‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 94 sur 144 · LIT. III, COAP. VIII · texte numérisé non relu

LIT. III, COAP. VIII

du paradis terrcslre ou toute autre, vous pouvez vous arrêter sur le mot^Dieu, et, sans Teffaroucher par des questiops trop directes, le sonder suffisamment pour savoir ce qu'il entend par ce mot. La méthode interrogative, employée avec adresse, fait trouver les vérités, les inventer presque ; Tenfant, animé par le plaisir de la découverte, s'approprie ce qu on lui a réellement suggéré, et conserve comme son propre bien Tidée qu'il a été obligé d'admettre. Cette méthode, d'ancienne date, est très-usitée maintenant, et c'est une des plus utiles à employer pour l'instruction du premier âge.

Cependant, comme tout le monde ne sait pas s'en servir, et que des enfants timides ou très-retardés peuvent être rendus malheureux par l'obligation de répondre, on ne doit pas attacher trop d'importance à ce moyen. La simple exposition d'une vérité, aussitôt que l'occasion de l'énoncer s'est présentée, réussitégalement très-bien, pour peu qu'on ait eu l'art de réveiller la curiosité. L'essentiel est d'intéresser l'enfant. Dans le premier âge, les connaissances sont si imparfaites, qu'elles tirent leur plus grand prix des souvenirs de plaisir attachés à leur acquisition, puisque ce sont de tels souvenirs qui engageront un jour l'élève à chercher à les étendre. Relativement à la religion surtout, il serait à redouter que des impressions de gêne et d'ennui ne vinssent à se prolonger indéfiniment dans la vie.

Je me suis déjà déclarée contre l'emploi des preuves, et je les bannirais par cola seul qu'elles blessent le sentiment quand il existe, et en retardentla formation s'il n'existe pas. Mais j'aurais encore un autre motif. Toute preuve suppose un doute,^ et a souvent, pour le faire naître, un pouvoir qui lui manque pour le dissiper. Si la vérité qu'on veiit établir était évidente, on ne prendrait sans doute pas la peine de la démontrer; il faut donc donner du relief à la proposition contraire, afin de justifier l'emploi des démonstrations. De là un double enseignement, celui de l'erreur pour la réfuter,

îil LÉDOCATION PROGRESSIVE.

et de la vérité pour la graver dans la tête ; mais le premier est inutile pour le moins, et ne laisse bien souvent que trop de traces. Quand on veut prouver Texislence de Dieu, par exemple, on dit que le bel ordre duihonde ne peut pas être cittribur^ au hasard ; et l'on donne par là de la réalité et de la consistance à Têlre chimérique nommé le hasard. Il faut en faire quelque chose, afin de dire que ce n'est rien; mais, comme je l'ai déjà remarqué, l'imagination des enfants est de telle sorte, qu'il est toujours aisé d'évoquer des fantômes dans leur esprit, tandis qu'il ne l'est pas de les conjurer.

Gomment vous y prenez-vous -pour communiquer à votre enfant toutes les autres connaissances? Vous lui dites que la terre est ronde, longtemps avant qu'il soit possible de lui démontrer qu'elle l'est. Vous lui donnez l'histoire des siècks passés pour véritable, sans discuter avec lui la validité du témoignage des historiens; vous énoncez les faits simplement comme des faits, et la critique en est réservée pour un autre âge. Pour quel motif suivrez-vous ûtie marche différente relativement à la religion? En paraissant soumettre à l'examen de l'enfant des questions décidément hors de sa portée, vous le trompez sur retendue de ses facultés: vous faussez bien plus soii jugement, en l'engageant à prononcer sans lumières suffisantes, qu'en donnant votre conviction pour ce t|u'elle est. Quoi que vous fassiez, c'est vous qu'il croira. Sa foi que vous prétendez éclairer reste aveugle, et n'est jamais que de la foi en vous. Puisque votre persuasion seule agit sur l'enfant, pourquoi cet échafaudage de raisonnements dont il apprécie mal la justesse? Pourquoi ne pas simplement affirmer les vérités qu'admet la plus haute philosophie.

Néanmoins, sans donner les preuves pour des preuves, on peut transmettre à l'âme de l'enfant cette foi, la plus intime de toutes, à savoir, l'impossibilité de douter. Lin montrer de toutes parts les ffets de la puissance de Dieu, c'est le c<iinvaiucre qu'il y a un Dieu. La notion de cause est tellement

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