Hnck Tuke, ouv. cit
l’éducation
pe.sanl tenu à la main, oscille au-dessus de certains corps, par exemple le mercure, quoique la main reste fixe et immobile. Il mit une lame de verre entre le pendule et le mercure, et vit que les oscillations, d’abord uniformément retardées, finissaient par s’arrêter. Comprenant que le mercure ne devait pas être la cause des mouvements du pendule, il fixa plus fortement la main qui tenait celui-ci, au lieu de fixer simplement le bras, Le résultat fut que le pendule n’oscilla plus du tout, qu’il y eût ou qu'il n’y eût pas de lame de verre interposée entre le mercure et lui. Chevreul en conclut à juste titre qu’un mouvement musculaire inconscient produisait ces oscillations qui 1 avaient embarrassé; si le pendule se meut, c’est que l’opérateur s’attend à ce qu’il en soit ainsi.
Les expériences de lecture de pensées s’expliquent de la même manière. L’une des plus typiques, que nous avons vu faire, il y a plusieurs années, par M. le Dr Gley l, professeur agrégé
i. Ce passage était écrit déjà lorsque M. Gley, à qui nous avions demandé l’autorisation de citer son nom. a bien voulu nous signaler un article publié par lui dans la Itevue philosophique et précisément consacré à ces faits. Après avoir montré que l’expérience réussit mieux si le sujet n’a pas les yeux fixés sur ce qu’il écrit, mais fermés ou fixés sur un autre objet (cf. page 49, note), il ajoute:
de la Faculté de médecine, est la suivante : L’opérateur invite une personne, dont la main est armée d’un crayon ou d’une plume, à penser fortement à un mot ou à un nombre. Il tient sa main appuyée sur celle du sujet en expérience, attentif à enregistrer les mouvements qui sont inconsciemment transmis à celle-ci; le sujet se trouve bientôt avoir involontairement écrit le mot ou le nombre pensé.
Il en est d’autres plus compliquées encore. Une personne met dans un endroit qu’elle choisit un objet encore inconnu du liseur de pensées. Celuici entre dans la salle, les yeux bandés ou non. Il parcourt alors rapidement la salle avec cette
« J’ai réussi cette expérience sur un très grand nombre de personnes d’âges divers et de l’un et de l’autre sexe, de conditions sociales variées, très bonnes en général! G est dire qu il n y a pas à tenir compte d’un état plus ou moins morbide du système nerveux (hystérie, par exemple). Dans la plupart des cas, les mouvements graphiques sont absolument inconscients; dans quelques cas, au bout d un temps variable, mais toujours très appréciable, le sujet s aperçoit qu il exécute des mouvements; ceux-ci cessent conséquemment d’être inconscients pour devenir simplement involontaires. J’ai toujours réussi jusqu’à présent, et du premier coup, avec les personnes qui savent un peu dessiner, à plus l'orte raison avec des peintres, sculpteurs, etc. ( Revue philosophique, 1889, Expérience relative au pouvoir moteur des imarjes ou représentations mentales).
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personne. Celle-ci, qui ne s’aperçoit pas qu’elle pai le a ce moment, non par la voix, mais par l’action des muscles, fait sentir à la main du liseur de pensées une étreinte plus ou moins forte, ou appuie plus ou moins fortement sur son front, suivant qu’on s’éloigne ou qu’on s’approche de 1 objet caché. Il se fait donc là une lecture réelle des mouvements musculaires. S’il n’a pas les yeux bandés ou s’il les a mal couverts, le liseur de pensées est aidé en outre par l’expression inconsciente du visage du sujet quand il s’approche de l’objet caché. Bishop, Cumberland se sont acquis une grande réputation dans ce genre d’exercice.
L'iclée neutralise le mouvement . — Une peur vive nous cloue sur place; l’idée que nous ne pouvons nous dérober au danger nous rend la fuite réellement impossible.
Les paralysies nerveuses ne sont d’ordinaire que la reproduction grossie de ces faits. Un homme est frappé de paralysie, en voyant une personne qui en est atteinte. Un autre reçoit un coup sur le bras : l’idée d’une paralysie possible lui passe par l’esprit, à l’état de veille ou de sommeil, eL bientôt le bras est effectivement paralysé.
G0 L’idée devient mouvement viscéral , sécré-
UE LA VOLONTÉ
(ion, etc. — L’action do la pensée sur les glandes salivaires est remarquable1. Il suffit en effet de la simple idée de nourriture pour exciter la sécrétion de ces glandes. Les expériences faites sur des sujets porteurs de fistules de l’estomac ont prouvé que cette idée exerce la même action sur la sécrétion du suc gastrique.
