XIV. m, CHAP. YII
ses décrets immuables, entrevoir ses perfections sans pourtant les envisager dans tout leur éclat, tel doit être pour nous le partage du temps et de Téternité.
Pour remplir cette vocation universelle, l'enfant, à plusieurs égards, est heureusement doué. Moins enchaîné que nous par des habitudes enracinées, ses liens avec la terre sont moins étroits, il peut croire à ce qu'il ne voit pas, aimer sans trop savoir ce qu'il aime. Des impressions graves et solennelles se peignent parfois dans ses regards ; mais les mots pour les exprimer lui manquent encore. Sa figure a donné ridée de celle des anges ; radieuse, céleste, touchante, elle a pu servir d'emblème à Tadoration des esprits purs. Tout son langage est une prière; conservant plus que nous le sentiment de sa faiblesse, il connaît aussi mieux son besoin de secours; la tendresse filiale est en lui plus intime; que lui manquerait-il pour s'appFocher de Dieu? La religion dort dans son sein, si Ton peut le dire ; il faut moins la faire naî-. tre que la réveiller.
L'âme est naturellement religieuse ; ce fait, qui se montre en relief dans les annales du genre humain, peut se manifester dès la tendre enfance ; mais l'éducation doit le mettre au grand jour, et c'est là sa tâche la fdus importante.
Cette lâche doit être remplie indubitablement. Nous ne saurions affranchir l'enfant des lois imposées à l'humanité, même quand il s'agit de lui en communiquer le plus beau privilège. Le sentiment qui nous est le plus naturel ne se déclare que lorsque l'objet fait pour Pexciter nous est présenté, atttrement ce n'est qu'un désir vague, un besoin non satisfait. Même dans cet état équivoque, un penchant qui n'a pas trouvé à s'appliquer, donne pourtant quelque signe d'existence. Il tourmente d'un certain malaise celui qui l'éprouve, et nuit au développement harmonieux de ses facultés. L'âme qui n'exerce pas toutes ses forces subit un appauvrissement partiel, sans pouvoir se figurer ce qui lui manque. Un jeune cygne élevé loin de l'eau n'aurait pas l'idée distincte de l'eau,
mais il languirait; tour à tour agité, inquiet, ou livré à l'abattement, sa tristesse, sa maigreur, la teinte jaune de son plumage, indiqueraient assez que sa destination n'est pas remplie. ^ l'aspect d'une mare infecte, il pourrait s'y précipiter, cl ce noble oiseau nageant dans la vase ne paraîtrait qu'un être vil, rebut et hontq de la création. Mais donnezlui la source vive ; que Tonde pure du grand fleuve vienne à restaurer sa vigueur, et vous verrez ce qu'est le cygne. En peu de jours sa blancheur éclatante, la grâce, la majesté, la rapidité de ses mouvements, vous montreront quelle était sa nature, quel élément avait manqué à son développement.
Telle est noire âme : elle peut vivre sans adorer Dieu, mais languissante et desséchée ; elle peut donner le change àses désirs etse plonger dansla superstition. C'est lace qu'on voit sur les bords du Gange ; mais sur ceux de la Tamise, mais sur les rives de TAtlanliquc, où s'élève un monde nouveau, on apprend quel est l'essor que la religion donne à l'âme.
Développer le plus noble instinct de l'humanité en lui imprimant une direction salutaire, donner à mesure au jeune enfant Taliment religieux qui lui convient, en le proportionnant à ses progrès, voilà notre devoir, et des soins par euxmêmes si doux auront le succès pour récompense. Mais plus nous attendrions, plus ce succès autrement infaillible deviendrait incertain ou diflScile à obtenir.
Il semble parfois que ce soit une sorte de respect pour les choses saintes qui détourne les parents dVn présenter l'idée à leurs enfants avant qu'ils aient atteint l'âge de raison. Un tel scrupule serait excusable ; mais pourquoi ceux qui l'éprouvent en sont-ils exempts quand il est question d'autres objets auxquels ils vouent un grand respect? Élève-t-on un doute pareil quand il s'agit d'exciter quelque autre sentiment, nécessaire ou seulement louable? Avez-vous attendu, pour rendre cher et sacré â votre fils le nom de père, qu'il sût au juste en quoi consiste la paternité? Ne lui avez-vous jamais