‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 96 sur 144 · LIT. III, CHAP. VIII. 2Î · texte numérisé non relu

LIT. III, CHAP. VIII. 2Î

Dieu même a semé les germes. Quand ce qui est sacré chez la mère, dit J.-P. Richter, s* adresse à ce qui est sacré chez l'enfant, les âmes s'entendent et se répondent.

La manière de s'y prendre nvee les petits enfants, soit pour leur faire aimer la religion, soit pour y rattacher les idées morales, me paraît si bien décrite dans un ouvrage anglais, que je crois devoir en traduire ici deux pages.

« Mais comment, demanderont quelques parent8,comment s'y prendrà-t-on pourque les affections de ces jeunescréatures se dirigent du côté de Dieu et du devoir? Voilà qui paraît impossible. Croyez -moi, nous pouvons beaucoup obtenir, môme avec de très-jeunes enfants, en mettant graduellement sous leurs yeux les vérités religieuses associées à des images qui leur soient agréables, pour peu qu'il y ait dans notre manière Texpression de la tendresse et de la sérénité, et que nous soyons animés d'un esprit conforme à noire dessein. Les noms de Dieu et de Jésus-Christ doivent être de bonne heure rendus familiers aux enfants, et le pouvoir de ces personnes divines, leur sainteté et plus particulièrement leur amour, peuvent être tellement dépeints, tellement rendus sensibles par de naïves et simples représentations, queTidée en pénètre profondément dans les jeunes âmes. Et dès lors, tandis qu'on donne à l'enfant les premiers éléments de TinstTuction religieuse, on lui inspire le sentiment d'un saint respect et le goût des choses célestes. Mais ce qu'il fautéviter avec un soin particulier, c'est de le fatiguer par de longs discoure, et aussi d'exciter ces émotions avec trop de force. Un peu ici et un peu là, sera la devise de sa mère. Et pour ce peu même elle choisira les moments où l'enfant lui prête une oreille docile, et laissera toujours tomber l'entretien avant que le sujet devienne fastidieux et insipide. Rien n'aura pour aller au but plus de succès que les histoires courtes et saintes de la Bible, telles, par exemple, que celles de Jésus- Christ prenant les petits enfants dans sesbras, et lesbénissant, ou de ce même Jésus-Christ rendant à la vie le fils de la veuve;

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et il y en a tien d*aulres semblables.Si ces traits sont racontés avec une douce gaieté, et animés de ces touches naïves qui les rendent présents à Timagination de l'enfant, il manquera rarement d'y prendre plaisir, el vous les redemandera encore et encore. Quand de tels traits sont une fois gravés dans la mémoire, il est évident qu'on pourra y faire allusion avec avantage quand il se présentera une occasion de réprimander ou d'exhorter le petit élève.

a En communiquant l'instruction, il est un point trèsimportant pour la mère : c'est d'avoir toujours dans l'esprit qu'on réussit bien mieux avec les enfants en excitant leur sympathie qu'en s' adressant à leur raison. Il faut mettte, sans aucun cloute, du bon sens dans tout ce qu'on dit; mais si les sentiments de l'enfant ne s'accordent pas avec sa conviction, il pourra être entièrement persuadé de certaines vérités sans qu'elles aient dans la pratique aucune influence sur lui*. »

Les paraboles de l'Évangile^ enseignement admirable pour les esprits simples, amènent encore heureusement quelques développements d'idées morales ; mais je ne voudrais pas que l'on présentât isolément les préceptes mêmes de l'Écriture. Un devoir imposé sous une forme sèche produit une impression désagréable sur les enfanta. Quand un passage des auteurs sacrés arrive toujours pour appuyer une prohibition ou un acte de sévérité, il semble que la volonté de Dieu serve de voile à la nôtre, et de là résultent du froid et une sorte de défiance sur le but secret de nos leçons.

