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ECOLES PRIMAIRES SUPERIEURES

J’ai dit plus haut (voir surtout le rapport sur les Basses- Pyrénées) ce que je pense de nos écoles primaires supérieures; elles se multiplient au hasard, et l’enseignement s’y donne sans plan régulier. Ni les directeurs (presque tous brevetés du degré supérieur), ni les inspecteurs prinaires, ni les inspecteurs d’Académie ne savent trouver leur voie en cette question; je devrais phutét dire qu’ils ne Ja cherchent pas. On repasse le programme de la 1° classe primaire; on éludic lorthographe, la grammaire, la géographie et l'histoire de France, l’arithmétique; on y ajoute deux, quatre, six, sept livres de géométrie, des notions de sciences naturelles et des exercices de style. Tout cela est bon, mais il n’y a pas 1a trace d’une éducation réguliére. La partie littéraire notamment est fort négligée. L’histoire ancienne et l'histoire moderne (en dehors de Vhistoire de France) n’occupent pas la place, restreinte mais réguliére, qui leur appartient. Les observations que j’ai présentées plus haut sur l’action peu profonde de l’enseignement primaire trouveraient ici leur pleine application.

Il faudra se décider & introduire dans ce chaos un peu dordre, a arréter des programmes assez simples pour s’approprier aux besoins locaux, & exiger des maftres un brevet spécial, on, sinon, a introduire dans examen du brevet supcéricur des épreuves thcéoriques et pratiques spéciales qui témoignent de Vaptitude supérieure des maitres. — Je maborde pas ici la question de savoir s’il convient de coustitucr une école supérieure complete dans chaque canton, ou sil suffirait den créer une ou deux dans chaque arrondissement et dencourager dans les divers cantons l'établissement dune premiere année supérieure qui acheminerait, par les voies régulicres du programme officiel, aux cours de 2° et 3¢ années, organisés dans l’école supcrieure complete.

Je signale, en passant, le préjudice grave que beaucoup décoles supéricures causent aujourd@hui aux écoles élé-

-entaires en recevanl des enfants dun age inférieur a

douze ans et non munis du certificat d’études, c’est-a-dire presque tout le personnel des. éléves de la 4" division. Cest un abus qui découragerait nos mattres, s’il venait a sétablir; mais il sera facile de le réprimer lorsque l’Université aura pris en mains la direction effective de ce mouvement. .

Je termine, Monsieur le Ministre, par une bréve considération. Si on veut que notre état démocratique ne soit pas, comme le disent ses détracteurs, un régime de médiocrité d’esprit, de vulgarité des caractéres, c’est-a-dire de décadence, mais plutét un régime de rajeunissement social, il n’y a pas de temps @ perdre : il faut a tout prix joindre, mieux que nous n’avons su le faire jusqu’a présent, Al’instruction l'éducation. Or cette éducation réclame des principes, des méthodes, des livres, des procédés et surtout des maitres bien préparés. J’ai la persuasion que Yeuvre, ainsi envisagée, n’est pas impraticable 4 l’esprit laique; mais 11 n’y a point d illusion a se faire : elle est immense, elle est ardue, et, quels que soient les efforts déja tentés et les résultats obtenus, on serait porté a croire que nous y avons a peine mis Ja main.

Notes d’inspection générale (1894) !.

Je voudrais réunir en quelques notes les observations générales que j’ai recueillies au cours de ma récente tournée. Je ne prétends aucunement tracer un tableau bien coordonné, encore moins un tableau complet de l’état de notre enseignement primaire; 11 me suffira de marquer un certain nombre de points saillants qui ont attiré mon attention dans les écoles normales et dans les écoles supérieures, complémentaires, élémentaires. On ne s‘étonnera pas de voir se répéter, 4 ces divers degrés de notre organisation, des remnarques, & mon avis importantes, qui leur sont communes.

La premiére de toutes, pour le dire a l’avance, c’est que cette communauté, soit dans les écoles normales, soit dans les écoles inférieures, va trop souvent jusqu’éa l’uniformité et 4 labsence d’originalité propre. Mémes programmes, cela va sans dire; méme répartition des matiéres; mémes livres de classe; et mémes procédés généraux de lecons, de questions, de corrections, d’exercices; ce qui est en grande partie inévitable, 4 quelques égards obligatoire, et d’ou résultent sans doute de précieux avantages. Mais on peut s’étonner et regretter qu’une école, surtout une école normale, avec ses professeurs gradués, ressemble si fort a

4. M. Spiller, alors Ministre de l’Instruction publique, ordonna la publication de ce Rapport.

l’école voisine, et que ni dans l’esprit, ni dans les procédés particuliers des divers enseignements, ne se laisse assez voir effort libre vers le mieux. Si la moyenne générale, réglée par des instructions officielles, est satisfaisante, on a d’autre part de la peine & déméler la physionomie particuliére d’un établissement ou d'un enseignement. On en vient alors 4 se demander jusqu’é quel point ces appareils scolaires qui fonctionnent si réguliérement, si correctement, peuvent étre considérés comme des organismes vivants, et étre comptés parmi les forces actives, indépendantes, qui, en temps ordinaire, concourent a préserver un pays de déchoir, et qui, aux heures critiques, contribueraient 4 le sauver des mortelles défaillances. On voudrait étre sdr que, dans ce grand nombre de fonctionnaires instruits, laborieux, honnétes, il y a beaucoup d’hommes capables de penser par eux-mémes et de réaliser leur pensée, capables d’avoir de l’initiative dans les choses de leur ordre et d’imprimer leur marque durable dans les esprits et dans les caractéres. Quelle décentralisation aurait la portée de celle-la pour la vie réguliére de notre peuple, etau besoin pour son salut? Car de tels hommes en susciteraient d’autres, animés du méme esprit et semant partout la vie.

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