INTRODUCTION. IX
inconsciente, instinctive, en un peuple capable d'exa--; miner et de réfléchir; capable de raison et de justice: capable par conséquent de se gouverner. II fallait pour cela éveiller chez tous les enfants de la cité, avec l'intelligence, le sentiment de la dignité personnelle, joint & celui de la responsabilité morale ; les disposer a penser librement, a bien penser et'& penser d’accord entre eux dans les questions essentielles de la vic publique et de la vie privée,-& respecter et 4 aimer les mémes choses, a s’incliner devant la loi commune.
Un des traits caractérisliques de cette haute conception de salut social et d’'intime rapprochement entre les classes, c’est que l’on a fait appel 4 Ja seule aristocratie restée debout parmi nous, 4 celle de Ja science et du talent, pour collaborer. activement de parole, de conseil, d'écrits, & la fondation et & la direction des cuvres nouvelles, =
J'ai dit le dessein général. L’un de nos derniers ministres de l'Instruction publique le résumait dans une lettre privée par un mot plein de signification « Retrouver, avec l’Ame de I’école, lame méme du pays », Ame dispersée, divisée, incertaine, contradictoire. C’est le méme souci patriotique et populaire qui pénétre toute la pédagogie de ce recueil, mais sans mélange d’infatuation nationale ni de haine ou de dédain pour l’étranger. Si elle s’étudie 4 faire de nos jeunes plébéiens des Francais, elle veut d’abord en faire des hommes.
Oui, des hommes, au plein sens du mot, que l'on trouvera mis en lumiére dans tous les morceaux qui
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vont suivre, S’il est vrai, comme je le pense, que la plus haute civilisation, dont les Ages successifs poursuivent a tatons l'idée et la réalisation, soit celle qui, en procu rant & tous les membres de la cité le minimum indispensable de bien-¢tre, et en élevant le niveau des mceurs générales, réussit a susciter une élite d’esprits vigoureux, d’Ames généreuses, de caractéres énergiques, capables d’initiative et au besoin de résistance, c’est aussi le but que doit se proposer une fone ete digne de ce nom.
Vigueur d'esprit, vigueur de caractére, c'est de quoi, s'il faut en croire les voix les plus diverses, nous sommes le moins pourvus, c’est de quoi l’on reproche 4a la famille et & l’école de ne pas assez s’inquiéter. Seulement il arrive chaque jour, par la plus étrange des inconsé-. quences, que les mémes écrivains qui se plaignent de la faiblesse des caractéres, s’élévent contre les institutions et les doctrines les plus favorables a la restauration de l'énergie individuelle, leur reprochant, tantét d’étre trop individualistes et de faire violence au génie de notre race, tantot d’encourager l’esprit d'indiscipline. Pour nous, au contraire, nous tenons pour certain qu'il n’y a pas de société forte, pas de nation solide et assurée de vivre, si elle n’a pas d'abord formé, a tous les degrés de l’échelle sociale, une élite assez nombreuse d’individus robustes d’esprit et d’ame, si I"éducation ne s'’applique pas d’un effort constant 4 leur procurer en quelque mesure a tous santé, force, aptitude a se suffire, a oser, a entreprendre, 4 persévérer, et d’abord aptitude a se régler eux-mémes. Et nous sommes également certains que
‘-gt tre fidéles au meilleur, au plus ancien génie de ‘e race comme A son intérét vital que de faire inces-