‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 88 sur 144 · LIV. IIÏ, CHAP. VU · texte numérisé non relu

LIV. IIÏ, CHAP. VU

prononcé avec amonr le nom de sa patrie avant qu'il pûi se former l'idée de la relation de citoyen ? Vous ne voulez pas laisser à votre enfant la liberté d'être ingrat envtrs son pays, et vous lui ménagez en secret la possibilité d'être ingrat envers son Dieu.

11 est dans l'éducation religieuse deux buts différents qu'il faut distinguer : celui d'inspirer à l'enfant des sentiments de pléié, et celui de le mettre en état de répondre à ceux qui vondrAient le priver de ces sentiments en niant la réalité de leur objet. Ces deux buts doivent être atteints, il n'y a pas d^doute ; mais si vous attendiez le moment favorable pour marcher à l'un, vous auriez perdu celui d'arriver à l'autre. Il n'est pas du tout besoin de tendre à tous les deux à la fois, l'enfant n'est pas lui-même un incrédule à con^'aincre. Il est inutile avec lui d'accumuler les raisonnements ; si vous suivez cette marche avant le temps, vous lui donnez une fausse science, je veux dire une science qui, pour être vraie, ne l'est pas à juste titre à son égard, puisqu'il est hors d'état d'apprécier la solidité des principes qui en sont la base. Il en sera ainsi jusqu'à l'âge où. il cessera d'être aisé de disposer de ses sentiments.

Il y a là, j'en conviens, une difficulté qui nous contrarie et qui dérange la routine de l'éducation. Est-il question d'établir des vérités : nous voudrions poser des principes et en tirer régulièrement des conséquences. S'agit-il de communiquer des sentiments : nous désirerions pouvoir donner une idée exacte de l'objet auquel ils doivent s'appliquer, pour apprendre aux enfants à ne placer leur affection qu'avec connaissance de cause. Si nous avions présidé à la formation de l'être moral, nous eussions bien mieux arrangé les choses. Ou eût vu la raison éclore la première, et rien n'etit été cultivé dans l'âme que sous ses auspices. Le ciel n'en a pas décidé ainsi. L'enfant aime déjà qu'il ne juge pas encore; Tordre du développement de ses facultés n'est pas conforme à l'ordre logique ; la manière dont les notions entrent dans sa

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têle ne l'est pas non plus, et celle dont il les enchaîne n*est pas la nôtre. C'est fâcheux ; mais qu'y ferions-nous ? Laisserions-nous flétrir les plus beaux dons par respect pour nos méthodes ? C'est la faute qu'on ne commet que trop dans ce qui tient au sentiment. Demander s'il faul de la religion à l'enfant, c'est mettre en question s'il en faut à l'homme»

Je dis plus : il est si peu nécessaire d'attendre l'âgé du raisonnement pour donner de la piété à votre élève, que,:^ avait atteint cet âge-là, ce ne serait pas, selon moi, par l'argumentation que vousdevriezcommencer. Présentées comme des faits, et annoncées avec respect et simplicité, les vérités fondamentales de la religion peuvent être confiées à leur propre force, et produire d'elles-mêmes la conviction. Introduire ces grands sujets par la discussion, par les preuves, supposer des objections pour les réfuter ensuite, c'est donner à la pensée une direction malheureuse qui nuit au développement du véritable sens religieux, direction trop souvent imprimée, direction difficile à changer et qui tend à faire un exercice d'esprit de ce qui doit être un culte de l'âme.

Ne fût-ce donc que pour mieux s'assurer d'éviter un écueil, l'éducation religieuse devrait devancer l'âge du raisonnement chezjles élèves. Mais qu'on ne s'y trompe pas; je ne crains point du tout que la raison la plus forte, la plus éclairée puisse ébranler les fondements d'une telle éducation. A cet égard, les progrès jneraes des lumières nous rassurent, puisque, indépendamment du réveil de l'esprit religieux dans notre siècle, le vol plus élevé qu'a pris la philosophie a fait reculer l'incrédulité. Vous obtiendrez un jour l'assentiment de la raison, soyez-en certain ; mais faites en sorte qu'elle ait quelque chose à confirmer, et pensez que la religion qui réside uniquement dans la tête est sans usage pour la conduite, comme elle est nulle pour le bonheur.

Quel est le véritable objet de l'éducation religieuse ? C'est d'apprendre à la jeune âme à communiquer avec Dieu, puisque le sentiment d'une telle communion, quelque

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