LIV. III, CHAP. VII
il se sert pour nous dire qu'il est notre père ; et la paix, le bonheur qu'il répand dans l'âme nous le dit bien plus.
Quel autre temps que celui de l'heureuse enfance choisirons-nous pour communiquer de teUes impressions ? Quel autre temps pour faire un plaisir de ce qui sera toujours un devoir l II faut que la vie soit dans sa fleur pour que la religion soit dans sa joie ; il faut qu'elle l'embellisse dans toute sa beauté. Quanjl cette beauté se fanera, quand l'éclat qui environnait ce monde terrestre aura disparu, alors le ciel, comme dans la nuit, paraîtra sans doute étincelant de lumière; mais il fera sombre autour de nous. C'est pour la jeunesse seule que le soleil d'en haut resplendit dans tout l'univers ; c'est à elle seule qu'est accordé do glorifier Dieu par de grandes œuvres ; c'est à elle seule qu'est prodigué le trésor des saintes émotions de la piété, émotions dont le ravissant souvenir fait encore pressentir la félicité éternelle à cet âge avancé oîi l'on n'inventerait plus le bonheur.
Prétendre remplacer par un coup d'éclat, par une s ène théâtrale, comme le veut Rousseau, la puissance dos longs souvenirs et des premières habitudes, c'est mal connaître le cœur humain. Mille circonstances imprévues feront que la scène manquera, et, dût-elle réussir, jamais elle ne produirait qu'une impression passagère. Bientôt la vie reprendrait son cours, et emporterait les idées religieuses, tandis que le cours même de la vie les ramène quand on a eu soin de les associer avec tous les souvenirs du jeune âge. D'ailleurs ce ne serait jamais le chrislianisme qu'on pourrait introduire ainsi, etl'on n'aurait alors qu'une religion sans influence.
La religion doit être un mobile ; c'est là le point de vue dont il ne faut jamais vous départir. Quand on la considère ainsi, on voit qu'il est essentiel de prévenir la formation d'autres mobiles qui agissent dans un sens opposé ; je dis plus, il l'est même de pouvoir lui subordonner ceux qui agissent d'oYdinaire dans le môme sens. Ainsi la crainte du blâme ou l'honneur du monde, l'intérêt bien entendu, le besoin d'agir
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ulilementj-tous les sentiments honnêtes qui secondent fe plus souvent l'action de la religion, doivent croître sous son ombre. Cultivés comme motifs accessoires, ils sont bons, ils sont utiles, ils ont leur place marquée dans les occurrences variées du temps ; mais chacun d'eux porte en soi ua,venin caché qui ne tarde pas à se manifester lorsque Tinfluence n'en est pas combattue ou balancée.
Ces idées sont si grandes et si fécondes, ^ue je sens mon impuissance à les exprimer; je ne puis qu'indiquer rapidement ce que l'existence éternelle d'un ange sufiBrait à peine à développer. Il faut donc abréger ; mais je finirai par une considération d'un autre genre, présentée à une autre classe de lecteurs.
J'ai parlé jusqu'ici aux parents qui craigpent qu'il n'y ait pas assez de religion dans leur famille ; il me reste à m'adresser à ceux qui redoutent qu'il n*y en ail trop, quoique ce dernier sentiment se rapporte, selon moi, à un bien faux point de vue. La religion, c'est l'amour de Dieu exprimé par l'obéissance à sa volonté. Et comme la volonté de Dieu, telle qu'il l'a gravée dans notre cœur et annoncée plus expressément dans l'Evangile, est que nous accomplissions tous nos devoirs, nous ne pouvons pas plus trop aimer Dieu que trop aimer le bien dont il est la source éternelle. La morale chrétienne est la* morale par excellence ; il n*est aucune déviation habituelle de la vertu la plus sévère ou de la délicatesse la plus scrupuleuse qui ne suppose une altération correspondante dans l'esprit du christianisme ; la loi est toujours là pour condamner les transgresseurs, et pour montrer qu'ils en ont violé le principe.
Si Ton examine de bonnç foi les torts dont on accuse les hommes qui ont déployé hautement l'étendard du christianisme, on verra que ces torts sont dus à l'action nécessairement incomplète d'un principe régénérateur au milieu d'une société corrompue, à l'état de lutte où se trouve un tel principe dans le monde, dans les familles, dans le sein même