LE PATRONAGE DES JECNES ADULTES
servent l'avenir du pays? Pourquoi les opulertes donations, destinées a susciter de nouvelles forces vives au sein de la nation, sont-elles si nombreuses dans la société laique en Angleterre et aux Etats-Unis, et le sont-elles si peu dans la nétre? Pourquoi une association telle que la votre, recommandée par de longs services, est-elle si mal soutenue? Pourquoi n’a-t-elle pas encore un chez s0i, réduite qu’elle est & demander une hospitalité de faveur dans des locaux publics, les jours ot ces locaux sont disponibles? :
Quoi qu’il en soit, vous allez de l’avant, vous agissez, appelant 4 vous tous les citoyens de bonne volonté, excitant de votre mieux dans la classe moyenne qui vous entoure le sentiment du devoir social, et vous effagant pour laisser les places d’honneur Aa ceux qui consentent a vous préter leur nom et leur aide matérielle. On devine combien il vous faut de démarches, de diplomatie, d’efforts laborieux pour constituer vos comités, pour composer vos cadres, pour vous ménager les instruments indispensables d'action. J’admire aussi la variété des moyens d’instructions et de divertissement que vous avez su organiser. Les jeunes gens, a coup sar, ne perdent pas leur temps, non plus quwils ne s’ennuient dans vos réunions du soir, au Gymnase Voltaire ou ailleurs. Et certes, vous avez bien raison de ne pas les tenir au régime exclusif de la conférence ou du préche. Jeunes ils sont, et par-dessus le marché Frangais; qu’ils restent jeunes et Frangais, c’esta-dire gais, vifs et sociables. Votre présence assidue et désintéressée au milieu d’eux est la meilleure legon de morale quils puissent recevoir; ils apprennent par 1a, mieux que par les plus éloquents discours, ce que c’est que la solidarité fraternelle, et comment chacun doit s'employer pour tous et tous pour chacun.
Et cependant il faut leur parler; c’est votre devoir. Leur parler, c’est-a-dire leur livrer libéralement le meilleur, le plus sr de votre expérience d’hommes et de citoyens, ce (que vous confierez dans vos meilleures heures 4 vos propres
cufants. Je dis leur parler ruison et non pas seulement les
instruire de choses utilisables ou méme les distraire. Ce scrait leur manquer de respect, de justice, que de ne pas les traiter en hommes, c’est-d-dire en étres appelés au noble métier de penser et de se conduire selon la raison; or, ce métier-la, le plus difficile de tous, s’apprend; et c’est a vous, & vous seuls, hélas! puisque d’autres ne s’en chargent pas, qu'il appartient de l’enseigner, non pas sans doute en orateurs ni en docteurs, mais en bons péres de famille.
Oserai-je vous donner & ce sujet up conseil, un seul : mais, & mon avis, capital? Parlez 4 vos jeunes gens aveu une entiére franchise, sans déguisements ni flatteries. Dites-leur la vérité en tout, A mesure que l’occasion se présente : en morale, en histoire nationale, méme en politique et en économie politique; car bien que vos réglements vous interdisent les discussions politiques vous ne pouvez pas ne pas toucher dans vos entretiens aux conditions générales et essentielles d’un Etat libre et d’une Société juste.
En morale, ne craignez pas d’aller au vif des choses, comme vous feriez avec vos fils. Dissipez sans fausse indulgence les sophismes trop répandus parmi nous, qui émoussent et altérent la conscience de notre jeunesse. Apprenez-leur a respecter la femme, méme celle qui ne se respecte’ pas, et 4 respecter leur propre jeunesse, corps et Ame, au lieu de la traiter comme chose vile et de l'user prématurément en des plaisirs ot Tamour, c’est-a-dire lame, n’a aucune part. /
Quand vous leur parlerez de l'histoire nationale faitesleur honorer, aimer notre race pour ses qualités généreuses, pour son courage, pour sa noblesse chevaleresque, pour sa promptitude a s’enflammer'pour de grandes causes, pour ses dons de propagande, pour la faculté qu’elle a de se relever de ses plus graves chutes, pour sa merveilleuse sociabilité, pour sa langue claire et nette, pour ses aptitudes pratiques, etc. Oui, faites qu’ils aiment leur famille francaise ct qu’ils soient fiers de lui appartenir. Mais ne leur dissimulez pas, en particulier quand vous leur racon-