Certaines personnes peuvent localiser l’action de leur pensée, imposer leurs idées à un ou plusieurs muscles de la vie organique. Cette action s’opère souvent par l’intermédiaire des sensations; on a vu des exemples plus haut.
Il est des hommes qui peuvent à volonté augmenter ou diminuer le nombre des battements de leur cœur. Hack Tuke cite par exemple l’observation, contrôlée par lui-même, d’un M. Fox qui pouvait l’augmenter de 10 à 20 par minute; en deux minutes ce nombre passa de 62 à 82. Le colonel Towsend, dit-il encore, pouvait suspendre a volonté les pulsations cardiaques au point de passer pour mort. - D’autres provoquent à leur
gré la dilatation ou la contraction pupillaire.
Darwin parle d’une personne qui par un effort volontaire arrivait si bien à faire naître les mou-
t . Hack Tuke.
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vements péristaltiques cle l’intestin qu’elle pouvait les faire agir en moins d’une demi-heure. — Bichat, au dire de Romberg, avait la faculté de vomir quand il le voulait, et je connais pour ma part une personne douée du même pouvoir.
Résumons-nous : les faits qui précèdent, et dont la liste aurait pu être beaucoup allongée, nous semblent suffisants pour confirmer la loi énoncée au début de ce chapitre : toute idée enferme en elle-même un commencement de réalisation; toute idée est un commencement d’action. Quelques-uns des faits cités en petit nombre sont des faits rares ; la plupart ont été à dessein empruntés aux événements de la vie courante, et tirent de cette circonstance même toute leur valeur. La loi formulée n’est donc pas une loi d'exception. Elle se vérifie à chaque instant et pour chacun de nous.
Plaçons-nous maintenant au point de vue thérapeutique, le seul qui nous intéresse. Nous dirons : l’idée de guérison entraîne, dans la mesure où elle est possible, la guérison elfcctive. N’est-ce pas pour celte raison que les médecins sont les gens du monde à qui les médicaments sont le moins utiles? Ils réfléchissent trop à leurs effets et perdent ainsi les chances de guérison
qui naissent d’une confiance ferme clans la médication. Au contraire, ces memes médicaments guérissent souvent ou soulagent l’ignorant par le fait même de la foi qui s’y ajoute. — De même, un malade a-t-il la conviction que telle prescription lui sera favorable? S’il n’y a pas de contreindication, n’hésitons pas à nous conformer à son idée, et le succès, nous en avons déjà eu maintes fois la preuve, justifiera notre manière d’agir. Ainsi, contrairement à la pratique de quelques médecins qui ne savent pas apprécier à sa valeur l’importance d’une médecine toute morale, gardons-nous de contrecarrer les désirs thérapeutiques de ceux que nous soignons. Amulettes, reliques, talismans, toutes ces pratiques qui nous semblent surannées et ridicules, n’ont-clles pas, par l’action morale puissante qu’elles exerçaient, opéré une quantité de guérisons? Un auteur du xvie siècle, Pierre Pomponazzi disait déjà : « Les guérisons attribuées à certaines reliques sont l’effet de l’imagination et de la confiance. Les méchants et les philosophes savent que si, à la place des ossements d’un Saint, on mettait ceux de tout autre squelette, les malades
\ . Cité par Ilaclc Tuk
l’éducation de la volonté
n’en seraient pas moins rendus à la santé s’ils croyaient approcher de véritables reliques. »
Assurément il ne dépend pas de nous de nous donner une foi aussi aveugle. Mais sans nous contenter de hausser les épaules au récit de semblables guérisons, allons plus au fond des choses. Analysons leur mécanisme, celui des cures réputées miraculeuses qui s’opèrent chaque année à certains pèlerinages célèbres, réfléchissons à la merveilleuse action de certains guérisseurs. Partout cl toujours nous extrairons la même donnée fondamentable : l’idée qu’on doit guérir 1 entraîne avec elle la guérison. Pour établir les bases scientifiques d’une thérapeutique morale sur nous-mêmes, c’est cette donnée qu’il s’agit maintenant de mettre en œuvre.
1. Renforcée, il est vrai, dans les exemples qui précèdent, par l’élément émotif, puissant surtout quand il revêt la forme religieuse. Mais, dans tous les cas, l'émotion n’agit que par l’intermédiaire de l'idée.