EDUCATION MORALE
J'ai parlé ailleurs (écoles de Bordeaux) des secours que nous devons demander aux chefs-d’ceuvre de notre littéralure, & la poésie surtout, pour l’éducation morale. Si le sens moral et religieux consiste surtout dans l’hommage de respect, de soumission, rendu 4 meilleur que soi, a Vidéal, au bien, et en derniére instance A I’Etre parfait, quoi de plus propre a l’éveiller que de faire appel au sens de Vadmiration pour ce qui est beau, beau de pensée, de sentiment, de forme, d’ordre; pour tout ce qui, en dépassant notre niveau vulgaire, nous sollicite 4 sortir de nousmcémes et 4 monter plus haut. Reconnaissons ici une Jucune immense, que je me borne a indiquer : la religion olticielle, dogmalique ge retire de nos écoles, et rien encore ne vient tenir sa place; la morale ne fait que d’apparailre sur le seuil; l'art, sous ses diverses formes, mais en particulier sous la forme éminemment éducatrice de la poésic, ne remplit A aucun degré son office de haute culture. Le chant méme, le chant choral, qui a toujours été Yinstrument par excellence de l'éducation religieuse, moralc, patriotique, n’existe pour ainsi dire nulle part dans nos écoles du sud-ouest.
I] vu sans dire que ce n’est pas 4 l'instituteur ni méme a Pinspecieur primaire qu’il faut demander des réformes si complexes et si délicates : elles doivent venir de l’école
normale, ot elles ne sont pas méme a Yordre du jour. Pourliul disons-nous bien que dans la crise difficile ot sont aujourd’ hui engagés les peuples européens, l’influence
“ieglise déclinant et les anciennes habitudes de famille
s'affaiblissant, une trés grande partie du peuple ne peut guéré attendre que des écoles primaires le viatique moral indispensable & ses enfants. C’est 14 une responsabilité redoutable, dont il ne nous est possible de nous décharger sur personne; mais un tel office, je le répéte, suppose chez les maftres une éducation préalable qui n’est qu’ébauchée, avec des moyens d'action, livres, procédés, etc., qui sont encore incomplets ou mal éprouvés.