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ECOLES ANNEXES

Je n’apprendrai rien 4 personne, et j’espére n’offenser personne, en disant que nos écoles annexes sont encore loin de répondre pleinement a leur destination. ll se faita . la vérité dans plusieurs, dans la plupart méme, de grands efforts, qui ne restent pas stériles pour l'éducation profes- ~onnelle des éléves-maftres. Mais d’abord, le nombre des

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éléves est souvent trés au-dessous du chiffre que réclamerait un bon apprentissage soit de l’enseignement, soit de la discipline primaire; il est au-dessous du chiffre des écoles ou des classes que les jeunes maftres auront a diriger dés leurs débuts. A ce mal l’on ne peut, sauf meilleur avis, remédier quen substituant une école communale d’application a Pécole annexe, ou mieux encore, dans certains cas, en fortifiant celle-ci par des exercices périodiques de lecons ou.de direction de classe que les éléyes-maitres iraient faire dans lécole municipale, sous le contréJe du directeur de l’école normale ou du directeur de l’annexe.

A part méme ce vice en quelque sorte organique de quelques écoles, il faut signaler dans un grand nombre (toute justice encore une fois rendue au zéle parfois ingénieux des maftres et maftresses) une double lacune trés sensible : celle d’un ensemble de principes, d’un dessein d’éducation nettement concu qui préside 4 tout l’enseignement et qui inspire tous les conseils pédagogiques; et aussi le peu d’initiative, de recherche du mieux, dans le choix des moyens d’enseigner, tels que correction des compositions francgaises, choix des morceaux littéraires a réciter, leur fréquence, leur revision; choix des livres de lecture, et place centrale donnée a la lecture expliquée dans la journée scolaire, etc. Ce qui est plus grave encore, cest que le méme défaut déja signalé dans les études de ’école normale reparait ici : la legon orale ou la lecture, si bien préparée qu’elle soit par le jeune maitre avec aide du directeur, est rarement semée de questions et d’explications propres & ouvrir intelligence autant qu’a éclairer la matiére. On t&che de faire savoir, et méme de faire comprendre : mais cette compréhension et ce savoir, faute de rapprochements et d’exemples empruntés aux choses famili¢res & Péléve, restent verbauz, superficiels, impropres 4 la culture de Yesprit ou sans profit pour la vie réelle qui attend enfant. Ou bien encore, faute d’exercices écrits courts et précis, reproduisant en quelques lignes telle ou telle explication importante, le maitre perd en grande partie sa peine, et l’impression fugitive s’elface

SE nN Eee Ae ee ee ee bientot. Perfectionnement incessant de l’apparetl d’enseigner avec tous ses organes, au service et sous l’excitation d’un dessein arrété de culture morale, intellectuelle, nationale, ct non pas seulement d’instruction, ¢’est ce double inlérét que je voudrais voir si présent a lesprit des directeurs que nos jeunes maitres en emportassent dans Jeurs plus humbles écoles la vive tradition avec le gout de da conlinucr par eux-mémes.

Ce n'est pas sans intention que j’ai parlé de Ja place centrale quit convient de réservyer dans nos écoles de tous degrés a la lecture; bien entendu a la lecture accompacuce des explications de mots, de formes, d’idées, de sentiments, que comporte VPage de l’éléve. Entre tous les principes généraux que je voudrais voir présider 4 la pédagogie de l’école annexe, l'un des principaux a mon gré, sinon le principal, serait celui-ci : que |’éducation, ou, $i Yon yeut, la bonne instruction, n ‘ast pas une simple juxtaposition de matiéres, d’ailleurs bien enseignées; elle doil étre, pour porter ses meilleurs fruits, une sorte d’organisiice vivant ou certaines parties se subordonnent a @autres, celles-ci servant d’appareil moteur, ayant droit, par couséquent, & occuper la premiére place, Et quelle autre partie mériterait d’étre le ceur méme de l'éducation primaire, sinon la langue maternelle, avec sa grammaire el ses beaux textes de prose et de poésie, de poésie sur-: toul, lus, expliqués, en partie récités? Tout le reste, n’hésitons pas a le dire, quelle qu’en soit Vutilité pratique ou éducative, doit se resserrer autant qui] sera besoin pour faire une place guffisante aux exercices intelligents de Jangue,

Me scra-t- permis de dire, avant de quitter ce chapitre, que nos deux Ecoles Normales Supérieures ne sont pas sans avoirleur part de responsabilité en ce qui concerne les écoles annexes? Peut-étre que, pressées elles aussi par le lerips, ne disposant que de deux courtes années pour former des professcurs de sciences ou de lettres, mais aussi trop Cloignées de Phumble école primaire, qui est pourtant leur unique raison @étre, elles n’ont pas pu inculquer assez

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fortement & leurs éléves cette idée qu’ils se doivent tout entiers a l’éducation des enfants; qu'il leur appartient a tous, dans leur ordre respectif, d’y préparer leurs propres éléves; et que la forte culture libérale qu’ils ont recue a Paris, comme celle qu’é leur tour ils donnent aux jeunes instituteurs ou aux inStitutrices, n’a pas d’autre objet que de les rendre, les uns comme les autres, capables d’enscigner plus sitnplement les rudiments de toutes choses. « I] faut & Pinstituteur une instruction supérieure, a dit Vinet, pour #’élever jusqu’a la simplicité. C’est lorsqu’on est savant qu’on est le plus capable d’étre simple. » Combien il est regrettable qt’a défaut d’une école normale primaire annexs avec son école d’application, nos établissements supéricurs de Saint-Cloud et de Fontenay n’sient pas été pourvus a l'origine dune école primaite annexe, ot professeurs ct éléves, en voyant de leurs propres yeux 4 quelle fin doit aboutir par un long circuit Vinstruction supérieure, auraient eu sans cesse l’occasion d’apprendre a transposer telles ou telles parties de leur enseignement, et d’abord d’en contracter le godt!

Enfin, je Soumettrais volontiers 4 l’examen de mes collépues et de administration supérieure une idée qui s'est présentée plus d'une fois 4 mon esprit dans mes visites aux écoles annexes. Serait-cé une garantie sans valeur pour lc recrutement des directeurs et directrices de ces écoles d’exiger des candidats qu’en outre du certificat de professeurs, ils eussent & subir l’épreuve pratique qui occupe une place notable dans l’examen de la direction des écoles normales? Cette épreuve ne les obligerait-elle pas de se familiariser & ’avance avec les programmes, les instructions, les procédés et la pratique de l’enseignement primaire?

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