‹ L'Education Publique et La Vie NationaleChapitre 53 sur 62 · LETTRE A M. LE PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS (SEINB · texte numérisé non relu

LETTRE A M. LE PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS (SEINB

Mon cher Monsieur,

Vous me faites Vhonneur d’insister pour que je vous envoie quelques lignes, en témoignage de la sympathie que je ressens et que je professe bien haut pour votre ceuvre. Que puis-je vous dire d’autre que ce que je vous ai déja dit en plus d’une occasion : c’est que vous faites 4 Paris, vous et vos amis, ce que tous les instituteurs et en général tous les hommes de quelque instruction et d’un peu de bon vouloir devraient se hater de faire sur tous les points de la France, dans les petites villes comme dans les grandes, et dans les campagnes comme dans les villes. Vous ne vous contentez pas d’étre aux heures scolaires d’honnétes distributeurs de grammaire, d’arithmétique, Whistoire, de géographie, etc., livrant 4 des éléves de loyale marchandise; vous avez cru que, la classe terminée et votre devoir réglementaire acquitté, il vous restait encore un devoir de tutelle affectueuse 4 remplir envers vos éléves sortis de l’école, déja4 soumis aux tentations et aux hasards de la vie, de la vie de grande ville. Vous et vos amis, aprés des journées fatigantes, vous savez prendre plusieurs fois par semaine sur la soirée de famille pour réunir vos adolescents, converser familiérement avec eux, leur donner une part de votre affection, de votre expé-

rience, de vous-méme, et non pas seulement une part de vos connaissances.

En liant avec eux un commerce familier et désintéressé, vous leur ménagez une sorte de climat plus pur, plus sain, plus fortifiant que l’air ambiant des grandes villes. Sans dogmatiser, sans faire de legon en forme, vous leur apprenez par votre exemple a se respecter eux-mémes et entre eux, a-respecter ce qui est respectable, 4 observer la décence dans leur langage et leur tenue, a se plaire a des divertissemenis honnétes; vous favorisez de tout votre pouvoir le godt et Yhabitude des bonnes lectures, et en méme temps vous leur procurez les moyens de se perfeclionner, soit dans une étude particuliére et utile, soit dans un art d’agrément. Vous les traitez en famille adoptive; vous organisez des excursions & la campagne, comme ferait un pére intelligent; vous les aidez par le conseil et par des démarches & trouver un gagne-pain. Enfin votre ambition n’est pas de les tenir sous une étroite et perpétuelle tutelle; mais au contraire de leur apprendre a se gouverner eux-mémes selon la raison, & se conduire en hommes et en bons citoyens.

Me permettez-vous de vous le dire, Monsieur, en faisant ainsi vous avery déja votre récompense, que je ne puis me défendre de vous envier. Vous vous donnez sans doute beaucoup de psine, yous vous privez de beaucoup d’agréments de société ou de famille, ainsi que de commodites, ct il se trouvera des gens pour dire qu’a faire tant de zele vous faites métier de dupes; c’est au contraire mon trés vif et assuré sentiment, qu’é tout prendre vous avex choisi le bon lot, le meilleur méme, parce que vous étes dans le vrai, dans le plus vrai de la destinée humaine, qui n’est pas de se reposer, de s’amuser et de jouer, méme honnétement; muis d’agir, de vivre avec les autres et pour les autres, de travailler & une w@uvre qui dépasse notre intérét individuel et qui nous éléve jusqu’a elle.

Pidt au ciel que des foyers dhonnéte Civilisation, tels que celui que vous avez constitué parmi les enfants du peuple de Paris, se multipliassent sur tous les points du

Page 1