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LECOLE ET L'EDUCATION POLITIQUE

cation politique populaire, si le trés grand nombre échappent au bienfait d’un enseignement prolongé au dela de Venfance, ne nous reste-t-il donc qu’a laisser agir les causes naturelles, les influences multiples, contradictoires ou neutres, qui s’entre-croisent au-dessus des jeunes générations? A: quelle porte frapper? sur quoi de réel, de vivant appuyer notre levier d'action pour faire entier dans l’esprit public quelques-uns au moins de ces partis pris, de ces sentiments généraux qui nous ont paru essentiels au bon jugement civique?

Redoutable question, puisqu’elle nous invite presque a chercher un point d’appui en dehors de ce que le passé et le présent nous offrent de plus réel et de plus universellement agissant. Bien léger serait celui qui proposerait une réponse certaine et 4 bréve échéance. Disons toutefois aveo M. Secrétan : « On tente beaucoup; content de faire peu, pourvu que ce soit quelque chose. Et ddt-on n’arriver 4 rien, encore ‘parlerait-on, car il faut parler. »

Il est vrai, on entend dire souvent que |’éducation politique n’est pas l’ceuvre d’un jour; quelle se fait lentement et pour ainsi dire d’elle-méme, a travers des expériences prolongées de toute sorte; que la nétre se poursuit selon la méme loi, qu'elle ira se complétant peu a peu et se rectiflant, en vertu des forces inhérentes 4 notre race; qu'il serait vain de prétendre l'accélérer, et que la sagesse est plutét de savoir attendre sans jamais désespérer.

Ceux qui pensent ainsi — et ils sont nombreux parmi nous — ne songent pas assez en quelles circonstances nous vivons et quelle est la situation présente de notre pays. Ils oublient que nous avons commencé l’apprentissage régulier des libertés publiques il y a plus de cent ans et |’apprentissage de la démocratie il y a cinquante ans, sans que nous puissions encore nous flatter d’un progrés notable et définitif de Yesprit national. Ils oublient encore qu'il ne nous est pas permis, comme il le serait & un peuple insulaire et isolé du reste de l'Europe, de compter sur les siécles pour accomplir nos expériences intérieures. Nous sommes une nation continentale, en contact immédiat avec

d’autres grandes nations, entourés de rivaux ou d’ennemis, sans cesse menacés d’une guerre terrible, qui mettra en question notre rang de grande puissance, et qui, heureuse ou malheureuse, peut interrompre ou troubler pour des raisons diverses notre développement politique. C’est pourquoi nous dirons, nous aussi, et de tout notre cceur, « qu'il ne faut jamais désespérer »; que désespérer ne serait pus seulement une faiblesse, mats une erreur, tant il y a de ressources cachées dans l’esprit, dans le caractére, dans les habitudes civiles ou domestiques de notre race : mais 4a une condition néanmoins, c’est que nous ne laissions s’écouler ni les années ni les occasions, lesquelles peuvent ne pas revenir, et que nous travaillions de toutes nos forces 4 former un esprit public, comme si le lendemain ne nous appartenait pas.

La question revient donc plus pressante. A qui nous adresser pour accomplir le mieux ou le moins mal possible la tache urgente de l'éducation politique, au sens large et moral du mot? A qui, l’on ose a peine le dire, sinon a cette humble et toutefois grande puissance de l’école, qui ne représente, il est vrai, que la société elle-méme, mais la société: dans sa fonction enseignante, c’est-d-dire supérieure 4 elle-méme, s’appliquant d’un effort sincére autant que modeste a extraire de son intime fond ce qu’elle a de meilleur en fait de croyances instinctives ou réfléchies, en fait d’idéal moral et social; — & Vécole primaire a ses divers degrés, déployant tous ses moyens, l’intelligence et le bon vouloir de ses maitres, pour atteindre a travers les éléments du savoir l’4me de l’enfant et y jeter a pleines mains des semences de bon sens et de bons sentiments, dont queiques-unes au moins léveront a un Age plus avancé; — al’école primaire se prolongeant le plus loin possible en legons d’adultes, en conférences, en entretiens familiers sur divers sujets, et, &4 mesure que l'enfant devient adolescent et approche de l’Age d’homme, l’initiant a la responsabilité et aux vertus du citoyen; — A l’école élémentaire ou supérieure, mais aussi a l’école secondaire, mettant a profit (peut-étre plus qu’elle ne l’a fait jusqu’a

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