‹ L'Education Publique et La Vie NationaleChapitre 10 sur 62 · XVI : INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI : INTRODUCTION

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est appelé a construire sa destinée librement, c’est-a-dire 4 mettre incessamment l'ordre dans le chaos d’instincts, d’impulsions aveugles, de velléités obscures, de nobles aspirations qu’il porte en lui, en un mot a extraire de l'homme apparent et naturel l'homme véritable et caché, seul digne de son auguste nom; et l'idée qu’aprés l’avoir concu, il est appelé par une vocation toute naturelle a le réaliser dans la vie ordinaire, et pour cela a se dompter, A se discipliner par de sévéres habitudes. Pareille vue de l'éducation, que peu d’hommes autour de nous oseraient contredire ouvertement, nous met, je pense, bien loin du naturalisme indulgent et sceptique de Montaigne qui assiége de toutes parts lesprit de notre génération, ainsi que du déterminisme absolu.

Un autre trait du credo contemporain implicite, c’est que la discipline morale, en méme temps qu'elle porte avant tout sur l’intérieur, sur la santé de l'A4me, comme disait le vieux Socrate, est séculiére, par opposition a Yascétisme ecclésiastique ou idéaliste. La vie présente est légitime, avec ses instincts fondamentaux; mais c'est une matiére que Vesprit doit pénétrer; & la supprimer ou a l’amoindrir il n’y a plus de morale réelle; mais 4 supprimer la morale, c’est-a-dire le droit supé- rieur de l’esprit, il n'y a plus d’humanité : dés lors la vie n’a plus de prix; ce n'est plus la vie humaine, elle rentre dans les cadres de l’Aistotre naturelle.

De méme, le principe de la responsabilité personnelle, qui, de l’aveu unanime, régit tout le domaine moral, et par conséquent, occupe la place d’honneur dans Ilenseignement laique, s’oppose a celui de la tutelle sacerdotale, le plus mortel des dissolvants pour les peuples et pour les individus, ainsi qu’a la simple discipline de l'usage,

INTRODTCTION. XV

de la coutume établie, des convenances mondaines, au dressage civil ou religieux des esprits. C'est ce principe qui porte l’éducateur 4 former des Ames vivantes, des caractéres, et hon pas seulement des exemplaires du type social accrédité autour de nous. Que lon joigne a ces idées le fait de la solidariié de tous, petits et grands, mieux compris, et venant en aide (sans toutefois le remplacer) au principe de fraternité par l’inévitable communauté des intéréts; la persuasion de jour en jour plus répandue que, dans la cité, nul ne peut a la longue vivre, prospérer, ni méme se perfectionner tout seul; que le sort de chacun, au physique et au moral, est lié au sort de tous, que nous périrons ensemble ou que nous nous sauverons ensemble,... en dénombrant toutes ces vérités de croyance ou d’expérience, je n'ai pas encore tout dit, mais j’en ai dit assez pour montrer que lame contemporaine n’est pas démunie, sans régle, sans défense, sans moyens d’existence. Car on ne peut nicer que tout cela ne se retrouve et ne vive en clle; qu'un pére de famille, un professeur de lycée ou un maitre d’école, un homme d’Etat ou un homme du monde n’y puisse faire appel avec la certitude d’éveiller un écho. Si ce n’est pas un credo dogmatique, ce sont pourtant des croyances réputées généralement monnaie de bon aloi et de cours loyal. G’est pourquoi, sans me faire illusion sur |’étendue ni sur la profondeur des résultats acquis, jestime que la. prédication (j’emploie le mot a dessein) de l’école, celle des nombreux et ingénieux manuels de morale, celle des intructions ministérielles, des inspecteurs dans leurs conférences, des instituteurs dans leurs classes, n’est pas restée infructueuse. L’enscignement primaire, personne n’y contredit, a éveillé une multi-

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