‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 95 sur 144 · LI7. III, CHAP. VÏII · texte numérisé non relu

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inhérente à notre nature, que partout oîi le pouvoir des hommes s'arrête, les enfants saisissent avec avidité l'idée de Taciion d'un Créateur. L'existence d'un objet, d'un phénomène quel qu'il soit, leur paraît due à l'accomplissement d'une volonté intelligente ; ils ne voient que la vie ou l'effet de la vie dans le monde entier. Lors donc que l'impossibinté de remonter à une cause humaine leur est démontrée, ils admettent un agent surhundain. Ils vous demanderont quel est cet agent, mais non pas s'il y en à un. La question de l'existence de Dieu n'a donc pas besoin d'être élevée ; il suffit de parler de ses attributs.

La connaissance des attributs de Dieu, tels qu'ils se ma* nifestent dans la création, dans le cœur de l'homme et dans son histoire, voilà l'éternel objet de l'éducation, voilà même celui de toute science. Depuis l'enfant de trois ans, qui voit un témoignage de la bonté de Dieu dans le plaisir que lui font les roses et les fraises, jusqu'à Newton, qui reconnaît Peffet de la souveraine intelligence dans l'ordonnance de l'univers, tous les esprits, comme toutes les facultés de ces esprits trouveront un aliment proportionné à leur force dans l'étude des attributs de Dieu. Cette étude, dont le domaine grandit à mesure que s'étendent les vues, doit d'abord s'accommoder à la faiblesse de l'enfant, et ne s'offrir à lui que comme l'explication indispensable des faits intéressants sur lesquels on fixe son attention.

Les attributs moraux, ou les perfections' du Créateur, ne sont point un sujet d'étonnement pour l'enfant, quelque loin qu'il soit d'en concevoir la grandeur; et il en reconnaît avec respect les diverses traces dans la nature. Mais les attributs incommunicables de Dieu, son éternité, son immensité, confondent sa pensée comme la nôtre. Il en est un particulièrement, l'immatérialité, que les habitudes de son esprit lui rendent difficile a concevoir. Accoutumé à se représenter vivement les objets absents, il a plus de peine que nous à attribuer de la réalité à une essence spirituelle, et l'on réus-

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8ira mieux à l'y amener en cherchant à le convaincre d'abord de rimmalérialité de Tâme. Les enfants conviennent aisément que ce qui aime et pense en eux n'est pas leur corps ni aucune des parties de leur corps ; on croirait que des observations confuses s'accordent avec ce qu'on leur indique à cet égard, tant l'idée d'un hôle intérieur et d'un hôte spirituel est par eux prompternent accueillie. Les conséquences de cette idée, l'immortalité, l'espoir que les âmes de ceux qui meurent s'envolent dans le sein de Dieu et s'y réunissent, leur paraissent douces comme à nous ; ils les expriment à leur manière, et l'on voit avec bonheur se préparer pour eux les plus puissantes consolations. La voix de la conscience, qu'on leur fait envisager comme la voix de Dieu dans leur cœur, leur donne le sentiment d'une communication intime et intellectuelle entre leur âme et son Créateur^ L'idée que Dieu les accompagne partout çù ils vont le^ étonne peu : c'est ainsi, comme je l'ai dit, qu'ils s'imagineni? souvent être suivis par l'œil de leur mère lorsqu'ils ne la ^ voient pas. Mais ils ont plus de peine à concevoir spirituellement le Dieu de l'univers ou de la nature. Là les œuvres matérielles du Tout-Puissant leur paraissent provenir d'une cause matérielle; la distance immense des lieux où s'exerce en même temps l'action de la Divinité déroute leur intelligence, et de là résultent chez eux des moments d'erreur auxquels il faut remédier sans y attacher trop d'importance.

On doit penser que,rellitivement aux objets de la religion, il y a en nous deux facultés dont les effets se contrarient :, l'imagination, qui crée sans cesse des formes, et la raison, qui nie la réalité de ces formes. Nous-mêmes, qui avons une raison plus exercée et une imagination moins vive que les enfants, ne subissons que trop souvent la loi qui nous oblige à nous représenter plus ou moins matériellement les divers objets du culte. La voûte du ciel, les murs du temple, parfois même, faute d'autre figure, les lettres d'un mot se peignent dans un esprit auquel une image est nécessaire.

