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LE PATRONAGE DES JEUNES ADULTES

terez les grands événements de I’histoire contemporaine, que nous avons eu entre tous les peuples un triste privilége, celui d’essuyer des malheurs qui dépassent l’imagination et qu'il ne faut jamais oublier. Il n’est arrivé & aucpne nation de traverser, dans le cours d’un méme siécle, des aventures telles que la retraite de Russie, la capitulation de Metz et de Sedan, les incendies de la Commune. Aucune n'a connu le Césarisme succédant deux fois 4 un régime de liberté réglée. Qu’ils sachent donc, vos jeunes gens, les citoyens et les soldats de demain, que si nous avons de rares qualités qui ont fait de nous un grand peuple, nous avons des défauts, déja anciens et inhérents 4 notre tempérament, qui nous ont mis plus d’une fois & deux doigts de notre perte, sans compter le déshonneur, et qui nous exposent dans l’avenir aux mémes périls, si la nouvelle génération n’est pas plus clairvoyante et plus ferme que les précédentes. Qu’ils sachent bien qu’un long passé de gloire et de relévement successifs ne suffit pas & nous garantir une longue existence nationale; que le jeu se serre de plus en plus sur toute la ligne entre les nations rivales, et qu’enfin, 4 n’y pas veiller de trés prés, nous serions menacés de telle «mputation dont nous aurions grand’peine 4 guérir. |

Ne leur cachez pas davantage la vérité en politique. Enseignez-leur que la liberté ne s’établit et ne se conserve que par les mceurs; .j’entends par lobéissance a la loi, méme imparfaite, par le respect du droit d’autrui et des opinions différentes de la nétre, par le sentiment de ce qui est possible et impossible; par le calme, la possession de soi et la longue persévérance. Hors de 14 on peut bien chanter les hymnes 4a la Liberté, mais la déesse les dédaigne et n’y répond pas. Etre libre, pour une nation comme pour un particulier, c’est se gouverner soi-méme; et qui dit gouvernement dit obéissance, discipline, contrainte volontaire.

Enfin, vous aurez l’occasion de leur parler d’économie politique : comment Iléviteriez-vous? Sans doute vous n’aurez pas a leur expliquer en détail les questions débat-

tues entre les socialistes, encore moins & prendre parti pour l'une ou I’autre des écoles qui se partagent la classe ouvri¢re des grandes villes. Mais il est de votre strict devoir de leur rappeler ce que les voix les plus ‘écovtées du peuple ne leur disent jamais, ce que lexpérience universelle, la raison de tous les siécles nous enseigne, c’est qu'il n’est donné a personne d’arriver a Yaisance, & Vindépendance, & la sécurité matérielle du lendemain, sinon par la pratique dés vieilles vertus aujourd’hui passées de mode, la tempérance, la sobriété, I’économie rigoureuse, la privation obstinée des commodités et des plaisirs; que c’est folie d’espérer se passer jamais de ces austéres vertus, fit-ce dans la meilleure des organisations sociales; que 14 est I’a b c de la sagesse économique pour l’ouvrier comme pour Je petit bourgeois, et qu’a penser autrement on ne fait que se griser de mots et se préparer A soj, aux siens, 2 son pays une ruine inévitable et méritée.

Je finis, monsieur. Vous n’ayvez pas, j’en suis sir, vous et vos collaborateurs, attendu mes conseils pour commencer de les pratiquer. Tout citoyen éclairé, tout hon pére de famille, tout homme de bon sens Jes devine d’instinct. Parlez donc 4 vog jeunes gens, et parlez-leur vrai : faitesleur, faites-vous & vous-méme cet honneur; jl y va du salut méme du pays; car Paris, n’en doutons pas, décidera plus d’une fois encore du sort de la France — ainsi le veut Ja force des choses; — et c’est la jeunesse qui, pour unc trés grande part, décidera de la conduite de Paris. — On pourra voir alors si les associations d’instituteurs pour le patronage des adolescents ont servi & quelque chose.

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