‹ L'Education Publique et La Vie NationaleChapitre 17 sur 62 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

entendu, la crainte del’opinion, celle du ridicule, le souci du convenable et du bienséant. L’école ne proscrit aucun de ces agents de moralité, tout en les subordonnant de son mieux au mobile rationnel, celui du devoir pur. Elle fait comme le pére de famille : elle dégrossit, dégage peu a peu de |’animalité le jeune enfant; elle le civilise, © l’humanise par tous les moyens dont elle dispose; et si elle ne se croit pas incapable ni indigne d’aider a le convertir, c’est-a-dire d’accomplir dans le caractére un changement profond et durable, elle sait pourtant que les conversions sont rares sous tous. les régimes d’éducation, et ce n’est pas elle en tout cas qui se glorifie’des conversions en masse. Au reste, M. Renouvier ne se fait pas illusion. « La religion, dit-il,en son état actuel, peut fort peu de chose pour l'éducation. » Le mot est juste, mais il ne cache aucune intention dénigrante, dont les Eglises aient lieu de s’offenser; car ce fort peu méme mérite d’entrer en ligne de compte, et tout nous invite, les uns comme les autres, gens d’école ou gens d’église, a étre modestes.

L’école fait ce qu’elle peut; si elle ne fait pas davantage, cela ne tient pas seulement 4 des raisons pour lesquelles, maitres et inspecteurs, nous serions disposés 4 faire notre sévére examen de conscience, pédagogique ou moral; c’est surtout que la loi de sincérité intellectuelle est notre loi supréme, et qu’il ne nous est pas permis d’affirmer, de dogmatiser la ot des motifs légitimes commandent a4 tous les esprits libres de notre temps de nier, de douter, d’attendre. Je conviens que cette maniére de voir parait étrange & beaucoup de gens en France, méme de gens éclairés; elle est pourtant, si jose le dire, d’une moralité élémentaire; et c’est pour

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cela qu’on la trouvera développée a toutes les pages de ce livre. C’est une erreur pernicieuse de croire que le régime de la sincérité; dans l’éducation comme dans la religion et dans la philosophie, soit préjudiciable 4 un peuple. Sincérité, c’est virilité; et je ne me lasse pas de dire, parce que c’est 4 mes yeux une vérité capitale d'ot dépend l'avenir de notre pays, que dans la compétition universelle l’'avantage est assuré aux peuples qui auront eu le courage et la force de secouer l’absolutisme politique ou religieux, d’asseoir fortement la liberté au for intérieur, et, tout en gardant sous bénéfice d’inventaire Vhéritage religieux et moral du passé, de prendre en leurs propres mains le gouvernement spirituel. M. Renouvier ne nous désavouerait pas si nous ajoutions que c’est ce régime de sincérité, pratiqué raisonnablement et sérieusement, sans libertinage d’esprit, qui est le plus propre 4 favoriser a la longue |’éclosion et la propagation des croyances motrices de la vie.

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