LIV. m, CHAP. vu
deTindividu. Que prouve rinconséquence tant reprochée à certains personnages qui se croient saints, si ce n'est Texcelience d'une doctrine dont la pureté contraste avec les faiblesses du cœur humain, et donne une couleur odieuse à ses vices? Que prouve Thypocrisie dont sont coupables les faux dévots, si ce n'est que la réalité des vertus chrétiennes est assez reconnue pour qu'il y ait de l'avantage à revêtir l'extérieur de la piété? Que prouve enfin le fanatisme, malgré le juste effroi qu'excite ce mot ; que prouve-t-il, si ce n'est qu'il y a une telle beauté, une telle grandeur dans les idées religieuses, qu'elles sont accompagnées d'un tel bonheur, que la passion peut s'y attacher malgré leur nature immatérielle ? Réprimons tout mouvementdésordonné, quelque noblequ'cn soit l'origine ; mais, pour prévenir ce genre d'excès comme tout autre, jamais nous ne trouverons de frein plus efficace qu'une éducation chrétienne commencée de bonne heure et conduite judicieusement.
Quand un sentiment très-répandu parmi nos semblables est en même temps trop naturel pour que nous puissions en tarir la source, le seul moyen sûrd'empêcher qu'il ne s'exalte est d'en diriger nous-mêmes le cours. Gomment ferrez-vous pour soustraire voire fils à la puissance de la religion? Le culte ne ôe célèbre pas seulement dans les temples ; ftiais, telle qu'est faite la race humaine, une voix de prière se fait entendre de toutes parts. La poésie, les arts, le théâtre même, reproduisent l'image des choses célestes tout en l'altérant quelquefois. En tout lieu sur la terre, la faiblesse opprimée a recours à Dieu, l'innocence méconnue en appelle à lui, la douleur l'invoque dans ses larmes. Oti emmènerez-vous votre enfant pour que des émotions si pénétrantes n'ébranlent jamais son- cœur? Les plus fortes impressions sont causées par Tatteinte de certains coups soudains qui frappent l'âme à l'improviste. C'est livrer un ressort pui&sant à la merci des événements etdes hommes, que négliger de vous en emparer à temps.
<218 l'Éducation progbessiye.
Qu'on le demande aux enthousiastes de tous les cultes, oîi font-ils leurs prosélytes les plus ardents ? Est-ce dans ces familles pieuses et bien réglées où les habitudes chrétiennes sont contractées dès le berceau ? Non, sans doute ; c'est parmi ces ôtres abandonnés qui sont longtemps restés étrangers à la religion. Soit que les égarements des passions ou une éducation toute mon kine aient détourné les pensées de Fhomme des grands intérêts de l'éternité, quand une fois ces intérêts lui sont présentés, quand il envisage en plein la desttoée d'une âme immortelle, nul ne peut répondre du cours que prendra son imagination. Réserver pour l'âge le plus dangereux la nouveauté d'idées toujours frappantes et souvent ter. ribles, c'est risquer une révolution trop brusque pour les faibles humains. Une conversion subite est une crise souvent heureuse, parfois nécessaire, je l'accorde; mais enfin, c'est une crise qu'une éducation pieuse a pour résultat d*épargner.
Cette dernière réflexion n'a pas échappé à quelques auteurs. Il en est de bien peu dévots qui ont conseillé, je répugne à le dire, une sorte d'inoculation des idées religieuses, afin d'en amortir de bonne heure l'activité. Il y a du vrai dans l'observation sur laquelle un tel conseil se fonde ; mais te but en sera manqué lorsque, pour plus de sûreté, on se bornera à l'enseignement d'une doctrine sèche, d'un christianisme purement nominal. Si jamais une religion vivante s'élève dans l'âme, on rencontrera le danger même qu'on avait voulu éviter. Il faut que le mouvement soit imprimé pour qu'on le dirige ; ce qui n'est rien n'empêche rien. Un culte qui ne vient pas du cœur n'est pas un culte, et il ne produit pas plus d'effets heureux qu'i'l n'en détourne de funestes.
Soit donc que vous désiriez préserver votre enfant des égarements du fanatisme, ou de la désolante aridité d'une existence sans espoir, il n'est jamais qu'une route à suivre : inspirez-lui les sentiments d'une douce piété. La religion, qui