Les enfants ont souvent dans leurs actions des motifs louables et entièrement désintéressés ; ils sont surtout sensibles au bonheur d'être approuvés, d'êtres aimés et de leurs parents et de Dieu même. Mais quand on ne s'adresse pas à ces sentiments et qu'on présente la règle sèche, et une règle gênante le plus souvent, c'est aussitôt à l'idée des punitions

1 A praetieal Wiew of Christian éducation, in itt early Hageê, p. 28, 29, 30.

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ou des récompenses futures qu'il faut recourir. C'est même à celle des punitioDs principalement, car elle est la plus frappante pour l'enfant. Toujours elle se revêt à ses yeux de ces images matérielles qu'on ne le met que trop sur la voie de se' former, tandis qu'on ne présente à son espoir que des récompenses spirituelles dont il n'est pas dans sa nature de se réjouir. La peur domine dans toutes ces sortes d'impressions, et c'est le sentiment le plus nuisible au jeune âge. Il y a une vraie barbarie à en troubler la sécurité, et c'est aller visiblement contre l'intention divine. Pour dédommager l'enfant de la force dont il est privé, le ciel lui a fait don de la confiance : lui montrer un autre dieu que le Dieu bon, le Dieu paternel, c'est à la fois un mensonge et un blasphème ; c est même un acte d'un paganisme sombre et révoltant : car comment désigner la Divinité dont on fait sous un nom sacré un épouvantail à l'enfance?

Sans doute l'idée de Dieu ne saurait être séparée de celle de la sainteté ; nous fausserions dans un autre sens cette idée auguste si nous ne la présentions pas quelquefois sous un aspect sévère aux enfants. L'aversion de l'Éternel pour le mal, son courroux quand sa justice est outragée^ sont des conséquences nécessaires de ses attributs les plus bienfaisants. Il y a même une sorte de crainte qui accompagne nécessairement chez un enfant la persuasion qu'un pouvoir immense s'exerce pour maiutenir l'ordre dans l'univers, et y faire respecter la loi du devoir; mais une telle crainte est absorbée dans l'idée dominante de la bonté de Dieu, dans celle do la protection que sa justice la plus rigoureuse assure au faible, li est le père des petits enfants; il chérit, il garde ceux qui sont sages; il les exauce quand ils le prient, et les aide à lui obéir. Si, même involontairement, ils commettent quelque faute, il pardonne bientôt à leur repentir. Dieu sans doute déteste le mal, et ne peut s'associer au méchant; mais il aime sa créature, il lui ouvre ses bras aussitôt que par un regret sincère elle a banni les mauvais désirs de son cœur. Jésus-Christ a

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intercédé, il s'est sacrifié pour les hommes; en invoquant avec amour ce nom sacré, le coupable est pardonné, réhabilité même. Il n*y a plus de traces de son péché.

Telle est la doctrine tout évangéliquedonton peut donner un léger aperçu à Tenfant. La pensée de la toute-puissance d'un Dieu pur et saint, celle de Tamonr de ce Dieu, qui se proportionne aux efforts de l'enfant pour réussir à lui obéir ; cette pensée, dis-je, formera peu à peu sa moralité. L'influence des sentiments de piélé tendres et doux est naturellement plus salutaire, et elle est en même temps plus constante que celle des sentiments de crainte, puisque, grâce à la légèreté du jeune âge, il est bien aisé d'écJhapper à l'idée d'un Dieu qu'on ne voit jamais, et qui ne punit pas à l'instant.

Relativement à l'union si importante et si désirable de la i^ligion et de la morale ians l'éducation, il me semble bien essentiel de savoir au juste ce dont il s'agit. Sans doute, la seule preuve des progrès, je dirai de l'existence môme de la religion dans le cœur humain, se tire du pouvoir qu'elle exerce sur la conduite. Le point de vue moral est celui auquel il faut toujours revenir, parce que sous ce point de vue seul on juge de la sincérité et de la bonne direction désirées religieuses. Mais le propre de ces idées, c'est néanmoins de placer en première ligne les intérêts éternels, c'est de faire considérer l'accomplissement de nos devoirs ici-bas comme la condition nécessaire de notre union avec Dieu dans une autre vie. Si cet ordre est interverti, et qu'on se propose cette vie-ci pour but, fût-ce afin de la faire passer sagement et d'une manière honorable, on ôte à la religion toute sa force et sa vertu. Quand on la prend uniquement comme moyen, il résulte de là que le moyen manque. L'essence de la religion consiste dans l'amour de Dieu ; les intérêts étemels sont les intérêts de cet amour : inspirez donc un tel sentiment si vous voulez que la religion serve à fonder la morale; faites considérer le Tout-Puissant comme l'auteur de tous les biens,

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