‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 12 sur 60 · Liébeault. Thérapeutique suggestive · texte numérisé non relu

Liébeault. Thérapeutique suggestive

Cabanis laissa malheureusement ces assertions à l’état de constatation pure des faits, et ne s’attacha pas à en poursuivre la vérification expérimentale 1 .

Feuchterslebcn raconte de lui-même qu’il ne put rendre supportable une existence maladive qu’à l’aide d’une lutte morale de tous les instants. Dans sa remarquable étude sur 1’ « Hygiène de l'âme », il écrit ceci : « On dirait que dans certains cas, pour être guéri, on n’a qu’à vouloir l'être. On a vu des gens, condamnés à garder le lit, trouver assez de force pour se sauver dans un incendie qui menaçait de les faire périr ». Ailleurs, il donne cette définition très explicite : « Puisque l’imagination peut attirer sur l’homme tant de périls et de souffrances, ne doit-elle pas aussi avoir la puissance de le rendre heureux? Si, pour me croire malade, je le deviens réellement, ne puis-je aussi conserver ma santé par une ferme persuasion que je me porte bien ? ». Relevons encore cette pensée : « On arrive au but lorsqu’on y tend de tous ses clïorts, car le désir n’est que l’expression des besoins de notre nature. Combien d’ambitieux réussissent dans la

i. ld. Ibid.

recherche des honneurs et des richesses? En serait-il autrement pour la santé? »

C est à Liébeault qui sut, dans les manœuvres empiriques jusque-là régnantes, démêler d’une façon definitive la part essentielle de la suggestion, que Ion doit d’avoir établi du même coup les données formelles d’une thérapeutique fondée sur l’auto-suggestion.

« C est, dit-il, ma conviction la plus entière. Il est un art de faire réagir le moral sur le physique, non seulement chez les autres, mais aussi sur soimême, sans 1 intermédiaire d’un endormeur, sans manœuvres, sans formules cabalistiques, sans fétiches, sans rien d’apparent, uniquement en concentrant son attention sur l’idée d’être guéri. Energie,précision dansles résultats, qualités qu’aucun remède n’a à un aussi haut degré, tout homme en possède l’agent. Non pas que je nie les propriétés et l’utilité des médicaments (je viens ajouter à la thérapeutique et nullementla détruire), mais une simple négation de la maladie est toujours bien interprétée dans l’organisme et suffit à elle seule pour amener de belles guérisons. Caria médecine morale est ce qu’il y a au monde do moins empirique. Seulement en concentrant sa pensée avec intention d’être guéri, on a déjà une science de

l’art médical, en tant qu’appliquée à produire des effets curatifs. J’ai pu moi-même m’enlever une hémicrânie par deux fois et en quelques minutes, seulement en en exprimant le désir, tandis que je regardais un objet avec attention1. » Ces lignes écrites dès 1866 n’ont pas éveillé l’attention qu’elles méritaient. A peine citerait-on depuis lors quelques faits isolés, entre autres une intéressante observation personnelle de M. Coste de Lagrave 2 3. Signalons encore le livre de M. Payot sur « Y Education de la volonté ». L’auteur, philosophe et non médecin, cherche uniquement dans la volonté éclairée et raffermie un moyen de régler sagement nos occupations et notre conduite. Le mot de suggestion n’est pas prononcé. Au reste ces remarques n’enlèvent rien à la valeur et à la portée de ce très bel ouvrage \ La thérapeutique autosuggestive date de loin

1- Il est vrai qu’il ne s’agit plus tout à fait ici d’autosuggestion simple, la fixation du regard (employée d’ailleurs par nombre d’hypnotiseurs) déterminant un état d’esprit analogue à. celui que nous étudierons plus loinsous le nom de recueillement ou sommeil.

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