nouvelles auront un exercice nouveau. L'intelligence doit s'élever à une plus haute contemplation que celle des choses terrestres, et cet ardent amour qu'avaient excité des créatures imparfaites doit se fixer sur l'Être parfait; aussi son développement n'est-il point suspendu : ses progrès moins apparents sont plus réels et ne paraissent pas si sujets à s'A*rêler; ses facultés contemplatives gagnent plus que ses facultés actives ne semblent avoir perdu, et déjà son amélioration peut se manifester dans cette vie. Ainsi, dans la vieillesse, un désintéressement plus entier, une sérénité plus Constante, je ne sais quoi de sage, de paisible, de céleste, semblent entourer d'avance un front vénérable d'une auréole d'immortalité. On voit alors se vérifier ces belles paroles de l'Écriture, qu'àmeswe que l'homme extérieur déchoit y r homme intérieur se renouvelle.
C'est en effet une belle preuve de notre immortalité que ce principe de développement toujours existant dans notre âme. Et comme l'action de ce principe n'est arrêtée nécessairement, dans la vieillesse, que par le dépérissement des organes matériels, c'est-à-dire par un obstacle qui peut se présenter à
tout autre âge, il est clair que Tétat de caducité, près du dernier tertne, estlout à fait étranger à lanature de l'âme même, et qu1l ne prouve rien contre la possibilité d'un progrès éternel dans retendue de ses facultés.
Ce progrès exige, il est vrai, le concours de notre volonté. Ceux qui ne pénètrent pas au delà de l'enveloppe extérieure deschoses, restentjusqu'àla fin occupés d'apparences vaines, et réducation de la vie est manquée pour eux. Non-seulement le temps ne les améliore pas, mais il les corrompt. Il peut y avoir un perfectionnement de Tégoïsme comme des sentiments dévoués et religieux. Alors le cœur se dessèche jâe plus en plus, alors le bonheur personnel, auquel Tégoïste avait tout rapporté, lui échappe, puisqu'il devient insensible aux plus nobles jouissances, et que les autres ne durent pas. . * Pporhii véritablement la vieillesèe est désolée. Pour son imagination effrayée, la mort eat bieti de la mort et pis que du néant peut-être : mais ce n'est pas un pareil tableau que je puis me plaire à traoef^
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î 4 l'Éducation phogbessite.