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Nous savons que rien de tout cela n'est Dieu ; nos lèvres évitent de prononcer des mots que le bon sens abjure, mais nos conceptions les plus intimes sont moins irréprochables que nos discours. Nos discours mêmes ne le sont pas entièrement, tant les langues, enfants de l'imagination, trahissent leur origine. Les termes les plus épurés dont nous nous servons pour désigner les êtres immatériels, ceux à'esprit^ d'essence, AHntelligence^ ont une racine corporelle et se rapportent à quelqu'une de nos sensations. Il y a un élément terrestre invinciblement attaché à toutes nos conceptions icibas, mais nous pouvons les supposer affranchies decet alliage. La pensée entrevoit les objets célestes à travers le nuage dont elle ne peut se dégager, et conçoit l'idée de leur pureté malgré l'atmosphère qui l'entoure. Nous savons que tous ces voiles tomberont, que toutes ces visions, ce cortège importun de formes et de figures, disparaîtront devant l'immuable vérité. Paut-il, parce que nous ne sommes que des créatures humaines, ne pas ennoblir le plus possible notre condition? Déjà l'attente d'une autre existence nous relève, et notre langage imparfait s'accorde avec les hymnes des anges, s'il offre l'expression sincère d'un culte d'amour.

Nous devons donc nous munir d'une extrême indulgence envers l'enfant pour des fautes dont notre circonspection la plus grande ne suffit pas toujours à nous préserver. Quand il lui échappe une saillie de son âge, effet naturel d'une vive et bizarre imagination^ nousdevonsleredresserdoucement, sans nous scandaliser et sans rire, sans croire surtout que notre œuvre soit perdue pour quelque marque de légèreté. Le sentiment fait son chemin à travers l'inégalité de l'attention enfantine. Peu à peu l'eau, en tombant, creuse la roche; mais combien de gouttes ne se perdent-elles pas !

Un des grands avantages de l'enseignement historique de la religion, c'est de satisfaire le besoin de représentations et de figures, sans donner lieu à la superstition, du moins lorsqu'on s'en tient au témoignage des auteurs sacrés. Un autre

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avantage, c'est de remplacer pour longtemps l'enseignement dogmatique ou théologique. L'énoncé des principaux articles de foi est implicitement renfermé dansles narrationsdes deux Testaments; et s^us cette forme simple et parlante, les croyances les plus nécessaires trouvent dans le jeune esprit un accès qu'il serait difficile de leur donner autrement. Même à une époque plus avancée dans l'éducation, la doctrine sèche des catéchismes produit peu de fruit, telle du moins qu'on l'enseigne ordinairement dans les écoles. On est obligé de faire répéter mot à mot aux enfants des phrases obscures qui ne se rallient à rien dans leur esprit, et c'est là un moyen sûr de les rebuter. L'importance sérieuse qu'ils voient attacher aux erreurs de leur mémoire en alarme, et ces nuages sombres dont on enveloppe les idées religieuses leur font éprouver je né sais quel mélange de terreur et d'ennuis dont ils sont impatients de se délivrer. Quelle serait la formule apprise dont l'utilité pût balancer l'effet d'une telle impression ^ Plus les croyances sont salutaires, plus elles font une partie essentielle de la foi chrétienne, plus il est nécessaire de les associer à l'ensemble des fai isqui seuls intéressent les enfants. Des instituteurs très-pieux enseignent, dit-on, avec succès des dogmes abstraits : ne serait-ce pas de ce qu'ils sont trèspieux que vient leur succès, plutôt que de la méthode dont ils se servent? Ils influent par le sentiment qui les anime, ils transmettent involontairement leur ferveur. Souvent la persuasion se communique par les voies auxquelles on songe le moins.

Cette puissance de la sympathie, cette facilité avec laquelle une flamme allume une autre flamme dans l*âme d'un enfant, montrent quel peut être le pouvoir des femmes, et relève prodigieusement leur condition . D'elles dépend la religion des races futures; leur influence prolongée peut déterminer les sentiments de piété chez leurs filles,et laisser, dans les souvenirs de ces fils mêmes qui leur échappent, des traces que le temps n'efface point. Elles cultivent les dispositions dont

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