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LE PATRONAGE DES JEUNES ADULTES

territoire. Ce qui manque le plus 4 notre pays (vous le savez et vous avez eu mille occasions de l’observer dans votre cercle d’action)? ce n’est: pas Vintelligence, mais Yinitiative; Vinitiative individuelle ou collective, déterminée par une ferme conviction morale, politique, religieuse, sociale. On s’est habitué chez nous dans le cours des siécleg — mais particuliéremeut des trois derniers — a s’en remettre du spirituel sur l’Eglise, c’est-a-dire sur le clergé, et du temporel sur le gouvernement, monarchie ou empire. Et aujourd’hui que l’autorité du clergé dans l’ordre spirituel, notamment dans l’éducation morale de la jeunesse, est trés réduite, c’est chose frappante de voir. avec quel empressement |’esprit public, obéissant 4 son inclination séculaire, prétend se décharger sur l’école toute seule du soin de moraliser les enfants, et par eux de réformer les mceurs de la nation. Au maftre d’école de former une honnéte jeunesse, comme au prétre de prier et d’offrir le Saint Sacrifice au lieu et place des laiques.

L’erreur serait plaisante si elle n’était funeste dans ses effets. Non, personne, ni clergé, ni instituteur, ne pourra dispenser une société qui veut se sauver de l’effort de se sauver elle-méme. On prétend que nous nous chargions, nous seuls, d’inculquer dans nos écoles les idées, les sentiments, les habitudes, qui font la vraie moralité; et lon se réserve de publier, de lire, de godter des écrits propres a nourrir les passions ou a favoriser le vice; l’on est indulgent pour l’adultére et le libertinage, et pour les drames qui en remplissent les yeux et Vimagination des spectateurs, mais l’on veut que nous en dégoidtions la jeunesse; des péres et des méres de famille qui se donnent a eux-mémes toute liberté de propos, de lecture, de vie, prétendent que l’enfant soit élevé dans un tout autre climat, sans qu’il leur en cotte, a eux, la moindre réforme personnelle.

Et de méme dans I’éducation des adolescents et des adulles. On attend du gouvernement, sorte de Dieu visible que par ses maitres d’école il les suive avec sollicitude jusqu’a l'dge viril, les isolant en quelque sorle de lair

ambiant, saturé de tentations, de mauvais exemples, de mauvaises doctrines, d’images pervertissantes; mais la généralité des citoyens, j’entends de ceux qui ont de I’instruction, de l’aisance et quelque loisir, ne se croient pas tenus de participer eux-mémes activement, de leur bourse, de leur nom, de leur présence, au besoin de leur parole publique, au salut de la société menacée de désagrégation morale. C’est nous, c’est le clergé laique que cela ‘regarde.

Eh bien, il n’est que juste sans doute de faire appel a ce clergé-la, et l’on a lieu d’attendre, s'il vaut quelque chose, si ’honneur et le devoir sont parmi nous autre chose que des mots sonores, qu’a l’exemple de l’armée nous donnions sans compter de notre temps, de notre peine, de notre vie. L’officier ou le soldat ne regoit jamais en argent le salaire des périls qu'il court; il s’acquitte de son service, jusqu’a la mort inclusivement, sans réclamer une rétribution supplémentaire. Ainsi doit-il en étre de l’instituteur dans VYordre de ses modestes et nobles fonctions; votre association montre tous les jours, et depuis longtemps, que Vinstituteur digne de ce nom ne marchande pas son concours, que lui aussi sait prodiguer du travail supplémentaire, rien que pour l’honneur professionnel et pour le devoir social.

C’est un bon exemple qu’elle donne aA tous les membres de l’enseignement; elle le donne aussi aux bourgeois; et de fait ila été suivi autour de vous, 4 votre instigation, par bon nombre de commergants, d’industriels, d’hommes des professions libérales qui, eux aussi, se tiennent pour obligés envers l’ceuvre du patronage des fils du peuple. Pourquoi votre initiative et la leur sont-elles si rares? Pourquoi ne se produisent-elles 4 peu d’exceptions prés que dans les grandes villes? Pourquoi ne voit-on pas se grouper partout autour de chaque école les notables du lieu? Pourquoi les riches — et il y en a, Dieu merci, en assez grand nombre en France — ne regardent-ils pas comme un privilege de la fortune de fonder ou d’encourager, en s’y mélant en personne, des ceuvres qui préparent et

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